Les touristes ne rigolent plus à Berlin

L’esprit berlinois du moment, peint sur le verso d’une table pliante devant un supermarché de Kreuzberg

La fièvre anti-touristes fait frissonner Berlin. Les alternatifs, ou plutôt ceux qui prétendent l’être, ont décidé que tout ce qui ne parlait pas allemand était un sale capitaliste venu dépenser ses dollars dans des clubs technos super glitter. Une attitude étrangement oublieuse du passé allemand, à la limite du racisme, que tout Berlinois qui se respecte devrait surveiller de près

Samedi soir, vingt-trois heures, je marche dans une rue de Kreuzberg avec mon petit ami allemand, son meilleur pote et ma copine bosniaque, Ekatarina, avec laquelle je parle anglais. Une jeune femme titubante, une bouteille de Pils à la main frôlant gracieusement le béton à chaque pas, nous beugle au passage :

You can’t even speak German. Fuck you.

Nous lui rétorquâmes aussitôt en allemand d’aller se faire voir chez les Grecs. Ce qui la déstabilisa encore plus et nous craignîmes vite de la voir s’écraser contre un mur, ivre de bonne binouze bien de chez elle.

Vous imaginez-vous agresser un anglophone dans la rue à Paris parce qu’il a le malheur de ne pas parler français? Non. Eh bien, ceci n’est qu’un exemple – presque mignon – de l’attitude passive-agressive de certains jeunes Berlinois à tendance gaucho, à l’égard de tout ce qui ne leur semble pas être 100% deutsch, du cru, légitimement « d’ici ».

Le développement touristique de Berlin sur les dix dernières années est en effet impressionnant. Les clubs sont envahis, le week-end, de touristes venus s’amuser mieux que chez eux (il faut bien dire qu’on se fait super chier dans les fêtes parisiennes ou londoniennes si on n’a pas un rond). Parallèlement, le phénomène de la gentrification à l’œuvre depuis la Chute du Mur, dû en partie à l’afflux d’étrangers dans les quartiers branchés,  inquiète les vieux Berlinois qui se sentent dépossédés de leur ville.

Les parallèles se font vite : si les loyers augmentent, c’est parce que la ville devient hype, et si la ville est hype c’est parce que les jeunes étudiants et artistes étrangers nous envahissent, et donc tout ce qui parle autre chose que l’allemand est un sale connard de spéculateur en puissance venu nous voler notre pain, nos logements et nos femmes blondes. Tout ça en parlant anglais, en plus. La langue de Bush et de Schwarzenegger (ah, euh… à moins que la langue de Schwarzie ne soit l’allemand?).

Ces jeunes Berlinois, qui, parfois, aiment se promener avec des looks de punks à chien iroquois pour signifier à la société leur immense désaccord, se prétendent de gauche. La (vraie) gauche, c’est quoi? Voyons. Le fait de ne pas croire au système capitaliste? L’éducation pour tous? Des valeurs de partage, de tolérance?

Ah oui. Partage et tolérance.

On sait pourtant que les Berlinois ont mis des plombes à se sortir le nez de leur culpabilité post-nazisme. Longtemps, une blague raciste ou sur les Juifs (bien moche, telle qu’on en connaît en France) était un tollé absolu en Allemagne. Depuis deux ans, je sens un glissement. La peur qui étreint les Berlinois devant la hausse des loyers et l’ouverture de cafés vegan avec accès wifi est évidemment compréhensible, mais un peu exagérée. Et, pour notre malheur, la peur rend con.

Un bel exemple de connerie? Cette vidéo diffusée par le bar Freies Neukölln, dans la Weserstrasse, la rue de la fête à Neukölln (pour voir la vidéo cliquez ici). Cet antre « anarchiste » se permet d’insulter ouvertement ses clients d’origine étrangère et de moquer les étudiants qu’ils considèrent comme bobos dans une vidéo qui a fait scandale il y a un an. Les commentaires outrés des internautes germanophones prouvent cependant (ouf!!!) que les Berlinois allemands ont encore un peu de bon sens.

Cela fait onze ans que j’aime et que j’explore cette ville. J’y vis depuis quatre ans. Ce qui fait le charme inégalable de Berlin, c’est à mes yeux son fantastique cosmopolitisme. Ce sont mes amis allemands, autrichiens, grecs, italiens, français, américains, russes, marocains. Un de mes amis proches est un musicien de jazz israélien. Cela fait quatre ans qu’il vit à Berlin ; il y est devenu célèbre à force de travail et de talent. La dernière fois que j’ai bu un verre avec lui, il m’a annoncé qu’il voulait partir. Une bad vibe, me disait-il. Des relents pestilentiels pour le juif ashkénaze qu’il est.

– Et tu veux partir où?

– A Paris.

Mmmh. Ça sent mauvais tout ça, moi j’dis.

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manon

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55 réflexions sur “Les touristes ne rigolent plus à Berlin

  1. Aha! Exactement.
    Je suis arrivée il y a deux mois, après des années de rêves berlinois, et j’ai l’impression d’arriver trop tard, du moins pour sa renommée ouverture aux autres. On sent la fin de quelque chose et pas mal d’aigreur qui monte.
    Tu voudrais pas traduire cet article, qu’il puisse être lu par des allemands ;) ?

    1. Beaucoup d’Allemands viennent sur cette page – c’est amusant pour eux de voir de l’intérieur comment une Française appréhende leur culture – alors ils liront cet article et ouvriront l’œil, je l’espère :)

  2. Purée, ça fout vraiment les boules…impression d’arriver trop tard, d’être responsable du désenchantement de la ville…et pourtant j’ai vraiment envie de venir quoi…

    1. Mais non Gab, il ne s’agit que de quelques personnes – bruyantes certes, mais pas représentatives de toute la population allemande non plus!!! j’alerte simplement sur le fait qu’un glissement idéologique curieux se produit.

  3. Je comprends cet étonnement vis à vis de cette attitude qui peut être percue comme du racisme, pourtant, je ressens (à une échelle bien moindre et plus tempérée) exactement la même chose. Je suis une francaise de 23 ans qui habite depuis plus de 15 ans à Berlin (soit la majorité de ma jeune vie), et j ai pu observer ce qui est bel et bien la dégradation de l ambiance de la ville, autant de l exterieur que de l interieur. Autant cet esprit hipster berlinois pur souche (la nouvelle individualité est la conformité) degeulasse et superficiel à tué l originalité de la ville, autant l afflu massif et abusif du monde entier l etouffe et mène malheureusement à ce boom d’investition. Et ce n est même pas une question d’orientation politique de se pleindre de ce fait, mais plutot culturel dans le sens ou trop de beaux endroits, de petits endroits, de grands endroits qui faisaient le vrai Berlin (le Berlin « destoy for real » parceque tout le monde s’en fou et pas fake comme maintenant) sont détruits pour construire des bureaux et des lofts. Et mon petit point d’aigreur personnel: j ai toujours gardé de grands liens avec la France, et pendant près de 10 ans, on me traitait presque comme on traiterait une roumaine aujourd’hui quand j’y mentionais que j’habite à Berlin. Blagues racistes, mépris de l’Allemagne ( tous des nazis), et depuis 5 ans, c est l’effet inverse (OUUUUUAAAAAIS Berlin c’est trop SWAAAAG)…. C’est assez frustrant, j’ai envie de dire rester la ou pendant 10 ans vous pensiez être mieux au lieux de suivre la vibe et venir faire de cette ville si méprisée avant une ville vraiment méprisable. Parceque mine de rien, ce qui était si bien à Berlin, c’est que justement personne ne connaissait, et personne n’aimait. Dans 10 ans, ca sera comme Londres ou Paris, et c’est dommage.

    1. Non, Alex, je ne crois pas que Berlin sera comme Londres ou Paris. La mentalité y est différente. Je n’aime pas beaucoup le discours qui tend à vouloir tout conserver dans du formol (c’était mieux avant). En 2001 j’habitais à Przl Berg, ancien Est souffrant encore, à l’époque, de salaires plus bas que de l’autre côté. Ces disparités ont disparu à Berlin, en grande partie. Oui, j’aimais mieux Prenzlauer Berg avant, mais aujourd’hui je vais simplement plus loin. Et ce ne sont en aucun cas les touristes qui sont responsables de l’évolution de la ville. Ce sont les administrateurs de la ville qui sont responsables du morcellement de Berlin, de sa gentrification.

      1. Le film est idiot, la vielle qui insulte des gens qui parlent une autre que l´allemand est également idiot. Ce ne sont pas les étudiants et artistes ou alors le jeunes qui squattant dans les auberges qui envahissent la ville qui fonds grimper le prix du loyers. Mais plutôt les investisseurs (avec l´aide des politiciens) qui augmentent le prix des loyer artificiellement. Je vis a Wedding depuis déjà prés de 8 ans, j´ai vue plusieurs Altbau rénové. Et depuis presque personne n´y vit, les prix de loyer sont plutôt incroyables. Ils sont très exorbitants je doute si un jour un de mes voisin y aménageront. Le loyer augmente automatiquement dans le quartiers puisque ces maisons maison font monter le prix moyens du loyer, quand un richissime y aménage (Vous voyez le malaise).

  4. Et pour quand même modérer le tout, le mépris à l’échelle individuelle est inadmissible, et aucun problème d’entendre parler d’autres langues à Berlin; c’est le phénomène de masse qui est frustrant, et observable. (28 bars/clubs/squats culturels fermés pour réinvestir dans la ville).

  5. Cela fait 5 ans que j’habite à Neukölln, Ecke Weichsel- Wesertraße, et j’avoue que, sans vouloir cautionner la violence des propos du propriétaire du Freies Neukölln, il n’a pas tout à fait tort.
    Je n’ai en revanche pas saisi pourquoi il filme les assiettes du City Chicken de la Sonnenallee comme un symbole de la gentrification ambiante. Les Libanais qui s’occupent du magasin sont là depuis 20 ans.

  6. Excellent article et très bonne analyse . Tous ces « Touristen Raus » et ces « Du bist kein berliner » collés un peu partout me choquaient de plus en plus. Il est vrai que depuis quelque temps, en pleine crise économique, on sent une gêne, ou une aigreur de la part des Allemands à entendre parler étranger, à voir leur ville peuplée, habitée par des  » Touristes » . Cette colère contre la gentrification peut en effet être compréhensible, mais il est dangereux de s’en prendre à la liberté des gens de vivre ou bon leur plait, ca fait mauvais genre, surtout avec le passé de l’Allemagne…. De plus, comme l’article l’explique très bien, ces jeunes « alternatifs » devraient plutôt s’en prendre , en vouloir et manifester contre les investisseurs , et les propriétaires qui montent les prix, plutôt que contre les étrangers qui les louent. Il ne me semble pas qu’à Paris il y ait des affiches contre les touristes (donc les étrangers), alors que la ville, la plus touristique au monde souffre bien plus que Berlin de la hausse des prix, des loyers trop chers, parceque la moitié de la ville appartient à des chefs d’état étrangers. A partir de quand n’est ton plus un touriste pour devenir un Berlinois, quand on y travaille? Pourtant j’y est senti maintes fois un regard méprisant lorsque par mes gardes je répondais au téléphone en francais dans le métro…
    Il faut faire attention que le terme « Tourist » comme dans les affiche « Touristen Raus », ne deviennent pas progressivement « Ausländer raus ». Ce n’est pas parce qu’on utilise un euphémisme, que le sens n’y est pas. Cette attitude est très ambigu, et très limite. Espérons que ca change.

    1. Alors là Pierre, je suis à fond avec toi lorsque tu écris cela : « Il ne me semble pas qu’à Paris il y ait des affiches contre les touristes (donc les étrangers), alors que la ville, la plus touristique au monde souffre bien plus que Berlin de la hausse des prix, des loyers trop chers, parceque la moitié de la ville appartient à des chefs d’état étrangers. A partir de quand n’est ton plus un touriste pour devenir un Berlinois, quand on y travaille? »
      Voilà tout le danger de cette nouvelle attitude punk à chiens. Que ceux qui sont des citoyens légitimes (bien que je considère en fait comme citoyen légitime à peu près tout le monde, hein… non en fait tout le monde) bref que ceux qui sont des citoyens payant leurs impôts et contribuant à la vie sociale et économique d’une ville soient ostracisés juste parce qu’une poignée d’imbéciles a oublié les valeurs d’universalité et de tolérance et préfère faire l’amalgame avec une spéculation immobilière dont leur propre gouvernement est responsable!

      1. Hm… moi, allemande, j’ai passé une année à Paris, et là aussi, il y avait quelques situations où j’ai senti une certaine xénophobie envers moi. Parfois on m’a fait comprendre qu’en tant qu’étrangère, j’étais pas vraiment la bienvenue, on m’a ignoré quand je demandais le chemin avec mon accent etc. Mais! il ne faut pas oublier que la grande majorité des Parisiens était ouverte, gentille, intéressée et content de pouvoir m’aider. Ce que je veux dire: Ça peut être un très petit nombre de personnes, une « poignée d’imbéciles » comme tu dis, Manon, qui évoque l’impression que tout Berlin n’aime pas les étrangers. Et je pense, c’est à dire je l’espère, que la plupart des habitants de Berlin est encore gentil envers les touristes. Sait-on qui colle ces autocollants stupides? Probablement c’est qu’une seule personne. Je ne suis pas dans la situation d’un étranger à Berlin, donc je ne sens pas ce que vous sentez ici. J’imagine que beaucoup de gens qui ne sont pas d’ici, comme moi aussi au début, au premier moment ne comprennent pas la « Berliner Schnauze », ce comportement pseudo-impoli derrière lequel se cache un coeur quand même. Vous connaissez ces affiches montrant une serveuse avec un sourire coquin, sur son t-shirt on lit: Trinkgeld sonst Schnauze! Et dessous: « Berlin ist, wenn’s härter gesagt als gemeint ist. » Après tout, qui est un vrai Berlinois? J’en connais très peu qui sont vraiment nés ici. Et d’entre eux il n’y a personne qui souhaite que Berlin redevient le Berlin des années 90 ou le Berlin divisé en deux. Früher war alles besser?? Certainement pas! Ce sentiment qu’on regrette peut-être, c’était un mouvement underground d’un pas grand nombre des jeunes gens plus ou moins désespérés à cause de chômage et des rêves perdus, qui s’enfuissaient dans le techno et les drogues – voilà d’où vient cet esprit « art », cet impression que Berlin est une ville pleine d’artistes dont on profite encore aujourd’hui. Si autrefois les loyers étaient plus bas, c’était parce que personne ne voulait habiter ici! C’est un procès naturel si, après le temps d’isolement et du communisme où la vie était dure, Berlin se développe, des grandes entreprises arrivent dans la vieille/nouvelle capitale largement subventionnée par l’état, et donc beaucoup de gens d’ailleurs arrivent avec elles. Et bien sur que ce n’est pas leur faute que pendant la crise, nous sommes tous obligés de compter nos sous pendant que le gotha s’enrichisse encore. (Est-ce vraiment comme ça?) Je trouve que la situation présente offre des bonnes occasions pour devenir un pauvre artiste désespéré, donc pour préserver l’image de la ville, haha! On a toujours bien aimé raler à Berlin, ne le prenez pas trop au sérieux s’il vous plaît… et ignorez ceux qui n’ont pas compris le bon coeur de la ville!

        1. Merci Veronika, pour ce commentaire que, pour ma part, je trouve extrêmement fin – et merci de participer à ce débat en tant qu’Allemande!

          Bien sûr, j’ai fait ici un billet polémique (un de plus), qui prétend attirer l’attention sur une nouvelle mode « anti-touristes » qui n’est hélas pas le fait d’une seule personne, mais une mentalité qui se généralise chez les « alternatifs » – et Dieu sait s’ils sont nombreux à Berlin, et surtout visibles!

          En aucun cas, je ne me plains des Berlinois de manière générale. J’aime toujours autant cette ville, ses habitants (dont je suis), et son esprit libertaire.

          Je déplore que beaucoup préfèrent s’attaquer au changement au lieu de saisir les opportunités de construire une ville différente, pas basée sur un modèle capitaliste basique comme Paris ou Londres.

  7. on a entendu ca à Paris aussi, d’ailleurs, à un moment donné, il y a 25 ans, et j’en sais qq chose, j’étais aux halles, rue Vauvilliers; et là , à Rosenthaler Platz, depuis 15 ans , on observe souvent un comportement des touristes ou il faut quand même se poser certaines questions – ca concerne moins les enfants/hipsters/génération sex and the city – mais les vieux dont le comportement souvent fait penser aux visiteurs d’un jardin de fauves – on a envie de planter une poignée straight in to the face

    1. Certes, il y a des gens mal élevés. Il n’empêche que ce sont des êtres humains. De quel droit « Raus? » C’est odieux. Il y a aussi, oui je sais c’est dingue :) des Allemands hyper hyper hyper mal-élevés.

  8. « Vous imaginez-vous agresser un anglophone dans la rue à Paris parce qu’il a le malheur de ne pas parler français?  »

    Es-tu déjà venu à Paris ?
    As tu vu comment les français (les parisiens, mais pas que…) répondent aux gens qui n’ont pas l’heur de parler français ?

    C’est pas joli joli.
    Pour être tout français et parisien, je trouve juste que cette attitude arrive rapidement dès que tu es dans une zone très touristique : le mépris du touriste, l’impression d’être envahi.
    Après ça se mélange à plein de trucs, la gentrification, tout ça…

    Je ne sais pas si ça justifie de finir l’article sur un point Godwin, mais bon, ça fait toujours bien… Attention, les nazis ! Prévenez vos copains juif… bouef bof.

    Avant de jeter la pierre, on ferait bien de faire le ménage dans notre jardin. Et de prévenir les gens qui veulent immigrer à Paris de ce qui les attend là-bas.

    Surtout au niveau des loyers :)

    1. Bonjour Wandrille,

      Je suis Parisienne.

      Les Français ont peur de parler anglais, mais ils n’iront jamais dire RAUS à un touriste. C’est une différence notable.
      Je ne stigmatise pas les Allemands. Tu as l’air de ne pas vouloir lire mon article en entier. Si j’alerte sur mon blog par rapport à une certaine déviance de la jeunesse prétendument gaucho, je ne dis nulle part que les Allemands sont des racistes.
      Je ne supporte plus le discours qui prétend qu’une française à Berlin n’a pas le droit de garder un regard critique sous prétexte qu’elle n’est pas « chez elle ». Je suis en Europe. Je paie mes impôts. Je suis chez moi.

      Quant à la pique sur l’histoire de mon ami israélien, elle de mauvais goût. Il n’a pas parlé de nazis, ni lui, ni moi d’ailleurs.

      Quant à faire le ménage dans « notre jardin » : mon jardin c’est Berlin. La ville où j’habite légalement, où je travaille, paie mes taxes, mon loyer, aime et vit.

      Bonne journée,

      Manon

    1. Relisez l’article, Mélusine et vous verrez que j’y dis mot pour mot la même chose : les responsables de la gentrification, ce sont les spéculateurs. Et si je me moque du Kiezkiller, c’est qu’il tient bien plus de la légende qu’autre chose. Je suis persuadée que le vieil épicier du coin vous prend pour un Kiezkiller, tout comme mon cordonnier du fin fond de Neukölln (je n’habite pas le Neukölln chic).

  9. Tu mélanges tout Manon je trouve : à Paris les touristes ne vont pas dans les quartiers « normaux », là où habitent le populos, comme ceux d’où personnellement je viens, que ce soit les XVIII-XXèmes ou TOUTE la banlieue parisienne quasiment. T’as déjà vu des hipsters coloniser Grigny/Seine ? ;-) Ici à Berlin c’est à Kreuzberg, Neukölln, Friedrichhain et Mitte que les touristes et la jeunesse plus ou moins « dorée » venue d’ailleurs s’accaparent « tout » en un très petit laps de temps dans des quartiers comme Kreuzberg et Neukölln qui étaient les quartiers les PLUS PAUVRES de Berlin depuis 20 ans (Friedrichshain n’étant pas non plus beaucoup mieux loti). Partout ailleurs dans le monde, une telle « colonisation » aurait les mêmes effets, à n’en pas douter.

    1. Je ne pense pas tout mélanger. Neukölln a plusieurs quartiers, en réalité. Très peu comparables à Grigny ou à Sarcelles, il ne faut pas déconner. Jeunesse « dorée »? On parle d’étudiants qui ont des jobs à 400 euros par mois et qui viennent s’installer dans les seuls quartiers restés abordables pour eux. J’ai pas mal d’amis à Wedding en ce moment. Ils ne se font pas hurler dessus par de faux gauchos bourrés lorsqu’ils parlent anglais dans la rue…
      Je vis pour ma part dans un quartier de Neukölln très reculé. L’attitude des gens envers les nouveaux arrivants y est bien plus pacifique qu’à Kreuzberg, quartier pourtant boboïsé depuis belle lurette.
      Non, Flo, c’est bel et bien une attitude de rejet des étrangers idiote, qui fait l’amalgame entre gentrification et « non-allemand ». Ma foi, je crois bien, moi, que les Munichois, les Hambourgeois & co contribuent tout autant que les Anglais ou les Américains au repeuplement bobo de ces quartiers.
      Cela fait vingt ans que les Scandinaves rachètent des immeubles et spéculent à Berlin. Parce qu’ils sont blonds et qu’ils parlent allemand, mais aussi parce que la plupart du temps ils continuent à vivre en Suède (!) ils ne sont presque jamais la cible de la haine des anti-touristes…

  10. PS: Je précise quand même, pour bien me faire comprendre, que c’est en banlieue qu’habitent la majorité des 11 millions habitants de l’agglomération parisienne. Cordialement :)

  11. Ce changement de mentalité à Berlin est regrettable. Ceci-dit, je ne suis pas d’accord pour dire que c’est différent à Paris. Beaucoup de parisiens expriment leur mépris pour les touristes, mépris qu’on ne ressent pas si on n’est pas avec des touristes justement. D’ailleurs, on m’a déjà traité de « traître » et de « danger pour la France » parce que je parlais anglais à Paris.

    1. C’est bien possible, Benjamin, il y a des cons partout. Cela dit, en Allemagne c’est devenu une mode « gaucho » de cracher sur les touristes, ce qui n’est pas le cas en France (en France c’est les cons fachos qui font ça).

  12. Salut Manon,
    vivant à Berlin depuis quatre mois, en Allemagne depuis trois ans, je suis tout à fait d’accord avec cet article globalement, même si je pense que ce sentiment de rejet n’émane effectivement que d’une « poignée d’imbéciles »… Et malheureusement des abrutis, il y en a partout, dans tous le milieux, de tous les âges etc.

    J’ajouterais simplement que l’attitude de certains touristes français peut aussi être vraiment désagréable, méprisante, arrogante… Ceux qui errent à moitié ivre-morts dans Kreuzberg en ponctuant toutes leurs phrases de « à Pâââris », « c’est plus, moins… qu’à Pââris ». Je t’avoue que dans ce cas, (ivre-morte aussi mais coite^^) je prie pour qu’aucun allemand ne parle français dans les parages, car j’ai honte, vraiment honte…

    1. Bonjour Alimette

      C’est un sentiment bien connu des étrangers en voyage ou en exil : la honte de son compatriote. Un de mes amis allemands m’a dit récemment que ses vacances avaient été pourries par des Germains qui avaient planté leur tente près de la sienne. Ma foi. L’enfer, c’est les autres mais il va bien falloir les aimer quand même, sinon, on est dans la merde. :)

  13. Vivant entre Paris et Berlin, je comprends très bien les Berlinois qui en ont ras le bol des touristes qui se la jouent « Ibiza » et se comportent comme des porcs en pleine ville. Berlin n’est pas un park d’attraction pour hipsters fils de bourges où tout est permis. Le petit milieu anglophone de pseudo-artistes et autres branchouilles en année sabbatique se fout royalement de la culture allemande, de l’histoire de la ville, sans même parler des problèmes sociaux ou de la question de l’encadrement des loyers. Ils sont venus vivre à Berlin parce c’était trop hip et trop cheap. Ils auraient tout aussi bien pu débarquer à Varsovie ou Prague et auraient affiché la même indifférence blasée, la même arrogance imbécile. Comme cette dinde française (journaliste à ses dires) rencontrée dans une soirée qui se targait de ne pas parler un mot d’allemand au bout de 4 ans à Berlin. Pas étonnant, avec ce genre de personnages, que l’ambiance soit de plus en plus pourrie, agressive et superficielle . Pas étonnant que les Berlinois ne sortent plus et laissent la vie nocturne aux touristes. Pas étonnant que les gens se cassent à Hambourg, Paris ou ailleurs. Le Berlin libertaire de 1990-2010, c’est fini pour des bons, et les nouveaux bars pseudo-alternatifs qui poussent comme des champignons à Neukölln ou Kreuzberg ne feront pas illusion longtemps…

    1. C’est vrai qu’il y a des étrangers avec des attitudes demeurées à Berlin et qu’ils agacent. Mais ils repartent au deuxième hiver, en général.
      Ce n’est pas une raison pour rejeter tout ce qui parle une autre langue que l’allemand, tout ce qui vient de s’installer à Berlin et qui n’a pas de passeport teuton.
      C’est l’amalgame que je dénonce. Je déteste que l’attitude désagréable de certains touristes ou Berlinois temporaires soit une excuse pour revendiquer son petit territoire.
      Il y a dix ans, à Berlin, j’entendais déjà que le Berlin alternatif était fini. C’est carrément devenu une vieille rengaine… mais c’est quoi, être alternatif? Si l’on se fonde sur les critères punks, évidemment, Berlin est à la ramasse. Et alors? Le punk, c’est vieux comme ma tante! Il y a d’autres initiatives, peut-être moins sexy parce que moins crado ou moins violentes, mais l’heure est au retour du peace and love – avec tout le politiquement correct que ça peut signifier, et c’est comme ça. Il y a quand même du bon là-dedans.
      Moi aussi, je vis entre Paris et Berlin et je ne pense vraiment pas que l’on puisse dire que Berlin atteint un centième du conservatisme français.

  14. Je vous « rassure »… je suis allemande et cette attitude n’a rien d’anti-étranger, car c’est une attitude qu’une minorité de Berlinois (qui veulent soit-disant « sauver » Berlin) on envers tout ce qui n’est pas comme eux… donc étrangers ou allemands… tous confondus… J’ai ouvert une scène/salle de concert à Berlin il y a deux ans, dans un quartier encore un peu « endormi » de Berlin et certains semblent penser que nous somme une multinationale qui « rachète » leur quartier, alors que nous sommes deux femmes qui font tout et financent tout de leur propre poches. C’est une forme de bêtise qui semble contagieuse, mais heureusement pas tout le monde en est atteint. Ma salle: http://www.corbo-berlin.de... d’ailleurs avec pas mal de concerts francophone aussi…

    1. Oui Lisa, c’est bien ce que je dis aussi dans l’article, il ne s’agit pas de toute la population berlinoise mais d’une poignée de gens! Bon courage et bonne chance pour cette nouvelle salle!

  15. J’aime bien l’article Marion. Sévère mais juste.
    Tu as aussi oublié de mentionner les entrées sélectives aux clubs « in »: mon pote connaissait les videurs d’une boîte, et ils avaient pour consigne claire de ne pas laisser entrer les « touristes du w-e ».

    Du coup à chaque fois qu’on allait en boîte, je mettais en avant mon pote/amie allemand(e) qui parlait alors avec le videur ou je m’efforçais de sortir 2/3 phrases simples dans mon meilleur allemand :-)

    J’ai un avis partagé sur ce dernier point. Je n’aime pas ce genre de sélection complètement subjectif à l’entrée, mais je comprends un peu qu’ils ne veuillent pas que le club se transforme en un bar-à-touristes comme ceux de Mitte!

    1. Merci Antoine. Moi c’est Manon, hein, Marion je ne sais pas qui c’est… :)

      C’est quand même pitoyable de ne pas laisser entrer les gens sous prétexte qu’ils ne parlent pas allemand. Mais de toute façon les critères de sélection à l’entrée des clubs sont à gerber.

      1. Ne m’en veux pas trop Manon! On vient à peine de faire connaissance, c’est normal ;-). J’en connais un qui a bien fait de ne pas se lancer dans la politique!

  16. et pourquoi ne pas se réjouir que le berlinois aient fini par digérer la culpabilité post nazie qui faisant tant dégueuler Baader et se mettent à parler comme tout le monde ?

    « Les anglais nous font chier sont mal élevés et pillent le patrimoine français en s’achetant des villégiatures sudistes », « dehors les espagnols déjà qu’ils ont bouffé nos impôts là y en a ras le bol en plus ils savent pas parler ils crient », « ou ça un arabe ??? hiiii call 911 », « un noir ? Ho mon dieu !!! il y a des innocents sauvages noirs à barbès c’est trop beau on se croirait en Afrique », »les coréens ils ont rachetés tous les tabacs à Paris, pas cons…discrets pas cons, ils nous ont envahis »

    usw.

    Je trouve que de ta nostalgie berlinoise tu entretiens en ton petit coeur tout mou une bien belle image de la France … hé bé non ma bonne dame ! C’est la même chose partout et si les berlinois en ont fini avec une culpabilité d’une hypocrisie crasse et bien moi et Andreas, on est ravis. Plus il y a de cons plus ils ont de chance de s’étouffer dans leur vomi. Bienvenue au 21es.

  17. Je suis italienne et bientôt Berlin m’adoptera, même si après cet article je ne suis plus trop convaincue qu’elle en soit enthousiaste… je vais faire mon mieux pour lui paraitre sympa :)
    Je vais suivre ton blog pour ne pas oublier mon français en étudiant l’allemand!

    1. Oui, Stéphane, je connais bien Notes of Berlin, c’est super. Mais cette pancarte, que j’ai vu sur le site il y a un certain temps, je ne l’aime pas. Je ne trouve pas ça drôle, je trouve ça facho!

  18. Je suis sans doute plus vieille que la majorité (totalité ? ) d’entre vous, puisque ma première rencontre avec Berlin date de l’hiver 1982 : Kreuzberg Oranienstr. et les Hausbesetzer, cela ne vous dit sans doute rien et pourtant presque 200 maisons occupées, … Donc, Berlin et moi, c’est une vieille et longue histoire et même si je n’y habite plus, je reviens régulièrement me replonger dans l’atmosphère singulière de cette ville.
    Il me semble que vous n’avez pas écouté attentivement le discours de Mathias Merkle, il ne s’agit pas d’un discours raciste ou anti-étranger puisqu’il inclut les habitants de Nuremberg et même ceux de Bruchsal (peut-être qu’il n’aime pas les asperges ??) . C’est clairement un discours contre les fils et filles à papa et les touristes nantis qui viennent profiter à la fois des prix abordables et de l’aura contestataire de Berlin. Je dis bien profiter car qu’apportent-ils, à part du profit pour les propriétaires, c’est à dire les membres de la classe sociale à laquelle ils appartiennent? Il s’agit bien d’une opposition (je ne dis pas lutte, je ne voudrais pas choquer!) de classe et Merkle (ne pas confondre avec Merkel héhé!) revendique la liberté pour la serveuse d’échapper à l’esclavage de Starbucks. Moi, cette vidéo me réjouit : d’abord parce qu’il ne faut pas oublier que Kreuzberg, Friedrichshain … étaient des bastions ouvriers où les communistes faisaient le coup de poing (et même plus)! contre les S.A. et parce qu’elle éveille en moi la nostalgie de la Berliner Schnauze. D’ailleurs pour qui a connu Paris avant que la ville ne devienne un musée et un ghetto qatari avec des esclaves starbuckiens, l’histoire suivante aurait pu aussi bien se dérouler dans un bistrot parisien : An einem Tisch werden die Gäste seit einer Weile nicht beachtet. Als sie schüchtern irgendwann die Kellnerin fragen, ob sie etwas bestellen dürften, unterbricht die mit den Worten: „Ick hab euch schon jeseh’n – ihr kommt dran, wenn ick Zeit hab!“
    En conclusion : savez-vous pourquoi l’ancien nom du quartier : Rixdorf a été abandonné pour Neukölln ?

  19. Moi je l’aime bien le chef du Freies Neuköln, on ira lui commander des Latte Machiatto en groupe de 10, ca lfera Marrer !!!
    Blague à part, si lui il blague pas, alors je pense que le sourire se fera la main sur la matraque.
    Parce que ces Xenophobes en culotte courte -tout en recherche de justification qu’ils soient Aaah les méchant spéculateurs ! et qu’ils aient choisi la franche commodité d’une hakenkreuz ou l’hypocrisie d’un pretendu anarchoprogressisme de gauche- n’ont jamais aidé celui vient dans un pays nouveau avec la sincère envie d’apporter de sa culture à la patrie qui l’adoptera. Merci pour ce billet qui reste sur l’idée que Berlin compte surtout des gens à l’esprit ouvert.

  20. je suis un francais et je suis partit a berlin tout seul pendant 10 jours, jai rencontré beaucoup de gens simpa notemment des anglais, mais un soir alors que je sortait tout seul jai rencontré deux francaises qui m’ont emmené dans un club au debut rien de fou juste quelque tete un peu etrange rien de bien méchant, mais vers la fin du style 5h du matin il ne restait qu’un table dehors dans un espece de petit jardin ou je suis resté vraiment lontemps, en fait jy ai passé ma soirée et cetait de plus en plus psychadelique, javou jai pris une pill d’un tunisiens (petite erreur je pense) et quand j’eu un peu redescendu je me rendit conte qu’en fait c’etait des gens très bizarre le tunisien me faisait peur et une fille que je croyait etre une fille etait un travesti quand je me suis rendu compte de l’etrangeté du truc jai commencé à comprendre que cetait pas normal qu’il soient aussi simpa avec moi cetait vraiment etrange presque tout le monde parlait francais le videur ne voulait pas me faire rentré j’était obligé de rester avec eux et il faisait tout pour que je me sente chez moi quand jai voulu quité cette endroit tout était fermé jai du escalader un grillage pour sortir et apres jai changé de quartier et jai beaucoup marché, je ne sais pas si jai bien fait de partir…
    si quelqu’un à deja eu ce genre d’histoire qu’il me fasse partager sa apaiserait ma conscience merci!

    1. Bonjour Jean,

      Je comprends que tu aies eu peur mais je crois surtout que c’est le trip que tu avais pris qui t’a fait imaginer une situation bien plus étrange qu’elle ne l’était. Je ne vois pas pourquoi des fêtards berlinois auraient envie de te séquestrer. Le club était sans doute fermé car la soirée était finie et tu étais en after privée. Et puis les travestis sont à mon avis des gens plus doux que les autres… car ne faut-il pas une certaine dose de sensibilité et de vulnérabilité pour oser s’habiller en femme lorsqu’on est un homme dans un monde où c’est encore affreusement mal vu? Non, je ne pense pas que quiconque t’ait voulu du mal à première vue. Je n’ai jamais rien entendu de tel à Berlin. Mais des histoires de bad trip, ça, j’en ai entendu plein : ) Relax! Il ne t’est rien arrivé! La prochaine fois, cantonne-toi à un mojito et tout ira bien!

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