Blog en pause – blogueuse en tournage

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Chers lecteurs!

Je tourne mon court-métrage La fille du gardien de prison produit par Lumina Films à partir de lundi, ce qui explique mon absence dans ces pages depuis quelques temps!

On se voit en novembre avec des articles tous frais du matin!

Envoyez-moi de bonnes ondes!

Amour, liebe

Votre Manon

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Berlin, désert de l’amour

Berlin, East Side Gallery

Berlin est sexy, mais Berlin n’est pas la capitale de la romance. Facile, dans la cité des fous, des artistes et des fêtards, de se mettre de la chair fraîche sous la dent pour une nuit… bien plus difficile de trouver une épaule chaude et réconfortante pour passer l’hiver prussien sous la couette. En tant qu’incorrigible amie des hommes, je me suis régalée à Berlin et j’en ai tout autant fait les frais… happy end avec prince charmant non garantie.

Je rebondis ici sur un article intéressant publié il y a quelques mois par le magazine berlinois anglophone ExBerliner qui fait état du désert sentimental berlinois chez les femmes. C’est un fait, les histoires d’amour durables et réelles sont aussi rares à Berlin qu’une aiguille sous roche ou une anguille dans une botte de foin, vous me suivez.

Je vous entends protester que c’est la même chose dans toutes les grandes métropoles. Eh bien non, pas vraiment. A Paris, vers l’âge de trente ans, les gens se « casent ». La vie parisienne est infernale et les appartements trop chers et trop petits pour une colocation. Je vois mes amis parisiens envisager la vie à deux bien plus facilement que ne le font les Berlinois, qui cohabitent entre copains jusqu’à plus de quarante ans. Plus facile de rester célibataire quand on ne souffre pas de la solitude durant les longues veillées d’hiver. Et comment se sentir seul avec Pedro et Antje qui vous laissent leurs poils et leurs cheveux partout dans la salle de bains?

Soyons francs : à Berlin, on s’envoie en l’air, mais on n’aime pas vraiment, ou pas longtemps. Pourquoi? Parce qu’il existe deux types de Berlinois:

1. L’Allemand

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2. L’expat’

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Le premier est un peu coincé et ne sait pas aborder les filles, donc il peut rester célibataire jusqu’à ce qu’une bonne âme ait vraiment envie d’aller le chercher. Le second est incapable de se poser deux secondes. Insatiable, il court la gueuse armé de ses wingmen préférés, l’alcool et la drogue. Les clubs berlinois sont un vivier sans cesse renouvelé de jeunesse qui lui donnent l’impression qu’il ne vieillira jamais s’il peut se taper un maximum de gardons frais. Mais le pire, c’est que le numéro 2 influence, depuis quelques années, le numéro 1 avec son attitude de surconsommateur sexuel.

Pour ma part, j’ai un peu tout essayé. Le rocker fauché qui veut « explorer sa sexualité et son art dans le même élan » et à qui je faisais évidemment obstacle dans cette quête de beauté. Le rocker qui joue dans un groupe connu et ne voit pas pourquoi il resterait avec une seule fille puisqu’il a des groupies qui lui jettent leurs culottes à la tête. L’étudiant éternel qui est terrorisé à l’idée d’aimer une femme qui travaille déjà. Le DJ (no comment). Le barman (no comment). Le réalisateur reconverti en apiculteur qui finit par vouloir aimer le monde entier, lui qui a déjà tant d’abeilles. Partout, la même sentence tombe: l’amour fait obstacle à leur LI-BER-TE.

Je ne parle pas ici de se caser avec pavillon, Mercedes et labrador à Wilmersdorf. Je parle de sentiment, de passion, de communion quoi, merde. Presque toutes mes amies sont désespérées. Pour ma part, il y a quelques années, j’avais eu la chance d’être courtisée par un bel architecte de quarante ans, sûr de lui et de son art, un homme bien qui me promettait une vie à deux. Comme je résistais un peu, à la manière française, je me le suis fait très vite souffler par une institutrice allemande plus âgée que moi qui avais bien compris qu’on ne fait pas attendre une perle pareille à Berlin. Les divorcés sont devenus LA quête des Berlinoises de trente ans en mal de vrais sentiments.

L’article d’ExBerliner se termine par une phrase lancée par un DJ américain de 47 ans, interviewé dans la rue, qui recommande bruyamment aux femmes de « revoir leurs exigences à la baisse » (« LOWER YOUR STANDARDS! »). Je pense que cette sentence fera bondir mes lectrices autant que moi. Vraiment? C’est-à-dire? Faut-il convoler avec un pilier de bar? Un névrosé fauché qui se pend à nos portefeuilles? Un quinquagénaire au cerveau grillé par des années de drogue?

Alors, que faire? Pour ma part, j’ai fini par tomber sur un amour vrai, sincère, pas peureux, pas enchaîné non plus… à Paris, en la personne d’un Américain, qui accepte mon existence nomade entre la France et l’Allemagne. Mais je ne sais que dire aux Berlinoises célibataires, car cette vie en solo m’a souvent donné l’impression d’être une Bridget Jones sous amphétamines. Lectrices, qu’en dites-vous? Et vous, Berlinois – que pensez-vous de l’amour dans la ville de la liberté sexuelle?

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J’ai raté mes deux semaines sans alcool à Berlin

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Il y a presque un mois, je me suis publiquement lancé un défi sur la page Facebook de Génération Berlin : pas d’alcool pendant deux semaines. L’idée était de tester les limites de la vie sociale berlinoise, réputée pour sa festivité. Un échec total.

Avant de commencer mon challenge, j’avais posté l’annonce que je commencerai mes deux semaines sobres le lundi, car le week-end s’annonçait trop prometteur. D’ailleurs, mon amie Lolita, du blog J’aime ton wine, débarquait le samedi matin et il n’était pas question de faire abstinence le jour de son arrivée. Se priver de déguster du vin avec une pro du pinard est complètement couillon, si vous voulez mon avis.

Cependant, nous avons attaqué par une série de cocktails au Club der Visionäre et au nouveau White Trash près de la Spree et nous décidons de finir cette belle soirée dans un karaoké en entraînant nos pauvres compagnons d’infortune. Là, dans cet antre du micro gueulard, Lolita descend des mojitos en chantant Joe le Taxi devant un Allemand écarlate et en sueur à force de désir, tandis que je constate que l’alcool ne me fait bizarrement rien, cette nuit-là. J’ai simplement envie de chanter et je me fous du reste. Cela m’encourage : je n’ai pas besoin d’être désinhibée par l’alcool pour m’amuser et je suis sûre que ces deux semaines passeront comme une lettre à la poste. 

La nuit d’après, je fête ma future sobriété en dégustant un excellent rhum dans un petit rade de Kreuzberg en regardant dans les yeux un bel Autrichien qui ressemble à Astérix et porte un T-shirt du Club Alpin d’Innsbrück. (« Che suis moniteur de ski », me dit-il avec un sourire moustachu.)

LUNDI

Le lendemain, Lolita et moi nous prélassons sur une plage de la Baltique et refusons en choeur le Weissweinschorle (vin blanc additionné d’eau pétillante) que veulent nous servir nos amis. Faut pas déconner non plus, on est Françaises. Je n’ai donc pas beaucoup de mérite.

MARDI

Au deuxième jour, les choses se corsent : un copain vient dîner et Lolita a choisi un Riesling dont la seule étiquette me donne envie d’orgasmer. Pendant qu’ils picolent, je me venge sur le poulet aux olives et descends de la Bionade. Thomas et Lolita s’échauffent, blaguent, rigolent, leurs gestes deviennent plus brouillons, ils ont l’air de super bien s’entendre. J’ai le sentiment d’être une nonne. Plus tard, sur le balcon, ils attaquent le Pinot Grigio quand j’en suis à ma troisième Bionade. En rotant discrètement, je mate mon nouveau voisin d’en face, une bombe sexuelle qui se promène tout le temps à demi nu de sa démarche féline. Si j’avais bu, je lui aurais sûrement crié d’un balcon à l’autre de nous rejoindre pour un petit verre. Au lieu de ça, je le reluque en me disant que je rate peut-être l’homme de ma vie/nuit.

MERCREDI

Je suis heureuse de me réveiller pimpante, prête à mordre la vie à pleines dents même après un dîner qui aurait sûrement fini en fiesta échevelée, pendant laquelle Thomas aurait sans doute tenté un ménage à trois que nous aurions refusé à grands cris ivres. La sobriété a du chic. 

Le soir, après une longue balade à vélo, Lolita et moi sommes alpaguées par la barman française d’un des bars de Neukölln. Compréhensive, la jeune fille me sert une bière sans alcool. La première de ma vie. Alléluia! J’ai trouvé la panacée, me dis-je. L’effet placebo est tout à fait convaincant. Je n’ai pas l’impression de dépareiller. J’en bois deux. Mais je sens que Lolita fatigue malgré ses efforts. C’est rasoir de sortir avec une sobre. On rentre vers minuit.

JEUDI

Lolita a une dégustation dans un bar. Je goûte et je recrache. Pas trop frustrant.

VENDREDI

Après le départ de miss J’aime ton wine, tout se déroule sans accroc. J’ai du boulot, je pense à autre chose…

SAMEDI

Je me suis sauvagement endormie la veille à 22H, ratant le concert d’Electrosexual que j’attendais de pied ferme. En me réveillant à cinq heures, je découvre un SMS enjoué d’un copain DJ de Bali :

Je joue au Golden Gate à sept heures, je t’emmène, on se fait un petit-déj avant!

Chose dite, chose faite. Après un bon café serré, nous voici derrière les platines. Sur la piste, les danseurs ont l’air bien plus normaux que je ne l’imaginais. Mon pote me présente des Balinaises qui dansent derrière les DJs : elles sont en plein jet-lag et en vilaine montée de mdma. Personne ne boit, tout le monde est à la flotte, c’est l’effet pervers de leur drogue, ce qui m’arrange bien.  Je danse à jeun, pleinement sobre. Je trouve les conversations assez connes, donc je me concentre sur la musique. Et je rencontre un mec sympa, mignon, 38 ans, drôle (rarissime pour un Allemand) que j’emmène chez moi un peu plus tard.

DIMANCHE

Le monsieur ne voulant pas rentrer chez lui, et moi ne souhaitant pas le renvoyer non plus, je craque. J’ouvre la bouteille de blanc qui attendait la fin de mes voeux de sobriété dans mon frigo. On se l’est bue avec un plaisir d’autant plus grand que je bravais un interdit. Exquis.

LUNDI

Enorme sentiment de culpabilité. Je bats ma coulpe et bois deux litres d’eau filtrée Britta, en me jurant de tout avouer à mes lecteurs, mais de reprendre mes voeux à partir d’immédiatement tout de suite là maintenant.

MARDI

La culpabilité s’éloigne. Je me demande pourquoi j’ai commencé ce pari de toute manière. Un copain me propose par SMS de le rejoindre à un concert de jazz.

Je ne sors pas, j’ai peur de boire, réponds-je.

Bizarre, rétorque-t-il.

Il a raison. C’est bizarre.

MERCREDI

Concert d’Arcade Fire à la Waldbühne de Berlin. Avec l’approbation complice de mon copain Lulu, je me rebelle et achète un mojito. Je le bois en tombant amoureuse d’Owen Pallett. Lulu se fout de ma gueule. Il essaie de refermer ma bouche qui bée devant ce musicien surdoué à la voix d’ange. Avant de faire une pause pipi, je reprends un mojito pour surmonter l’émotion qui me submerge.

JEUDI

Je me sens de nouveau coupable mais décide de mentir à mes lecteurs et de ne pas poster sur ma page Facebook que j’ai bu (PARDON). Puis on m’apprend qu’Owen Pallett est gay. Désespérée, je demande à ma coloc italienne si elle n’a pas envie de goûter à cette petite liqueur d’Amaretto que lui a rapporté sa mère. Elle acquiesce.

VENDREDI

Allongée sur le divan du psy, je comprends que mon caractère est fondamentalement adolescent et tourné vers la bravade d’interdits et que ce défi va en fait me rendre alcoolique. Je m’autorise donc un week-end de débauche absolue… et n’ai finalement qu’une envie : rentrer me coucher avec une tisane.

SAMEDI

Tisane.

DIMANCHE

Tisane.

Conclusion : on peut vivre à Berlin sans boire, ce n’est pas du tout un problème (peut-être même moins qu’à Paris, où les gens hurlent dès qu’on refuse un verre de vin). Mais franchement… ça n’en vaut pas la peine! 

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Lettre à mes lecteurs

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Le visuel de mon film La fille du gardien de prison

Mes coproducteurs, ce sont aussi, peut-être, mes lecteurs. Je vais tourner mon premier vrai film de fiction cet été en Bourgogne. Et j’ai vraiment besoin de vous.

Chers lecteurs,

Cette fois, je ne vous ferai pas un article, je vous rédige une lettre.

Voilà trois ans que nous nous connaissons, vous et moi (parfois moins pour certains – et je me réjouis toujours de voir un nom nouveau dans les commentaires ou sur ma page Facebook.) Certains d’entre vous savent que je fais du cinéma. Ou plutôt, que j’ai le désir profond d’en faire. Car on ne devient pas réalisatrice en un an, ni deux, ni cinq. On devient cinéaste parce qu’on a grandi avec l’amour des images, des acteurs, de la musique. Et il faut surtout beaucoup d’amour pour ses spectateurs pour se lancer dans une carrière aussi ardue.

Pour réaliser ce rêve j’ai fait les petits boulots les plus infects, j’ai vendu des fringues à des poules qui me prenaient de haut dans le XVIe arrondissement de Paris, j’ai fait rire la galerie à Disneyland, j’ai distribué des flyers dans les rues par -5 degrés… Et je suis reconnaissante d’avoir fait toutes ces tâches éreintantes, parfois humiliantes, que beaucoup d’entre nous sont obligés d’exécuter. Elles m’ont appris que la passion se paie cher. Devenir artiste n’est pas ce que beaucoup de gens imaginent, paillettes, picole et drogue, cocktails mondains, tapis rouge. Devenir artiste c’est une ascèse. Se battre tous les jours avec l’idée qu’on n’aura sans doute jamais de quoi vraiment vivre correctement.

Mais ces arts, le cinéma et l’écriture, en valent bien la peine. Aujourd’hui je vis chichement mais je fais tous les jours ce que j’aime. Et j’ai ce blog qui est un dialogue riche, drôle et constant avec des lecteurs de plus en plus nombreux. Des gens de tous horizons me lisent, de toutes les classes sociales et de plusieurs pays! Comment ne pas être heureuse? Merci à vous. Sans vous, ce blog serait une coquille vide.

Voilà, j’arrive au seuil de mon premier film. Mon premier court-métrage de fiction, avec une vraie production qui me soutient. Il s’appelle La fille du gardien de prison et je dois normalement le tourner en août. C’est une histoire de classes sociales : l’amitié impossible d’une petite fille de la bourgeoisie, Marie, et de Nathalie, la fille du gardien de prison. Je souhaite réaliser plusieurs films sur le monde de l’enfance. Je pense que les enfants sont trop souvent regardé comme de mignonnes petites choses au cinéma, pas assez comme des êtres pensants, aimants et désirants à part entière.

« Normalement », parce qu’aujourd’hui, en réalité, ce projet est menacé. Sur un budget de 30.000 euros, il nous manque 10.000 euros. Pour pouvoir nourrir et loger l’équipe formidable qui travaillera avec moi (tout le monde est cependant payé. Je ne crois pas à l’esclavage artistique!). Pour avoir une caméra digne de ce nom. Pour avoir un son digne de ce nom. Pour que ce film soit vu dans les festivals et soit mon premier pas vers un film de 90 minutes, un long-métrage.

Mais de nos jours il existe un système qui pallie à la crise qui nous frappe tous… Le financement participatif. Un modèle génial avec lequel des projets artistiques ou humanitaires, par exemple, peuvent trouver le soutien économique indispensable qui leur manque. Chacun donne ce qu’il peut – de 5 euros à 1000 euros, peu importe. 5 euros font déjà une différence énorme. Si dix personnes donnent 5 euros, je peux déjà financer plusieurs jours de cantine pour l’équipe du tournage!

Alors mes amis, je vous le demande, devenez mes coproducteurs. Vous serez vous aussi une partie de mon équipe, même si vous n’avez que quelques euros à mettre, la fierté sera la même : c’est NOTRE film!

Cliquez sur ICI et devenez producteur du film La fille du gardien de prison

Et n’oubliez pas : si vous ne pouvez pas participer, likez, commentez, partagez cette page. En parler c’est déjà aider le film.

Merci mes amis, je vous embrasse,

Votre blogueuse dévouée, Manon

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Pourquoi mes parents ne viennent jamais à Berlin

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Y a vraiment que sur les pubs de l’office du tourisme que les parents ont l’air contents de venir à Berlin. (Source photo VisitBerlin.de)

Après cinq ans de vie à Berlin, je me demande encore pourquoi mes parents ne viennent jamais me rendre visite. Tentative de décryptage psychanalytique du parent berlinophobe.

C’est en lisant cet article (fort amusant d’ailleurs), Ten things you can do when your parents visit you in Berlin, que je me suis rendu compte que je n’étais pas seule au monde : les parents de Sara, journaliste chez Finding Berlin, ne lui ont jamais rendu visite non plus. En cinq ans, mon père m’a gratifiée d’une seule et unique visite de trois jours. Quant à ma mère, elle n’est tout bonnement jamais venue. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, docteur? Décryptage des raisons avancées par mes darons.

1. « J’ai pas le temps »

Mes parents sont à la retraite. Comme chacun sait, personne n’est plus occupé qu’un retraité. Un retraité est toujours débordé. C’est hallucinant. Depuis que mon père a cessé de bosser, il est obsédé par son patrimoine immobilier, sa paperasserie et les courses au supermarché. Quant à ma mère, elle a ses plantes à semer avant que le gazon ne prenne plus, son potager demande de l’entretien et elle a une réunion d’enfants des Compagnons de l’Ordre de la Libération le 29, donc elle ne peut pas venir. Et après la réunion? Après la réunion, elle va voir ma soeur et ses mômes en Grèce. Conclusion : « J’ai pas le temps » signifie tout simplement « j’ai pas le temps de te voir toi à Berlin« .

2. « Ta mère risque une thrombose en avion avec sa mauvaise circulation sanguine »

Mais ça ne l’empêche pas de faire trois heures de vol pour rendre visite à ma frangine à Athènes, cf plus haut. J’évoque diplomatiquement la poésie languide du train, le paysage défilant doucement sous les yeux, rappelant le temps heureux où l’on prenait le temps de prendre le temps, les livres lus dans cette parenthèse bienvenue au milieu de nos vies frénétiques… Les innombrables bienfaits écologiques du train comparés à l’avion… Mes darons poussent des cris d’orfraie : « Quoi! huit heures! on a autre chose à foutre ». Ah oui,  zut, j’oubliais, c’est vrai qu’ils sont débordés!

3. « Je peux pas, je garde ta nièce pendant que ton frère est en voyage d’affaires »

Ah. AH. AH! Là, nous touchons un début de commencement de reproche sous-jacent et à couches multiples : d’une part, tu n’as pas d’enfants, d’autre part, tu ne fais pas d’affaires, ma petite fille blogueuse – cinéaste – journaliste. Mais la perspective de faire des chiards et de bosser dans le marketing d’une boîte de pneus comme mon frère, à la seule fin de faire venir mes parents à Berlin, est parfaitement inenvisageable. Parce que justement, je suis venue à Berlin pour être libre, célibataire et free-lance sous-payée.

4. « Berlin, c’est sinistre »

Ma mère a vécu à Berlin à la fin des années 60. Mon grand-père était militaire diplomate et toute la smala se baladait d’ambassade en caserne dans des bagnoles à chauffeur, de bal mondain en courses au KaDeWe et tout le tralala. Ma mère était même tombée follement amoureuse d’un beau jeune homme est-allemand (union fortement réprimandée par sa famille évidemment). Donc ma mère se rappelle Berlin à une époque où le Mur régnait sur la ville et où, quand elle passait du côté Est, la vue de « ces pauvres gens engoncés dans des manteaux gris de mauvaise coupe, affrontant la bise dans des avenues immenses et vides » lui brisait le coeur. C’était en 1967, nous sommes en 2014, Berlin est devenue la destination touristique numéro un d’Europe, mais non, ma mère n’en démordra pas, à Berlin, c’est encore la Guerre froide.

5. « Berlin, c’est moche »

Ma mère ne comprend pas non plus le charme du Plattenbau, du béton et la poésie post-communiste qui se dégage de Berlin. Elle est insensible aux charmants atours des squats (ou ce qu’il en reste), des bords industriels et déserts de la Spree. Ce qu’elle aime, c’est l’architecture Renaissance de Florence, les ravissantes rues de Lisbonne et bien sûr Paris, « la plus belle ville du monde », évidemment. Il me semble pourtant qu’elle ne viendrait pas à Berlin pour faire du tourisme neuneu, mais pour voir où et comment sa chair et son sang vivent depuis cinq ans. Ce que je comprends, moi, c’est qu’elle préfèrerait sans doute ne pas savoir que Berlin, c’est peut-être moche, mais c’est surtout plus grand, plus spacieux, plus vivant et que j’ai peut-être fait – pour une fois dans ma vie – un bon choix?

6. « De toute façon, tu viens tout le temps à Paris »

J’avoue que je n’ai pas grand-chose à répondre à ça. Je pense que si, de mon côté, je n’avais pas visité la nouvelle maison de mes parents en Bourgogne et que je ne m’étais point pâmée devant leur agencement de meubles et de tableaux, j’aurais eu droit à une crise d’apoplexie.

Soyons sérieux. La réalité qui se cache derrière toutes ces raisons fumeuses, mes chers amis, c’est que mes parents font de la résistance psychologique inconsciente au fait que je les ai « quittés » pour partir vivre à l’étranger. Chez les Boches, en plus!

Mais c’est peut-être parce que nos parents ne viennent pas que Berlin reste notre ville? Et que nous sommes la Génération Berlin? Loin du joug de la réussite sociale et de la reproduction sexuelle obligatoires insidieusement imposées par les petites réflexions systématiques de ces rejetons des Trente Glorieuses, qui n’ont toujours pas compris que la jeunesse d’aujourd’hui rame pour payer des loyers monstrueux et se faire chier dans des jobs à 1000 euros le mois, cultivons notre terrain de jeux propice aux arts et à toutes les bêtises…

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