De l’autre côté du Mur

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Le Mémorial soviétique de Treptow, à Berlin

Sorti le 5 novembre en France, le film « De l’autre côté du Mur » de Christian Schwochow raconte l’histoire d’une femme qui fuit la RDA dans les années 70 et se retrouve à Berlin-Ouest dans un camp de réfugiés. L’occasion de revenir dans ce blog sur quelques lieux de mémoire de l’Histoire liée au Mur de Berlin, au-delà de Checkpoint Charlie et de l’East Side Gallery

J’étais évidemment très curieuse d’aller découvrir ce film, dont les affiches immenses sont placardés partout sur les murs du métro parisien. Tout d’abord parce que l’action se déroule à Berlin, ensuite parce que j’ai une passion un peu fétichiste pour cette tranche de l’histoire allemande (en 2009, j’ai d’ailleurs écrit une pièce de théâtre, Novembre, déjà, qui raconte la vie de deux soeurs juste avant la chute du Mur).

Le film de Christian Schwochow n’est pas un chef-d’oeuvre à mes yeux, mais il est très bien interprété par Jördis Triebel qui incarne l’héroïne courageuse et séduisante de cette histoire au coeur de la  » guerre froide « . Je me suis demandé comment le réalisateur allait pouvoir reconstituer le Berlin d’avant la chute du Mur sans difficulté – on sait que cela a été l’un des grands problèmes rencontrés par Florian Henckel von Donnersmarck pour le célèbre (et somptueux) La vie des autres.

Or, le film se déroule presque exclusivement dans le camp des réfugiés de l’Est situé à Berlin-Ouest, ce qui permet de limiter les décors casse-gueule. Mais Berlin regorge de lieux extraordinaires qui rappellent la déchirure subite par le peuple allemand entre 1962 et 1989.

La prison de Hohenschönhausen

Prison politique de la Stasi, la prison de Hohenschönhausen laisse un souvenir inoubliable à ses visiteurs (lire ici l’article que je lui ai consacré… c’était le premier article de ce blog). Car ce sont d’anciens détenus qui vont la feront visiter, vous expliquant par le menu les tortures psychologiques et les mécanismes d’isolement mis en place par la police politique à l’encontre de ses victimes. Les prisonniers ne savaient pas où ils se trouvaient, le voyage se faisant en camionnette déguisée en van de marchand de légumes, les yeux bandés. Les habitants du quartier ne savaient d’ailleurs pas non plus que ces bâtiments sinistres abritaient une prison.

Gedenkstätte Berlin-HohenschönhausenGenslerstr. 66, 13055 Berlin
Téléphone : 0049 – 30 – 98 60 82 – 30 – prix du billet 5 euros

Mémorial de la Bernauer Strasse

Les touristes se précipitent (à raison) sur l’East Side Gallery, mais le mémorial de la Bernauer Strasse offre une vision bien plus réaliste de ce qu’était le Mur de Berlin. En grimpant dans une tour située côté Ouest, vous pourrez admirer un pan de Mur impeccablement reconstitué : côté Est, le Mur de Berlin était en réalité doublé d’un second mur destiné à empêcher les fuyards d’approcher la frontière. Entre les deux murs, un champ de mines et une ligne de tir pour mitraillettes automatiques, le tout gardé par les Vopos et leurs bergers allemands : la Todestreife, la zone de la mort. Charmant.

Mémorial de la Bernauer Strasse, Bernauer Straße 119, 13355 Berlin – entrée gratuite

Le musée de la Stasi

Un régal (sinistre) pour tous les amateurs de thrillers et de films d’espionnage. John le Carré et James Bond ont tout à envier à ce musée qui croule sous les inventions délirantes des membres de la police politique est-allemande pour contrôler leur population. Les appareils photo dissimulés dans des talons aiguilles et les relevés d’odeurs corporelles coincés sous les chaises d’interrogatoire font à la fois sourire et froid dans le dos. Vous pourrez même visiter le bureau d’Erich Mielke, le chef de la Stasi, et vous assurer que le Big Boss avait des goûts modestes en accord avec les principes communistes.

Stasi-Museum Berlin, Ruschestraße 103, Haus 1, 10365 Berlin – entrée 5 euros

Le mémorial soviétique de Treptow

Quand quelqu’un vient me voir à Berlin, je lui fais toujours visiter ce lieu impressionnant, assez peu touristique, qui évoque carrément un film de science-fiction. Mémorial dédié à la mémoire des soldats de Staline, au coeur de la forêt du Treptower Park, c’est aussi un important cimetière militaire. Le mémorial est encore un espace de recueillement pour d’anciens Ossies (habitants de l’Est) – même si vous ne partagez pas leurs convictions, tâchez de vous conduire avec respect sur les lieux (pas d’after improvisée le dimanche matin, please…)

Puschkinallee, 12435 Berlin – entrée gratuite

Et vous, où vous rendez-vous à Berlin pour imaginer la RDA (République démocratique allemande) d’autrefois? 

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Hype parisienne vs. hype berlinoise

unnamedHipster parisien en migration annuelle à Berlin (titre bidon donné à un dessin licence CC)

Voilà deux mois que je suis à Paris pour le boulot et que j’ai l’occasion d’observer la hype parisienne dans toute sa splendeur. La comparaison est inévitable : si les hipsters énervent tout le monde où qu’ils soient, au moins, la hype berlinoise ne vous donne pas envie de déménager à l’étranger. Le warum du comment en cinq points

1. Le vocabulaire

« Un bar ambiancé qui slame » – traduction, un bar à l’atmosphère particulière vraiment formidable. Achtung, j’ai mal aux oreilles. A Berlin, on dit « ein geiler Club », un club qui fait jouir. C’est vulgaire, c’est laid et un tantinet partouzeur, mais ça sonne mieux. Quant à l’expression « Je vais lui faire un petit Mohammed » pour dire « je vais le/la sauter », j’en ai des frissons d’horreur. Relents de racisme hype.

2. Les barbes (et ce qu’il y a autour de la barbe)

Les jeunes cools du dixième arrondissement ne sortiraient plus sans leur longue barbe, surmontée d’un chignon d’ « urban samurai », comme dit la publicité hipster de la marque Mac. Ces pileuses déclarations de virilité masquent en réalité une subordination à l’esprit de consommation courante. Car en lieu et place de samouraïs, nous avons bien affaire à de jeunes hommes modernes sans la moindre orientation politique et sans beaucoup d’idées sur le monde dans lequel ils vivent. Le hipster consomme, il ne pense pas. Il se coiffe comme tout le monde parce qu’il a peur d’être rejeté par Paris. Parce que Paris est méchante avec ses enfants.

A Berlin, certes, on croise des coiffures tartignoles – mais personne ne vous en veut d’avoir les cheveux jusqu’aux fesses couleur arc-en-ciel quand vous vous appelez Helmut et que vous êtes né en 1955. La différence, à Berlin, c’est justement qu’il est permis d’être différent. La barbe, quoi!*

3. L’arrogance

Le serveur parisien qui vous égrène l’ardoise du jour en regardant par la fenêtre, l’air de vous trouver con et mal habillé. Les videurs qui vous repoussent d’un petit geste de la main. Les branchés de la com’ qui vous demandent si vous arrivez à gagner votre vie en tant qu’ « artiste »… A Paris, l’arrogance est hype, tellement hype! A Berlin, si on fait la gueule, c’est parce qu’on est prussien. Mais on vous regarde droit dans les yeux et si on vous jette du club, c’est parce que vous avez vomi exprès sur la barmaid.

4. Les burgers

Restos de burgers, je vous hais. Avec vos devantures écrites à la fausse craie sur de la peinture ardoise, vos faux dessins cool et échevelés faits à la palette graphique, vos viandes bios du Poitou, vos frites maison et vos additions à 30 euros, vous êtes partout dans Paname. A Berlin, on mange des döners pour 3 euros. Les deux font grossir, que je sache. Depuis quand le burger est-il un mets si sublime qu’il puisse détrôner le confit de canard, hein?

5. Les clubs

Après des années de hype, les clubs berlinois restent les plus fun, ont la meilleure musique, les gens les plus sympatoches, les idées les plus farfelues. Le fameux renouveau de la nuit parisienne est encore réservé aux riches, et l’aspect faussement trash des soirées de Paname est parfumé à la javel. Le hispter berlinois, si mal coiffé soit-il, n’a pas peur de retrousser bobonne dans les gogues immondes d’une boîte en bordure de Ring. Le clubbing parisien a encore tout à apprendre des nuits d’outre-Rhin, de leur folie, de leur liberté, de leur noirceur.

Qu’on ne me fasse pas croire que le Silencio, par exemple, est un lieu où l’on se commet. On n’y met en péril que son compte en banque, sûrement pas ses préjugés, ses idéaux ou sa vision du monde. Prise de risque zéro, degré d’aventure zéro, rencontres tristes qui tournent autour du name-dropping et de l’élévation sociale : les nuits parisiennes sont plus belles en solitaire le lundi sous la pluie.

En conclusion…

Quel mal y a-t-il à être branché, à aimer le burger frais et la barbe touffue, me direz-vous? Rien, vous répondrais-je, moi qui adore ma robe éthique cousue par une handicapée estonienne en vrai coton de coquelicot, qui rêve de masser un boeuf à la bière Tsing-Tao et qui vit avec un homme des cavernes. Le problème, c’est la prétention, le léger mépris des autres et l’absence de réflexion sur ce qui est à la mode et ce que l’on consomme.

Aussi la hype berlinoise me semble-t-elle moins imbitable que la Parisienne. Mais je ne demande qu’à ce qu’on me prouve le contraire…

*L’auteur demande pardon pour la bassesse de cette plaisanterie

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Blog en pause – blogueuse en tournage

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Chers lecteurs!

Je tourne mon court-métrage La fille du gardien de prison produit par Lumina Films à partir de lundi, ce qui explique mon absence dans ces pages depuis quelques temps!

On se voit en novembre avec des articles tous frais du matin!

Envoyez-moi de bonnes ondes!

Amour, liebe

Votre Manon

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Berlin, désert de l’amour

Berlin, East Side Gallery

Berlin est sexy, mais Berlin n’est pas la capitale de la romance. Facile, dans la cité des fous, des artistes et des fêtards, de se mettre de la chair fraîche sous la dent pour une nuit… bien plus difficile de trouver une épaule chaude et réconfortante pour passer l’hiver prussien sous la couette. En tant qu’incorrigible amie des hommes, je me suis régalée à Berlin et j’en ai tout autant fait les frais… happy end avec prince charmant non garantie.

Je rebondis ici sur un article intéressant publié il y a quelques mois par le magazine berlinois anglophone ExBerliner qui fait état du désert sentimental berlinois chez les femmes. C’est un fait, les histoires d’amour durables et réelles sont aussi rares à Berlin qu’une aiguille sous roche ou une anguille dans une botte de foin, vous me suivez.

Je vous entends protester que c’est la même chose dans toutes les grandes métropoles. Eh bien non, pas vraiment. A Paris, vers l’âge de trente ans, les gens se « casent ». La vie parisienne est infernale et les appartements trop chers et trop petits pour une colocation. Je vois mes amis parisiens envisager la vie à deux bien plus facilement que ne le font les Berlinois, qui cohabitent entre copains jusqu’à plus de quarante ans. Plus facile de rester célibataire quand on ne souffre pas de la solitude durant les longues veillées d’hiver. Et comment se sentir seul avec Pedro et Antje qui vous laissent leurs poils et leurs cheveux partout dans la salle de bains?

Soyons francs : à Berlin, on s’envoie en l’air, mais on n’aime pas vraiment, ou pas longtemps. Pourquoi? Parce qu’il existe deux types de Berlinois:

1. L’Allemand

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2. L’expat’

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Le premier est un peu coincé et ne sait pas aborder les filles, donc il peut rester célibataire jusqu’à ce qu’une bonne âme ait vraiment envie d’aller le chercher. Le second est incapable de se poser deux secondes. Insatiable, il court la gueuse armé de ses wingmen préférés, l’alcool et la drogue. Les clubs berlinois sont un vivier sans cesse renouvelé de jeunesse qui lui donnent l’impression qu’il ne vieillira jamais s’il peut se taper un maximum de gardons frais. Mais le pire, c’est que le numéro 2 influence, depuis quelques années, le numéro 1 avec son attitude de surconsommateur sexuel.

Pour ma part, j’ai un peu tout essayé. Le rocker fauché qui veut « explorer sa sexualité et son art dans le même élan » et à qui je faisais évidemment obstacle dans cette quête de beauté. Le rocker qui joue dans un groupe connu et ne voit pas pourquoi il resterait avec une seule fille puisqu’il a des groupies qui lui jettent leurs culottes à la tête. L’étudiant éternel qui est terrorisé à l’idée d’aimer une femme qui travaille déjà. Le DJ (no comment). Le barman (no comment). Le réalisateur reconverti en apiculteur qui finit par vouloir aimer le monde entier, lui qui a déjà tant d’abeilles. Partout, la même sentence tombe: l’amour fait obstacle à leur LI-BER-TE.

Je ne parle pas ici de se caser avec pavillon, Mercedes et labrador à Wilmersdorf. Je parle de sentiment, de passion, de communion quoi, merde. Presque toutes mes amies sont désespérées. Pour ma part, il y a quelques années, j’avais eu la chance d’être courtisée par un bel architecte de quarante ans, sûr de lui et de son art, un homme bien qui me promettait une vie à deux. Comme je résistais un peu, à la manière française, je me le suis fait très vite souffler par une institutrice allemande plus âgée que moi qui avais bien compris qu’on ne fait pas attendre une perle pareille à Berlin. Les divorcés sont devenus LA quête des Berlinoises de trente ans en mal de vrais sentiments.

L’article d’ExBerliner se termine par une phrase lancée par un DJ américain de 47 ans, interviewé dans la rue, qui recommande bruyamment aux femmes de « revoir leurs exigences à la baisse » (« LOWER YOUR STANDARDS! »). Je pense que cette sentence fera bondir mes lectrices autant que moi. Vraiment? C’est-à-dire? Faut-il convoler avec un pilier de bar? Un névrosé fauché qui se pend à nos portefeuilles? Un quinquagénaire au cerveau grillé par des années de drogue?

Alors, que faire? Pour ma part, j’ai fini par tomber sur un amour vrai, sincère, pas peureux, pas enchaîné non plus… à Paris, en la personne d’un Américain, qui accepte mon existence nomade entre la France et l’Allemagne. Mais je ne sais que dire aux Berlinoises célibataires, car cette vie en solo m’a souvent donné l’impression d’être une Bridget Jones sous amphétamines. Lectrices, qu’en dites-vous? Et vous, Berlinois – que pensez-vous de l’amour dans la ville de la liberté sexuelle?

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J’ai raté mes deux semaines sans alcool à Berlin

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Il y a presque un mois, je me suis publiquement lancé un défi sur la page Facebook de Génération Berlin : pas d’alcool pendant deux semaines. L’idée était de tester les limites de la vie sociale berlinoise, réputée pour sa festivité. Un échec total.

Avant de commencer mon challenge, j’avais posté l’annonce que je commencerai mes deux semaines sobres le lundi, car le week-end s’annonçait trop prometteur. D’ailleurs, mon amie Lolita, du blog J’aime ton wine, débarquait le samedi matin et il n’était pas question de faire abstinence le jour de son arrivée. Se priver de déguster du vin avec une pro du pinard est complètement couillon, si vous voulez mon avis.

Cependant, nous avons attaqué par une série de cocktails au Club der Visionäre et au nouveau White Trash près de la Spree et nous décidons de finir cette belle soirée dans un karaoké en entraînant nos pauvres compagnons d’infortune. Là, dans cet antre du micro gueulard, Lolita descend des mojitos en chantant Joe le Taxi devant un Allemand écarlate et en sueur à force de désir, tandis que je constate que l’alcool ne me fait bizarrement rien, cette nuit-là. J’ai simplement envie de chanter et je me fous du reste. Cela m’encourage : je n’ai pas besoin d’être désinhibée par l’alcool pour m’amuser et je suis sûre que ces deux semaines passeront comme une lettre à la poste. 

La nuit d’après, je fête ma future sobriété en dégustant un excellent rhum dans un petit rade de Kreuzberg en regardant dans les yeux un bel Autrichien qui ressemble à Astérix et porte un T-shirt du Club Alpin d’Innsbrück. (« Che suis moniteur de ski », me dit-il avec un sourire moustachu.)

LUNDI

Le lendemain, Lolita et moi nous prélassons sur une plage de la Baltique et refusons en choeur le Weissweinschorle (vin blanc additionné d’eau pétillante) que veulent nous servir nos amis. Faut pas déconner non plus, on est Françaises. Je n’ai donc pas beaucoup de mérite.

MARDI

Au deuxième jour, les choses se corsent : un copain vient dîner et Lolita a choisi un Riesling dont la seule étiquette me donne envie d’orgasmer. Pendant qu’ils picolent, je me venge sur le poulet aux olives et descends de la Bionade. Thomas et Lolita s’échauffent, blaguent, rigolent, leurs gestes deviennent plus brouillons, ils ont l’air de super bien s’entendre. J’ai le sentiment d’être une nonne. Plus tard, sur le balcon, ils attaquent le Pinot Grigio quand j’en suis à ma troisième Bionade. En rotant discrètement, je mate mon nouveau voisin d’en face, une bombe sexuelle qui se promène tout le temps à demi nu de sa démarche féline. Si j’avais bu, je lui aurais sûrement crié d’un balcon à l’autre de nous rejoindre pour un petit verre. Au lieu de ça, je le reluque en me disant que je rate peut-être l’homme de ma vie/nuit.

MERCREDI

Je suis heureuse de me réveiller pimpante, prête à mordre la vie à pleines dents même après un dîner qui aurait sûrement fini en fiesta échevelée, pendant laquelle Thomas aurait sans doute tenté un ménage à trois que nous aurions refusé à grands cris ivres. La sobriété a du chic. 

Le soir, après une longue balade à vélo, Lolita et moi sommes alpaguées par la barman française d’un des bars de Neukölln. Compréhensive, la jeune fille me sert une bière sans alcool. La première de ma vie. Alléluia! J’ai trouvé la panacée, me dis-je. L’effet placebo est tout à fait convaincant. Je n’ai pas l’impression de dépareiller. J’en bois deux. Mais je sens que Lolita fatigue malgré ses efforts. C’est rasoir de sortir avec une sobre. On rentre vers minuit.

JEUDI

Lolita a une dégustation dans un bar. Je goûte et je recrache. Pas trop frustrant.

VENDREDI

Après le départ de miss J’aime ton wine, tout se déroule sans accroc. J’ai du boulot, je pense à autre chose…

SAMEDI

Je me suis sauvagement endormie la veille à 22H, ratant le concert d’Electrosexual que j’attendais de pied ferme. En me réveillant à cinq heures, je découvre un SMS enjoué d’un copain DJ de Bali :

Je joue au Golden Gate à sept heures, je t’emmène, on se fait un petit-déj avant!

Chose dite, chose faite. Après un bon café serré, nous voici derrière les platines. Sur la piste, les danseurs ont l’air bien plus normaux que je ne l’imaginais. Mon pote me présente des Balinaises qui dansent derrière les DJs : elles sont en plein jet-lag et en vilaine montée de mdma. Personne ne boit, tout le monde est à la flotte, c’est l’effet pervers de leur drogue, ce qui m’arrange bien.  Je danse à jeun, pleinement sobre. Je trouve les conversations assez connes, donc je me concentre sur la musique. Et je rencontre un mec sympa, mignon, 38 ans, drôle (rarissime pour un Allemand) que j’emmène chez moi un peu plus tard.

DIMANCHE

Le monsieur ne voulant pas rentrer chez lui, et moi ne souhaitant pas le renvoyer non plus, je craque. J’ouvre la bouteille de blanc qui attendait la fin de mes voeux de sobriété dans mon frigo. On se l’est bue avec un plaisir d’autant plus grand que je bravais un interdit. Exquis.

LUNDI

Enorme sentiment de culpabilité. Je bats ma coulpe et bois deux litres d’eau filtrée Britta, en me jurant de tout avouer à mes lecteurs, mais de reprendre mes voeux à partir d’immédiatement tout de suite là maintenant.

MARDI

La culpabilité s’éloigne. Je me demande pourquoi j’ai commencé ce pari de toute manière. Un copain me propose par SMS de le rejoindre à un concert de jazz.

Je ne sors pas, j’ai peur de boire, réponds-je.

Bizarre, rétorque-t-il.

Il a raison. C’est bizarre.

MERCREDI

Concert d’Arcade Fire à la Waldbühne de Berlin. Avec l’approbation complice de mon copain Lulu, je me rebelle et achète un mojito. Je le bois en tombant amoureuse d’Owen Pallett. Lulu se fout de ma gueule. Il essaie de refermer ma bouche qui bée devant ce musicien surdoué à la voix d’ange. Avant de faire une pause pipi, je reprends un mojito pour surmonter l’émotion qui me submerge.

JEUDI

Je me sens de nouveau coupable mais décide de mentir à mes lecteurs et de ne pas poster sur ma page Facebook que j’ai bu (PARDON). Puis on m’apprend qu’Owen Pallett est gay. Désespérée, je demande à ma coloc italienne si elle n’a pas envie de goûter à cette petite liqueur d’Amaretto que lui a rapporté sa mère. Elle acquiesce.

VENDREDI

Allongée sur le divan du psy, je comprends que mon caractère est fondamentalement adolescent et tourné vers la bravade d’interdits et que ce défi va en fait me rendre alcoolique. Je m’autorise donc un week-end de débauche absolue… et n’ai finalement qu’une envie : rentrer me coucher avec une tisane.

SAMEDI

Tisane.

DIMANCHE

Tisane.

Conclusion : on peut vivre à Berlin sans boire, ce n’est pas du tout un problème (peut-être même moins qu’à Paris, où les gens hurlent dès qu’on refuse un verre de vin). Mais franchement… ça n’en vaut pas la peine! 

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