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Occupy Mauerpark

Le karaoké en plein air de Mauerpark à Berlin. (Source photo : Blog Berlin, du bist so wunderbar)

Nous avions nos dimanches… des dimanches au marché aux puces, à faire griller des légumes sur sur la pelouse, à divaguer sur des balançoires, à écouter les Berlinois de tous poils, tous âges, toutes couleurs, chanter au karaoké en plein air qui rassemblait une foule joyeuse… C’étaient nos dimanches au Mauerpark. Le parc culte de la bohème berlinoise va peut-être être rangé au rayon des souvenirs. Un plan de spéculation immobilière menace d’être approuvé par le Parlement. A moins que les citoyens ne se dressent pour défendre ce qui leur appartient. Manifestation le 13 septembre 2012 à Berlin

Le Sénat de Berlin a déjà donné son feu vert pour ce plan de construction terrifiant. Six cent logements pourraient être construits dans la partie nord du parc si le Parlement de Berlin donne son accord le 13 septembre.

L’entreprise de spéculation immobilière CA Immo fait bien les choses : un dixième de ces six cent logements seront des logements sociaux, et neuf dixièmes, des logements de luxe. Et où donc seraient situés les logements sociaux, mesdames et messieurs les Berlinois? Je vous le donne en mille : le plan de construction prévoit de loger nos pauvres face au fracas du S-Bahn, tout au nord du parc, tandis que les propriétaires vernis iront se dorer la couenne au sud du parc, près de la petite ferme pour enfants bobos, dans un coin à l’abri de tout bruit.

N’imaginez toutefois pas que les bâtiments vont être plantés au beau milieu du gazon. C’est seulement la partie nord du parc qui est visée. Mais quiconque a déjà passé un dimanche dans les coins bobos de Prenzlauer Berg sait que les Allemands sont prompts à appeler les flics en cas de tapage diurne. Il suffit de parler sous une fenêtre à l’heure de la sieste dominicale pour se faire dégager par de costauds policiers. Tchüss le karaoké! le marché aux puces! les concerts! les cris joyeux des enfants! Mauerpark deviendra un bout de gazon comme n’importe quel autre jardin public.

Mauerpark est un haut lieu de rencontre citoyenne, emblématique du style de vie berlinois : tolérance, ouverture à l’autre, art, dolce vita et respect de l’environnement. Comme pour beaucoup d’autres lieux cultes de la ville (le Bar 25 ou le squat Tacheles), à travers la destruction du Mauerpark, c’est l’aseptisation générale de la ville qui se dessine.

L’attitude du maire, Klaus Wowereit, face au morcellement de sa ville, vendue par petits bouts à des spéculateurs, me paraît étrange. On sait en effet que Berlin tire la plus grosse part de ses revenus du tourisme. Et ce qui attire les touristes dans la capitale allemande, justement, ce sont bel et bien ces espaces de liberté extraordinaires qu’aucune autre métropole européenne ne peut leur offrir. Ce sont ces clubs aux prix abordables (eux aussi menacés en ce moment par la hausse des tarifs de la GEMA, l’équivalent de la SACEM). Ce sont ces terrains vagues, couverts de graffitis, où tout semble permis. Ce sont ces galeries qui poussent comme des champignons. Ce sont… ces endroits comme Mauerpark.

Joignons-nous à la manifestation du 13 septembre 2012 à 17 heures devant le Max-Planck Gymnasium, Singerstrasse 8a, 10179 Berlin.

Et signons la pétition sur Avaaz en cliquant ICI

OCCUPY MAUERPARK !


À ceux qui partent

C’est la rentrée et pourtant, à Berlin, tout le monde s’en va. Car Berlin est une ville-parenthèse pour beaucoup, un espace de liberté qu’on s’offre plus souvent l’été que l’hiver, quand le temps est clément. L’ennui, amis lecteurs, c’est que votre blogueuse, qui s’attache aussi facilement qu’un labrador, a le cœur arraché lorsque ses amis de passage remballent leurs petites affaires et rentrent au pays. Après presque quatre ans de vie berlinoise, je ne m’y fais toujours pas. Verdammt !

Artistes en résidence, étudiants en Erasmus, correspondants en mission pour un magazine, thésards boursiers pour un an, flâneurs internationaux… ce sont des Berlinois temporaires. La capitale allemande en est pleine à craquer. Beaucoup de mes amis en sont.

Il y a trois ans déjà, j’ai fait une lourde perte, lorsque mon ami Tim, un surfeur australien plus sympa qu’un sémillant kangourou, avait décidé de rentrer au pays après deux ans de Berlinade. Tim avait des origines allemandes et était venu les retrouver. Il avait réappris la langue, travaillait comme graphiste free-lance. Le froid, le manque de boulot bien payé et l’absence complète de spots de surf l’a finalement convaincu de rentrer en Australie.

L’économie peu réjouissante de la capitale allemande, la barrière de la langue, insurmontable pour certains dirait-on, et l’hiver difficile font fuir bien des Berlinois de passage.

Tim et moi nous dîmes au-revoir devant le tramway jaune ; je cachais ma peine, il me souriait, toujours « positive, be positive », on se reverra disait-il, les vrais amis sont liés. Trois ans après, il est marié, s’est acheté une maison ; son business, à Melbourne, est florissant.

C’était la première d’une longue suite de disparitions en chaîne. Ma meilleure amie, Madame de., décida ensuite de rentrer en France pour poursuivre sa carrière d’actrice, avec un succès d’ailleurs assez spectaculaire. Maintenant, chaque fois que je passe devant la station de U-Bahn Gneisenaustrasse, j’entends ses éclats de rire, je la vois, belle et drôle, danser à la fenêtre de cet appartement que nous partagions dans la Zossener Strasse, à Kreuzberg. Un mirage.

Difficile de compter le nombre de fêtes d’adieu que j’ai faites ces trois dernières années : le groupe de pote rockeurs qui part tenter sa chance à New-York, la stagiaire française qui en a marre de se faire exploiter, ma traductrice et amie allemande qui s’arrache à vie à Taïwan sur un coup de tête en plein milieu du montage de notre pièce de théâtre…

Mais ces derniers temps, c’est l’hécatombe. Je me demande comment je vais survivre. Quand Ekatarina m’a annoncé, perchée sur son balcon, moi en dessous, qu’elle avait obtenu sa bourse pour son PhD à Seattle, c’était Roméo et Juliette à l’envers. J’ai cru que j’allais mourir sur place, qu’on allait zapper les actes III et IV et passer tout de suite à l’acte V. A la place de la fiole de poison, j’achetai du pinard, que nous bûmes pour faire semblant de fêter la bonne nouvelle. Ekatarina est partie depuis un mois et tout Neukölln semble désert désormais.

Puis ce fut le tour de Nicolas, l’enfant de Marx et Coca-Cola (voir son blog ici), un jeune Québécois à mèche et accent, une race que je chéris et dont le chef de file est Xavier Dolan, bien entendu. J’ai cherché un patch antidouleur, qui soulage les maux d’adieux, et je n’en ai point trouvé. Verdammt.

Je m’apprête désormais à dire au-revoir au prince de mon cœur, que l’on envoie de force dans une grosse boîte au Qatar, le pauvre. Autant dire dans un camp de travaux forcés capitaliste. Ils s’en vont tous, et moi je reste là, les pieds dans le béton berlinois, mes sandales d’été se mueront bientôt en bottes fourrées à crampons, la brise d’été viendra me fouetter le visage dans son nouvel habit glacial, la neige tombera sur mes épaules comme elle tombe, près de moi, sur Oskar, le labrador qui attend son maître à la sortie du Lidl.

Oui, il y a les amis qui arrivent aussi, et ceux qu’on rencontre, chaque jour, parce que Berlin est inépuisable de merveilles, de gens précieux et rares ; mais aucun être n’est remplaçable.

A ceux qui partent, j’attends votre retour, au coin de la Hobrechtstrasse et de la Prenzlauer Allee.


Petit cours d’oenologie pour Berlinois français

Carte blanche à Lolita, blogueuse sur J’aime ton Wine

Le Français de Berlin a un devoir : se la péter en vin devant des Allemands médusés par son savoir, ses reniflements de pro et son vocabulaire qui fait mouche. Ma belle amie Lolita, avec qui je passe mes vacances, tient un blog magique sur le vin et la musique, « J’aime ton wine ». Lolita n’accorde pas pinard et mets comme tout le monde. Non, elle met au diapason ce qu’elle écoute et ce qu’elle boit avec une élégance toute française. Pour vous, gratos, ce cours d’oenologie übersnob qui va faire de vous le roi de Berlin au rayon jaja du Lidl. Carte blanche à Lolita sur Génération Berlin.

Le pinard, le vrai pinard ! Qu’en savons-nous ? Chacun ses goûts après tout, on ne va pas obliger les autres à boire ce qui nous fait vibrer. Sauf que le problème, c’est quand une bouteille est choisie, il faut qu’elle plaise à un maximum de personnes autour de la table, pas toujours simple d’accorder goût et couleur quand on est la seule spécialiste et que tous ont un mot à dire sur la question. Le Français connaît le vin mieux que les autres ? Pas sûr, et pour cela, il faut un œil et une oreille avertis pour les reconnaître.

Devenir spécialiste en 5 leçons.

Leçon n°1 : Qui goûte ?
On pense que celui qui doit goûter la bouteille fraîchement ouverte par le gentil serveur est forcément celui qui connait les cépages et tradition de vinification par cœur. Faux ! En fait, cette coutume est surtout pour s’assurer que le vin n’est pas bouchonné. Pour cela, pas besoin de goûter, il n’y a qu’à sentir… en plus c’est poli, on attend les autres pour la dégustation. Donc tendre son verre, sentir si on découvre une odeur de « bouchon vieux » ou « carton mouillé » au pire si l’on découvre une cassure lactique (odeur de yaourt, crème fraîche) on peut le faire remarquer, puis reposer son verre, approuver le vin. Chacun sera surpris que vous ne goûtiez pas et le patron du restaurant sera content que vous lui fassiez confiance dans la conservation de ses bouteilles. Quand chacun sera servi, on trinque doucement et on déguste enfin.

Leçon n°2 : Le choix.
Toujours ces cartes faramineuses dans lesquelles un novice se perd à coup sûr. Entre appellation, cépages, domaine, château, je vous comprends… Déjà, première sélection à faire si possible, la région. Par exemple, vous êtes en vacances dans le pays du Roussillon en amoureux ou en bande de copains, inutile de prendre le Haut-Médoc, les petits vins de région seront toujours plus acceptables que les grandes maisons (moins de transport, plus petit rendement, bio…). En plus c’est le moment parfait de faire mine que l’on connait de près ou de loin le village d’où vient la bouteille, de prendre une photo parce que les étiquettes on les collectionne sur son iphone et de lancer « Ah! les baies du sud avec tout ce soleil ! ». Si c’est la Loire ou la Bourgogne, facile, vous n’avez qu’à dire « Les embruns marins de l’océan ! » ou « L’altitude incroyable vers Saint-Amour ! » bref… le vin c’est de la poésie.

Leçon n°3 : Poésie ?
Oui, le vin c’est une poésie que l’on se doit de lire. Boire du vin sans faire attention ne serait-ce qu’une seconde à son écriture vous classe irrémédiablement dans la catégorie des incultes. Bon ou mauvais, le vin doit être respecté et le travail des vignerons aussi. Alors amusez-vous à trouver des mots qui puisse le décrire de façon non-conformiste. On oublie les phrases types style « La caudalie est longue, la jambe grasse et des reflets d’or… » on dira plutôt « Ce vin s’impose comme du caillou mouillé, j’en ai pleins la bouche, et cette couleur un vrai soleil ! » Autrement, il est aussi très simple de ne pas toujours mettre des mots sur ses sensations et simplement déguster en appréciant…

Leçon 4 : L’étiquette.
En cave à vin (uniquement ! Si on veut être un spécialiste, on oublie Nicolas, Intermarché ou Carrefour…) les bouteilles nous attirent principalement par leur étiquette. La mode veut que l’étiquette soit de plus en plus branchée bobo-bio, je ne saurais que vous y pousser aussi. Il faut savoir que les vignerons qui se connectent sur cette mouvance sont à la base de vrais paysans perdus au fond de leur montagne. Et que depuis une petite dizaine d’années ils s’informent sur les nouvelles tendances. Mais leur vin ne change pas, seulement l’étiquette ! et en s’affirmant à travers des motifs parfois rocambolesques, ils nous ont attrapé la pupille et on les a découverts. En tant que spécialiste, j’avoid direct tout ce qui est étiquette dorée, château et vigne en premier plan, « élevé en fut de chêne », « Bordeaux supérieur ». Supérieur, mon cul ! bien inférieur tout cela, c’est de la piquette pour papi et mamie.

Leçon n°5 : Le Bio c’est pas beau.
Bon le bio c’est bien, mais est-ce vraiment le must ? Non ! Le vigneron en certificat biologique est cerné par un Label et se retrouve contraint à toutes sortes d’interdictions parfois inutiles (plan de vignes espacé, interdiction d’utilisation de certains types d’engrais…) qui l’amène à ne plus pouvoir s’exprimer. Le label c’est du commerce finalement, avoir l’étiquette AB et vendre plus aux États-Unis… Des vignerons sont contre toutes ces idioties en devenant plus bio que bio, oui ça existe! On retrouve par exemple les vins en culture biodynamique (travail en fonction des planètes, de la lune et du calendrier des plantes), ou encore mieux les vins naturels (aucun ajout, travail en levure indigène uniquement). Bon il est vrai que les vins naturels ont beaucoup plus de chance de moins bien vieillir, d’avoir des piqûres, des défauts, mais au final que souhaitons-nous ? Boire du conservateur E220, ou du vrai fruit ?
Dernière chose, pour paraître bien en public ne pas oublier de réviser sa géographie du BETC c’est toujours mieux de savoir d’où vient la quille.


Education Q à l’allemande

Copyright Jacob Hopkins, Berlin 2012

« Chienne! » Chienne, c’est ce que Sofie Peeters entend quand elle traverse la rue à Bruxelles dans sa robe d’été. Chienne! Salope! P’tites fesses! C’est à vous soulever le cœur de dégoût et son documentaire, « Femme de la rue », le prouve. A Berlin, les femmes entendent bien plus rarement (voire jamais) ce type d’insultes sur leur passage, peu importe leur tenue vestimentaire. Affaire de culture du cul, affaire d’éducation-cul. Éloge de la retenue allemande (pour une fois).

Sofie Peeters, une étudiante installée à Bruxelles, vient de défrayer la chronique avec son film Femme de la rue. Grâce à une caméra cachée, on découvre le quotidien d’une jeune femme qui déambule dans la rue dans une robe d’été même pas provocante : un parcours semé d’insultes et de harcèlements (j’t’offre un verre, mais chez moi, pas au café, l’hôtel direct tout ça tu connais…)

Triste réalité. Rien de nouveau sous le soleil, certes, mis à part le fait qu’une courageuse étudiante en cinéma a voulu en faire un film et que ce documentaire étale crûment la bassesse de ces propos masculins.

Moi qui partage mon existence entre Paris et Berlin, je pourrais ajouter quelques minutes au film de Sofie Peeters.

Première séquence, Berlin : votre blogueuse se rend à une fête de Nouvel An, habillée comme une outrageante drag queen. Legging en or qui moule le popotin, fausse moumoute blanche, paillettes vertes sur les pommettes, chaussures compensées et cheveux en folie (ben quoi, c’est la fête oui ou flûte?! on n’est pas sur un blog de mode ici, j’ai droit à l’excès et au mauvais goût, que je sache) Je traverse Schlesisches Tor, un quartier sympa de Kreuzberg bordé de restos turcs. Si les têtes se retournent, si les commentaires fusent, ils sonnent plutôt agréablement :

– Eh! t’es folle, j’adore!

– Je suis chercheur d’or, je t’offre une pizza ma pépite!

– Wow, ça flashe!

Pas de quoi foutre qui que ce soit en taule pour insulte sexiste, nous sommes d’accord.

Deuxième séquence, Paris : vers Charonne- Faidherbe, votre blogueuse, au mois de janvier, se promène en bottes de moto, blouson râpé et jean large. Tenue très peu sexuelle, il me semble.

– Tss tss, t’es charmante, tu suces?

– T’aurais pas dû laisser ton mec à la maison…

Troisième séquence, Berlin, été : votre blogueuse en robe très légère a encore oublié son soutif chez un bel Allemand. Mais de commentaires dans la rue, point. Je vais, sautillante, libre comme l’air, pensant que je vais peut-être brûler mes autres soutifs, comme ma mère il y a quarante ans. Quelques têtes se tournent, des yeux se perdent, n’osent pas insister – les Allemands ont presque honte de regarder les filles passer. Arrivée chez mon ami Helmut pour déjeuner, j’ai droit à des bras grand ouverts : « pas de soutien-gorge, c’est ça une vraie femme! »Et, à table, tout le monde me parle dans les yeux.

Quatrième séquence, Paris, été : pour échapper à l’insistance latine, je porte volontairement un futal volé à mon grand-père, mais par 30 degrés rien n’a pu me résoudre à porter cette affreuse prothèse de chez Princesse Bum-Bum.

– Ouh c’est chaud là, c’est dehors ou c’est toi? Chaude chaude, tss tss viens là…

– T’es bonne! 

– T’habilles pas comme ça si tu veux pas qu’on te parle…

N’est-il pas triste de penser qu’à mon âge avancé, mes parents s’inquiètent encore de me voir prendre le métro en jupe à Paris passé neuf heures du soir? Tandis que j’arpente, nue si je le veux, les rues de Berlin à l’heure du loup sans entendre le moindre commentaire? La seule et unique fois où l’on m’a mis la main au panier dans un bar à Berlin, c’était un… Français. La grande classe hexagonale, mec! Tu exportes avec habileté ce qu’on fait de mieux en France!

L’élégance à la française devra peut-être bientôt aller se réfugier dans des pays plus accueillants. Quand les rues de Berlin seront peuplées de minijupes frenchy même par -20 degrés, et que toutes les jolies gambettes de Marseille, Paris ou Tourcoing seront planquées dans des salopettes à la Coluche, il ne restera plus grand-chose au charme légendaire de la capitale de l’amour.

Et nos amis germains, eux, pourront se réjouir pour une fois d’être nuls en drague : à eux les petites robes, les décolletés et les œillades. Ach, wunderbar!


Berlin break… and dance!

Merci à shambo.de pour l’image

Chers lecteurs, je me vois obligée de mettre ce blog en pause pour deux semaines.

Non pas que je manque d’inspiration, mais je travaille en ce moment pour un projet passionnant… sur Berlin, justement! Cela ne me laisse pas le temps de venir alimenter cette page, mais ce ne sera que pour mieux y revenir.

En attendant, profitez bien des nuits berlinoises – chaudes, orageuses, électriques et vibrantes des ondes des fêtes en plein air – et du soleil, lorsqu’il perce…

Dance!


Berlin, Eurohorreur 2012

Depuis la dernière Coupe du Monde de foot, je n’avais pas vu Berlin dans un tel état. Adieu, douce cité extravagante, avant-gardiste, libre et anarchiste! « Wilkommen » l’horreur des écrans plats et des enceintes qui crachotent des beuglements de joie à chaque but. Berlin, capitale de la hype ? Pas en ce moment. A moins que le ballon noir et blanc ne soit un accessoire tendance 2012 ?

Voilà une semaine environ que je souffre corps et âme.

En terrasse de ma pizzeria préférée, où servent des punks assagis : un écran blanc et un projo qui balance la coupe d’Europe 2012.

Dans ce bar sympathique de Neukölln, où nous écoutions autrefois (dans un temps qui me semble déjà lointain, comme si j’avais soudain soixante-cinq ans) du jazz en hochant nos têtes pleines de considérations snobs sur la dernière pièce (nulle) jouée à la Volksbühne : un écran géant qui hurle à chaque fois que la balle bondit.

Impossible d’y échapper : la coupe d’Europe a littéralement envahi Berlin avec ses couleurs hideuses, insultantes pour tout esthète qui se respecte (noire-rouge-jaune, la combinaison artistiquement perdante). Au café du coin, la respectable serveuse de soixante ans porte une casquette ornée de deux mini-drapeaux aux couleurs de l’Allemagne. Les voitures pavoisent également, faisant ressembler les parkings à l’arène des jeux Olympiques de 1936.

Le balcon de mon voisin est à un manifeste nationaliste à lui seul.  Même ses nains de jardin sont enveloppés d’un drapeau teuton. Un matin, nous vîmes ce flic retraité et désoeuvré s’adresser à la propriétaire du balcon qui jouxte le sien. Armé d’un mégaphone, en marcel noir et les joues couvertes de maquillage pro-équipe d’Allemagne, il l’apostropha :

Madame Benz, pourquoi n’avez-vous pas de décorations pour l’Euro 2012 sur votre balcon?

Madame Benz se sentit minable d’avoir été montrée du doigt en pleine place publique. Elle couvrit dès le lendemain sa petite terrasse de loupiottes et de drapeaux de plastique. Bienveillant, le voisin lui offrit même une guirlande de fanions allemands. Depuis, la banderole s’étend sur les deux balcons, émouvante déclaration d’amour sportif.

Que Madame Benz et mon voisin flicard aient des poussées nationalistes, passe encore. Mais que mes propres amis, qui sont ma chair et mon sang pour l’exilée sans famille que je suis sur ces terres allemandes, se passionnent pour les pérégrinations d’une balle de cuir poussée par une bande de types mal coiffés, non!

Les garçons accros au foot, j’ai toujours connu ça. Souvenirs mémorablement ennuyeux de mon premier amour, vulgairement avachi en cercle avec sa bande devant un carton Pizza Hut exhalant des relents de graisse hydrogénée, sursautant régulièrement quand la balle frôlait la cage…

Souvenir pénible de l’homme de ma vie (mon père) trouvant soudain le foot sympathique, lui qui n’avait jamais aimé que les échanges de balles gracieux de Roland-Garros, juste parce que mon frère se ramenait avec des bières à siroter entre « père et fils »…

Mais tout cela prend à Berlin des proportions monstrueuses : ici, les filles se mettent à croire que le foot, c’est hype. C’est du dernier chic de pousser des cris rauques à intervalle régulier, de boire d’infâmes breuvages à bulles et de se tenir par les épaules, bien carrées, comme des rugbymen.

Ma copine italienne qui disait détester le foot s’est prise d’amitié amoureuse pour un joueur à tête de grenouille dénommé Özil. Ma copine grecque, une passionaria hyper politisée, est scotchée devant un terrain vert avec un rond blanc au milieu, même quand son pays est en train de virer ultra-nationaliste aux législatives. Et même ma copine bosniaque qui est une cérébrale forcenée peste parce que son pays n’a pas d’équipe et qu’elle est obligée de faire semblant d’être pour les Croates. 

Alors ce soir, devant une Eurohorreur de plus, tandis que j’étais en train de faire la conversation seule à une brochettes d’amis aux yeux épinglés à un écran situé dans mon dos, j’ai pris mes cliques et mes claques. Je me demande même s’ils s’en sont aperçus.

Je me suis dit que j’allais cracher mon désespoir sur mon blog, même si à l’heure qu’il est, vous aussi, chers lecteurs, vous frémissez en attendant le match France-Angleterre de ce soir et que vous avez déjà deserté cette page anti-ballon.

Je vous pardonne ! Sur mon vélo, en rentrant à une heure pour une fois raisonnable, je me suis aperçue que Berlin m’appartenait : 90% de la ville était devant un écran et moi, seule sur mon fidèle destrier, je pédalais comme un cygne glisse sur l’onde, majestueusement ignorée et finalement… tranquille…

…un peu trop tranquille?


Vol au-dessus du souvenir

A force de parler de Berlin la sexy et de Berlin l’underground, on en oublierait presque que la capitale allemande fut le théâtre de tragédies historiques et personnelles. C’est sur un vol entre Paris et Berlin que j’ai rencontré Monique, qui revenait dans sa ville natale après plus de soixante-dix ans d’exil en France.

Elle s’installe près de moi, voluptueuse vieille dame aux cheveux blancs et courts sentant l’eau de Cologne. La nuit d’avant, embarquée dans une fête parisienne par mon ami Auguste, je n’avais pu dormir que deux pauvres petites heures. Je n’étais donc pas prête à céder ma tranquillité aérienne et je me calais dans mon coussin de voyage appuyé contre le hublot.

Elle feuilletait les revues Air France, prenant un peu trop de place sur l’accoudoir, en commentant les looks de pétasse friquée qui s’étalaient sur les pages mode. Imaginez-moi regrettant d’avoir oublié mes boules Quiès en soute, le front plissé et râleur, envahie dans mon demi-sommeil par les images de la nuit dernière – en vrac, une jeune beauté à lunettes me déballant ses angoisses psy dignes de Woody Allen, un French lover en baskets de toile vert pomme empilant les blagues de drague et mon cher Auguste remplissant mon verre de vodka avec un sourire diabolique.

Lors du décollage, elle s’allongea presque sur moi pour tenter d’apercevoir le paysage par le hublot. Cela m’attendrit un peu ; habituée que je suis à prendre l’avion, j’en oublie parfois que la vision aérienne de notre beau plancher des vaches est un spectacle exceptionnel. Mais bien vite, Morphée fit valoir ses droits sur celui d’Icare et je replongeai dans un sommeil baveux, quasiment écrasée par cette grand-mère curieuse.

Notre héroïne crut bon de me pousser du coude à chaque passage d’un steward armé de son chariot à roulettes : est-ce que je voulais un verre d’eau? jeter mon gobelet? quelques crackers, peut-être? Il me fallut invoquer tous les dieux de la politesse pour ne pas répliquer par un grognement négatif.

Au bout d’un moment, le soleil vint me narguer violemment en plein visage et je baissai le volet du hublot. Malheur, c’était l’atterrissage et ma voisine se plaignit auprès de sa fille : elle ne voyait rien du tout. De mauvais grâce, je remontai le hublot et la petite dame recommença aussitôt son manège, s’étalant de tout son long sur mes genoux pour contempler Berlin qui se dessinait sous nos ailes.

C’est déjà Berlin, ici? me demanda-t-elle.

Elle avait un sourire doux, une face ronde et amène, des yeux bleus, pétillants. Je lui expliquai que c’était en tous cas le Brandebourg, le région qui entoure Berlin, et que nous survolions les lacs.

Et Schöneweide, c’est loin encore?

Oui, Schöneweide est à l’opposé, au sud-est de Berlin. Ici, nous sommes au nord.

Vous connaissez Schöneweide?

Je connaissais Schöneweide : une forêt merveilleuse, des arbres hauts, aux troncs serrés et élancés.

Je viens de Schöneweide, me dit la vieille dame.

Après plus de soixante-dix ans, elle revenait à Berlin. Elle était partie toute petite, sous les bombardements. Sans que sa mère sache où elle était, elle avait été embarquée de force dans ce train pour l’exil vers la France, une pancarte autour du cou précisant simplement son nom. Elle ne revit sa mère qu’en 1946.

Aujourd’hui, c’est sa fille qui la ramenait sur les lieux de son enfance perdue. Monique a désormais soixante-dix-huit ans et cela fait bien longtemps qu’elle est devenue française. Pourtant, un léger accent d’Outre-Rhin n’a pas quitté les intonations de sa voix. Elle me demanda à quoi ressemblait le quartier de Mitte, à quoi ressemblait Schöneweide.

Vous n’allez pas reconnaître grand-chose, lui fis-je doucement. Il va falloir vous accrocher.

Elle me regarda de ses yeux bleus, si jeunes dans ce visage ridé. Elle me fit un sourire doux, fouilla dans son sac et en retira un paquet de Kleenex. Brandissant un mouchoir, elle chuchota, un peu tremblante : ça va. Je suis armée.

Nous nous dîmes au-revoir et elle quitta l’avion avec une valise légère. Emue, je la regardai descendre l’escalier d’embarquement. Quand son pied toucha le sol allemand, elle dut s’appuyer sur sa fille, troublée. Et puis, après quelques instants, elle avança, courageusement, le nez levé vers le ciel natal.


Le miniguide du week-end parfait à Berlin

Le projet écolo-social Prinzessinengarten à Berlin-Kreuzberg.

Depuis que j’ai ouvert ce blog, je reçois des mails déchaînés de mes lecteurs qui, tous, veulent venir traîner leurs savates dans la capitale allemande. Bonne idée, les amis ! Mais gare au circuit touristique qui vous mènera par le bout du nez et en calèche de la Tour de Télévision à la Porte de Brandebourg ! Pire encore, gare au ravageur safari nocturne qui réduirait vos velléités culturelles à néant !  Cadeau du mois de mai : LE MINIGUIDE DU WEEK-END PARFAIT A BERLIN by Manon from chez Génération Berlin.

Halte là! Je vous vois! Armé de votre super appareil photo compact, accoudé à un stand de Currywurst recommandé par un guide écrit par des auteurs qui n’ont pas mis les pieds à Berlin depuis 2007! Commandant un brezel desséché et une bière au goût d’urine! Lâchez ce vilain torchon et apprenez une bonne chose: Berlin est en constante évolution. Un bar qui était génial hier est un flop le lendemain. Et presque tous les noms que vous connaissez (Berghain, Tresor, Fernsehturm) sont aussi cliché qu’une boule de neige renfermant la Porte de Brandebourg.

Réglons le plus embêtant d’abord : il vous faut un toit pour la nuit. Choisissez un hôtel en comparant bien les prix sur un site comme celui-ci, dans un quartier qui a du charme : Kreuzberg ou Neukölln (évitez Mitte et Prenzlauer Berg si vous êtes un peu rock n’roll).

Une fois les bagages lâchés, louez un vélo et remontez l’adorable cours d’eau appelé Landwehrkanal, en direction du centre. Arrêtez vous au niveau de la Grimmstrasse pour manger une glace maison en regardant les cygnes onduler sur l’eau .

Dans Kreuzberg, découvrez la Oranienstrasse. Faites un stop à la merveilleuse Chocolateria Sünde pour un latte macchiato et une conversation joyeuse avec la belle patronne turque. Découvrez les librairies alternatives qui proposent des BDs trashs et des livres sur le street art et l’art du tatouage.

Au bout de la Oranienstrasse, rencontrez les magiciens aux doigts verts du Prinzessinengarten. Il s’agit d’un projet social et écolo monté par deux jeunes Berlinois en plein coeur de Kreuzberg dans un terrain vague. Ici, vous pourrez récolter vos propres herbes aromatiques et apprendre des secrets de jardinage, mais aussi déguster sous les arbres une pizza faite avec les ingrédients du jardin.

Cramez les calories de votre pizza en pédalant à vive allure vers Mitte. Vous ne couperez pas à une petite heure de culture sur  la somptueuse l’Île des Musées. Si la plupart des touristes se précipitent pour voir le Musée de Pergame, je vous recommande pour ma part de vous glisser dans l’architecture époustouflante du Neues Museum pour admirer Néfertiti dans son écrin de lumière et de couleur. Juste en face, la Alte Nationalgalerie, musée bien trop négligé par les visiteurs, renferme des toiles impressionistes.

Achetez un billet « Bereichskarte Museumsinsel » pour 18 euros à la caisse de la Alte Nationalgalerie (vous ne ferez pas la queue) et vous pourrez visiter les collections permanentes de toute l’Île des Musées – une économie conséquente quand on sait qu’une seule entrée dans chaque musée coûte entre 8 et 10 euros.

Pour vous récompenser, allez boire un thé sur des tapis persans dans un lieu magique, le Tadschikische Teestube (le salon de thé tadjik) caché aux yeux du public dans un grand bâtiment de l’Île des Musées.

Il est temps de dîner et d’aller vous reposer un peu, car une nuit de folie attend vos jambes de fêtard. Un vrai Berlinois aime se restaurer chez les Turcs, dans Kreuzberg. Les plus riches iront au délicieux Hasir, les moins riches aimeront tout autant l’exquis Adana Grillhaus (Manteufelstrasse 86) et les suprafauchés se contenteront des merveilleux döners que l’ont trouve partout sur le Kottbusser Damm et qui n’ont rien à voir avec les kebabs dégoulinants de Paris.

La nuit, c’est parti! Mesdemoiselles, laissez vos talons aiguilles au placard, ici on teufe à la dure : à plat ou en santiags. Messieurs, lâchez votre costume et dites oui à vos baskets. Toutes les fantaisies sont permises et les vrais Berlinois aiment sortir presque déguisés.

Masques en plumes et fourreaux lamés vintage achetés 15 euros dans les friperies (par exemple chez Sing Blackbird), leggings à paillette et lunettes de soleil psychédéliques, perruques, noeuds pap’s de grand-père, monocle, soyez un oiseau de nuit et oubliez les conventions françaises. Ici, votre tenue de lumière ne vous attirera que des regards bienveillants et des exclamations enchantées. Promis!

Descendez la Weserstrasse à Neukölln de bar en bar en avalant des shots de Jägermeister, une liqueur brune douce-amère, avant d’opter pour un club comme le Wilde Renate pour une électro déjantée et un public haut en couleurs. Ou bien laissez vous surprendre au Naherholung Sternchen, un nouveau bar-club qui accueille des concerts suprenants et des DJs super pointus. Evitez les halles à élevage intensif de touristes type Watergate, Horst ou Tresor.

Une fois complètement brisé par ces folies nocturnes, allez vous écrouler sur l’un des canapés défoncés du bar flottant Club der Visionäre. Ambiance Woodstock : sur l’eau, vous admirerez les premières heures du jour et les échoués de la nuit qui dansent encore sur de la bonne électro minimale.

Louez un petit canot juste en face du Club der Visionäre et allez pagayer sur la Spree. Panorama sublime, surtout le matin.

Dormir s’impose. Ce ne sera que pour mieux vous précipiter ensuite sur un brunch dominical, grande tradition berlinoise, sur les bords du Landwehrkanal en regardant les jeunes jouer… à la pétanque. Puis un petit tour au marché aux puces à Neukölln (sous le S-Bahn Neukölln) pour faire des achats merveilleux (fripes, mobilier de l’Est type Bons baisers de Russie et 33 tours de Nina Hagen ou de Bauhaus).

Vers 18 heures, offrez-vous un Kaffee+Kuchen (gâteau+café) chez Geschwister Nothaft, près du marché aux puces. Zéro touristes garanti pour cette adresse un peu paumée, mais qui sert les meilleurs latte macchiatos de tout Berlin et des gaufres bios à se damner.

Et pour le reste… vous dormirez dans l’avion. A moins qu’il ne vous reste encore une nuit et un jour merveilleux à passer dans cette ville enchanteresse. Dans ce cas, mes amis, le meilleur guide de Berlin, c’est vous. Vous? Oui, vous, cette personne qui a rencontré déjà tant de vrais Berlinois en quelques heures et qui a déjà su se faire inviter au dernier club à la mode ou dans un coin de parc inconnu des touristes. Car j’en suis sûre, cher lecteur : si vous aimez ce blog, vous saurez apprécier la fantastique ouverture d’esprit des Berlinois – qu’ils soient allemands, turcs, anglais ou espagnols – et leur rendre la pareille.

Viel Spass! Amusez-vous bien!


Saucisses électorales

Détournement de l’affiche de campagne de Nicolas Sarkozy « La France forte »

Loin de la fièvre hexagonale, le vote des Français à Berlin se déroule dans la douceur des journées printanières et se clôt par des grillades de saucisses sur les toits et dans les jardins publics.  La queue interminable devant les urnes à l’Ambassade de France le prouve : le sentiment d’appartenir envers et contre tout à ce pays que nous avons volontairement quitté est plus fort que jamais.

Le coeur battant, la pince à merguez en suspens, les Français de Berlin regardent les résultats des élections sur les terrasses de leurs apparts trois fois plus grand qu’à Paris. En buvant leur bière à un euro dans leurs fringues vintage à trente balles l’ensemble, ils se sentent tout aussi nerveux que lorsqu’ils habitaient à Paris ou à Dijon, dans des cages à lapin qui leur coûtaient les trois quarts de leur salaire, et qu’ils venaient de voter pour le candidat qui leur promettait un avenir économique meilleur.

Pourtant, nous autres Français de Berlin avons fait le choix de quitter la France. En cette fin d’avril presque estivale, les expats, les étudiants et les artistes français en exil pourraient se contenter de jouir de leurs balcons fleuris et de leur incroyable quantité de temps libre pour aller ramer sur un lac ou draguer la Prussienne. Mais non : l’angoisse nous étreint tous.

Le jour du premier tour, on cramait des Bratwursts chez un ami américain. Ce fils de cowboy nous regardait, amusé, mourir de honte devant le score de Marine Le Pen.  Nos amis allemands paraissaient effarés. Est-ce que le Front National est nazi? En bons Français, il nous fallut aussitôt exprimer notre désaccord avec le vote de ces 17,9% de nos compatriotes et déboucher quelques bouteilles de rosé pour oublier. Les discussions allaient bon train, les pronostics et les nouvelles de dernière minute aussi.

Perdue au fond de mon verre de riesling, je me sentais un peu en retrait. L’impression sinistre d’avoir déjà assisté plusieurs fois à cette discussion, à ces élections, comme si l’on n’avait fait que changer les protagonistes de cette mise en scène, me donnait presque envie de changer de passeport.

Pourtant, l’herbe politique n’est pas vraiment plus verte ici – hormis tout de même le fait que les Germains, eux, n’ont pas peur de voter pour une femme. Les acquis sociaux français ont beaucoup à apprendre au misérable système de sécurité sociale allemand. En cela, par exemple, voter depuis Berlin peut être vu comme un acte citoyen à échelle européenne.

Mais c’est bien cela qui manque encore : l’européanité. Français, nous votons avec passion depuis notre exil, mais nous nous intéressons très peu aux affaires politiques allemandes. Pourquoi? L’éducation politique européenne ne se fait pas, alors que les plus gros dossiers se jouent par-dessus les têtes de nos dirigeants et que Bruxelles semble complètement déconnectée des citoyens.

Les saucisses grillent et les Français tremblent pour leur pays. Un sentiment justifié, mais qui me laisse un goût amer. Le triste sort d’Eva Joly, perpétuellement ramenée à ses origines norvégiennes pendant la campagne présidentielle, le montre : les Français ne se sentent pas européens. Quand déciderons-nous de nous départir de nos oripeaux nationalistes pour nous préoccuper d’une politique à la hauteur d’une économie mondialisée depuis longtemps?