manon

I am Europe, Berlin est l’Europe

Hier, je suis allée voir I am Europe, spectacle du le metteur en scène allemand Falk Richter avec huit performeurs et performeuses européens, à  l’Odéon – Théâtre de l’Europe à Paris. Courageuse, rentre-dedans et passionnée, cette pièce co-écrite avec ses actrices et ses acteurs est une ode à la grande idée européenne. Et si une ville au monde incarne, pour moi, mieux qu’aucune autre cette idée-là, c’est bien Berlin. 

Ils sont croates, portugais, français, italiens, allemands, belges… Ils sont surtout de véritables bâtard.e.s européens, heureux mélanges transalpins, nordiques, régionaux, de toutes confessions et de toutes orientations sexuelles. Ce sont les actrices et les acteurs recrutés par Falk Richter, qui sont d’ailleurs bien plus que cela : danseur.se.s, chanteur.ses.s, auteur.e.s voire metteur.se.s en scène, ils déploient leurs talents aux quatre coins de la scène extravagante que leur offre Richter.

Écrit par les performeur.se.s en collaboration avec Richter, le spectacle est un collage de paroles libres sur l’identité européenne. Il y a Charline Ben Larbi, métisse franco-marocaine, qui parle de son enfance passée à devoir baisser les yeux devant les bandes de filles de la cité qui ne voulaient pas l’accepter à cause de la blancheur de sa peau. Il y a Khadija El Kharaz Alami, hollandaise d’origine marocaine, qui refuse d’être le « passeport diversité » de son hilarant ami belge, Douglas Grauwels, lequel espère ainsi gratter quelques euros du Fonds pour la Diversité. Mehdi Djaadi, musulman converti au catholicisme qui parle de sa foi avec la verve d’un Paul Claudel. Gabriel Da Costa, queer déchiré au sujet des Gilets Jaunes. Lana Baric, Croate qui se considère d’abord comme Yougoslave, rejette le nationalisme et fait pleurer le public à chaudes larmes, avec son magnifique monologue sur la guerre des Balkans. Tatjana Pessoa, polyglotte aux multiples talents, lointaine nièce de Fernando Pessoa, qui va avoir un enfant avec Gabriel et son compagnon. Piersten Leirom, qui, dans une tirade à se tordre de rire, déclare son fantasme inavouable de se faire « punir » sexuellement par Mehdi dans une cave des cités.

Ils chantent, dansent, hurlent leurs craintes, murmurent leurs espoirs, s’aiment, s’engueulent, s’éclatent, rigolent, travaillent et boivent trop. Pour tout vous dire, j’avais l’impression d’être dans mon salon à Berlin. J’avais le sentiment que tous ces gens étaient mes copains, qu’ils étaient tout aussi bordéliques, mixtes, mélangés, sexuellement confus ou multiples que mes amis. Un bien joyeux bordel queer, coloré et féministe. Je n’étais d’ailleurs pas la seule à me reconnaître dans ce spectacle : après une véritable standing ovation, j’ai aperçu une classe de lycéens de toutes origines. Une jeune fille noire se tourne vers ses potes : « c’est l’histoire de ma vie ! » Une jeune Maghrébine embrasse sur la bouche sa petite amie blanche, elles n’ont pas seize ans : « j’ai adoré et je t’adore ».

Le spectacle de Richter appelle le public à se réveiller et à relever le défi de continuer à aimer et construire l’Europe. Il appelle à protéger cette union que nous avons su bâtir, la comparant à une nuée d’oiseaux migrateurs toujours capables d’aller dans la même direction en dépit de ses identités multiples. I am Europe nous enjoint à voter avec notre tête et avec notre cœur plutôt qu’avec nos craintes déraisonnables de l’étranger. Comme Berlin, I am Europe est le miroir amoureux d’une société transversale, complexe, compliquée, formidablement démocratique.

Pour moi, Berlin incarne parfaitement l’idéal européen. Creuset d’idées progressistes, c’est une ville qui a toujours accueilli toutes les races, toutes les orientations sexuelles, toutes les identités de genre – en dehors, bien sûr, du temps de l’infect Adolf. Nous avons la chance de vivre à Berlin, ou bien d’y aller souvent, en tous cas de l’aimer (si vous êtes en train de lire ce blog, c’est parce que vous êtes un amoureux de Berlin, n’est-ce pas ?). Protégeons ce que nous aimons. Protéger, c’est faire grandir, c’est défendre avec amour : fermer les frontières, empêcher la circulation des êtres et des idées n’est en rien de l’amour ni de la liberté.

En aimant Berlin, nous chérissons un idéal européen incroyablement précieux. Nous avons besoin d’espoir face aux horreurs engendrées par le néo-libéralisme. L’appauvrissement des classes moyennes, l’humiliation des classes populaires vont grandissants, suscitant xénophobie, haines de classe, racisme, sexisme et homophobie. Berlin a toujours été un village résistant encore et toujours à l’ennemi fasciste, de toutes ses forces. Faisons-en partie, avec fierté. La liberté ne rime pas seulement avec le sexe, les drogues et le Berghain ; la liberté rime d’abord avec l’amour et le respect de celui qui est différent de nous. Berlin, c’est d’abord ça, et l’Europe, c’est d’abord ça.

N’oublions pas de VOTER dans et pour l’Europe, la seule vraie mère patrie qu’il vaille la peine de défendre. Pensons multiple au lieu de penser unique.

Et merci, Herr Falk Richter, pour ce spectacle bouleversant et revigorant !


Il ne faudra pas gagner plus de 400 euros par mois – 2e partie

Suite et fin de ma vengeance littéraire contre l’exploitation de la jeunesse berlinoise de genre féminin dans des salons de l’automobile. (Pour ceux qui n’ont pas eu connaissance de l’histoire, elle se déroule lors d’un entretien collectif à Berlin dans une agence d’hôtesses, voir l’article précédent)

Assise devant nous dans sa salle de réunion, la patronne de l’agence d’hôtesses enterre ses fantasmes de liberté dans son inconscient, sous des couches et des couches de chiffres. Ses mains rythment son discours avec une efficacité castratrice. C’est fun d’être hôtesse pour la Commerzbank, disent ses mains. Fun et/mais sérieux. On le répète, c’est génial. Celle qui n’est pas d’accord avec cela ferait mieux d’aller se faire cuire un œuf à l’agence pour l’emploi ou dans un squat pourri de Kreuzberg.

Je la regarde dérouler son chapelet de perles, le discours habituel que l’on sert aux hôtesses (tenue-ponctualité-charme-dynamisme), et je l’imagine en train de péter. Je me la représente en train d’essayer de nous cacher qu’elle a des flatulences dans son pantalon de bureau. Je ne l’écoute plus vraiment, je surveille l’apparition sonore d’un pet dissimulé. Hélas, il ne vient jamais, et je suis perturbée dans ma mission par une phrase rugueuse

Vous pouvez travailler plus pour nous, mais il ne faudra pas gagner plus de quatre cent euros par mois.

Ca y est ; c’est lui, le foutu MINIJOB, cet horrible invention allemande, le voilà qui revient à l’attaque, prêt à me narguer à chaque entretien, à chaque candidature. L’entreprise paie sur une base de quatre cent euros, ne règle aucune charge à l’Etat, et à l’employé revient le bonheur de s’assurer socialement pour deux cent euros par mois à l’une des innombrables caisses maladies privées d’Allemagne. A moins qu’il ne soit étudiant. Dans ce cas-là, c’est la fac qui raque l’assurance.

Il ne faudra pas gagner plus de quatre cent euros par mois. Et ils parlent de croissance ? D’ambition ? D’efficacité ? Win-win ?

Il ne faudra pas gagner plus de quatre cent euros par mois.

J’hésite à l’interrompre, mais je voudrais m’assurer que j’ai bien entendu. Pourquoi n’était-ce donc pas mentionné dans l’annonce ? J’ai envie de me lever et de lui crier cette question au visage, pourtant, je ronge mon frein et la laisse parler. Lorsqu’enfin, elle en a fini de planer sur la génialité du travail qu’elle nous propose, elle nous demande si nous avons des questions.

Oui !

je m’écrie. Et je demande si j’ai bien entendu le mot minijob et le fait qu’il ne faudra pas gagner plus de quatre cent euros par mois.

C’est bien ça, oui.

Ah, certes. Moi, je ne suis pas assurée. Et pas étudiante. C’est bien simple, ma bonne dame. Je ne peux pas travailler pour vous. Donc, je vais y aller ! Et je me lève en me cognant le genou, de rage, contre le rebord de la table.

La patronne veut m’expliquer à quel point, pour elle et sa fabuleuse agence si performante, si compétitive, il est cependant impossible de se permettre de rémunérer autrement les employées et de les assurer socialement. Certainement, il est vrai, payer la couverture santé de ses quelques douzaines d’hôtesses feraient disparaître de son salon petit-bourgeois son écran plat et sa sono Dolby surround ainsi que les bibelots-souvenirs de ses vacances en Grèce. Ses hôtesses sont de toute façon si charmantes, si efficaces, si énergiques, qu’elles s’occupent bien mieux elles-mêmes de payer une assurance maladie à deux cent euros sur leur salaire de quatre cent.

L’envie furieuse de lui faire bouffer le tissu âpre des robes pendues derrière elle me saisit. Et si, soudain, les trois autres filles se levaient de cette table de réunion, et décrétaient qu’il n’en serait pas ainsi, et que pour ce boulot de merde il faudrait les payer avec décence ? Le poing levé, je dénuderai mon sein de Marianne égarée en Germanie, entraînant dans mon élan une cohorte de gamines mal payées et surdiplômées pour réduire ces bureaux de la honte en bouillie ! J’imagine la blonde sans visage, soudain recouvrer la vue avec des yeux enflammés de rouge, gueuler

Tu peux te le carrer au cul, ton discours sur ta boîte géniale que, toi-même, tu rêves de larguer

et l’autre miss socio-psycho prendre la table avec la brune déprimée et la balancer dans l’ordinateur

Dis-nous où est la caisse, connasse, file-nous la clef de ton coffre à la banque

Quant à moi je rythmerais leurs destructions en tapant dans mes mains et en dansant au pas de l’oie, je chanterais la Marseillaise et l’hymne teuton,

Unité, justice et liberté

sont du bonheur les fondations ;

Fleuris, dans l’éclat de ce bonheur,

Fleuris, patrie allemande!

je ferais tournoyer la patronne, allez viens, danse, danse, viens que je te terrorise,

Ah tu ne fais pas souvent ça sur tes salons de la pièce détachée informatique !

Le jour de gloire est arrivé…

L’ordinateur grésillerait, il y aurait de la fumée partout, c’est la blonde au visage retrouvé qui ferait cramer les robes d’hôtesses (décidément celle-là je l’avais sous-estimée, maintenant je la regarde avec un sourire fier). L’autre bonne femme de la boîte rappliquerait en courant,

Mon Dieu mais que se passe-t-il je vais appeler la police !

Et nous :

Eh bien vas-y appelle-la, qu’on s’amuse !

Contre-nous de la tyrannie, l’étendard sanglant est levé…

Mais elle resterait là, devant sa collègue qui danse comme sur des charbons ardents en couinant, le visage en larmes – et elle, pétrifiée, contemplerait le désastre, l’ordinateur en feu, les déguisements de vieille dame respectable en cendre, tous ses dossiers déchiquetés. Les noms, les adresses, les photos de ses centaines d’hôtesses-esclaves, réduites à l’état de sciure de bois dans le broyeur à papier.

Un rêve…

Mais c’est seule que je quitte la pièce, ravalant ma haine féroce, sous les regards effarés et amusés à la fois des futures hôtesses et de la patronne. J’entends la patronne châtain dire en gloussant

Il y a d’autres questions…  « de base » dans ce genre ?

et les rires légers et veules des trois candidates lui font écho…

Je me retrouve dans le hall de pierre froid et sombre. Plus tard, sur le pavé devant l’immeuble, je crois que je vais éclater en sanglots.


Il ne faudra pas gagner plus de 400 euros par mois

J’ai écrit ce texte il y a très longtemps, en 2011 ou 2012, après un entretien minable dans une agence d’hôtesses à Berlin. Je l’ai retrouvé récemment et j’ai décidé de le partager avec vous, en plusieurs parties, car il est assez long. Je trouve qu’il exprime bien une réalité du monde du travail à Berlin, loin des clichés de la fête et de la bohème éternelle. 

J’ai un rendez-vous pour travailler comme hôtesse à un grand salon des médias à Berlin. Après tout, six jours de travail en continu, si je peux vraiment gagner 600 euros comme le prétend Carolina, ma colocataire, c’est toujours ça de pris. Après, je pourrai travailler plus tranquillement sur mes projets.

Je traverse la ville entière pour arriver dans une rue sans charme de Charlottenburg. J’arrive un peu en retard – je suis embêtée, car c’est très mal vu chez les hôtesses d’accueil ; de surcroît, je suis en Allemagne, un pays où la ponctualité signifie qu’il faut arriver cinq minutes à l’avance. Tout s’annonce mal. Une femme châtain, portant une chemise à fines rayures baillant sur son emmerdant pantalon bleu marine, m’ouvre la porte en maugréant un sourire. Je m’excuse aussitôt pour mon retard en dégainant mon sourire et ma poignée de main hyper professionnels.

Moi qui m’attendais à un entretien personnel, j’avais oublié que, dans l’univers merveilleux de l’événementiel, on réunit toutes les hôtesses potentielles comme un troupeau de génisses, dont on inspecte les dents et les qualifications à la chaîne. Autour de la table sont assises trois jeunes femmes. L’une est d’une banalité à pleurer, blonde sans visage, brushing 90. L’autre a des yeux pétillants, l’air dynamique, le genre qui étudie la psycho et le marketing, probablement moins chiante que sa copine, mais très certainement connasse en devenir. Le genre qui dira dans quelques années que son couple est productif et qu’elle a investi dans le dialogue avec son mari. La troisième est un chardon, brune aux grands yeux tristement cerclés de poches ; une tige avec un bulbe de tête déprimé.

Une femme de quarante ans fait son apparition. Elle a un bon sourire, et elle aussi, une chemise qui baille sur son pantalon de bureau. Je me demande si c’est une marque de fabrique dans cette agence. Les deux partenaires de la boîte n’ont vraiment aucun style, me dis-je. Je glisse un œil hautain sur les tenues d’hôtesses pendues à un portant. Une rangée de robes princesse d’un épouvantable gris côtoie des jupes noires à se damner d’ennui. Elles ne sont même pas repassées.

Une peur sourde, longtemps oubliée, agite maintenant mes nerfs. Le souvenir des uniformes d’hôtesses d’accueil portés à Paris me revient douloureusement en mémoire ; cette impression d’aller déguisée, à vingt ans, dans des escarpins de grand-mère qui me tailladaient les pieds, les hanches perdues dans une jupe qui grattait, le buste noyé dans une veste sans forme d’un classicisme dépourvu de la moindre élégance… et ce joug éternel de la chef hôtesse sur mon dos, une étudiante à peine plus âgée que moi qui me tirait les cheveux et me les glaçait de laque puante en exigeant que je porte des collants plus fins, plus brillants…

…mais avec quel argent, imbécile ?

La femme s’assoit, elle veut faire un tour du propriétaire, ausculter ses pouliches. Auparavant, elle débite son petit laïus sur son agence qui, bien sûr, ne recrute pas de plantes vertes,

nous souhaitons que les hôtesses ne soient pas seulement jolies, mais qu’elles pensent, et qu’elles participent à leur mission avec dynamisme

car les clients de cette agence sont des clients fabuleux, de grandes entreprises du monde de la pharmacie et de la chimie, de grandes banques bien sûr aussi, bref des événements fabuleux, vraiment les filles adorent travailler pour cette agence,

il y en a même deux qui sont parties à Paris deux jours pour un congrès, tout le monde était jaloux à l’agence

ça devait être génial c’est clair, mais bien sûr on demande que les hôtesses préviennent à l’avance si elles sont malades, car même si l’on comprend qu’on puisse avoir la colique il faut remplacer la fille le plus vite possible, sinon l’agent ne dort plus, vraiment, elle n’en dort plus de la nuit.

Et comment pourrait-on vouloir du mal à cette pauvre femme châtain à la chemise qui baille ? N’est-elle pas gentille, dynamique, souriante, efficace ? Ni trop belle, ni trop laide, un peu forte, probablement mère d’un enfant déjà, voire deux, elle s’est donné du mal pour monter son agence avec sa partenaire, et elle est fière de travailler avec la Commerzbank, la Deutsche Bahn et même, wow, Pepsi ! Ça avait été dur de décrocher le contrat avec Pepsi !

Aussi, cela l’excite, la passionne, de se rendre sur les salons du paracétamol pour coacher ses hôtesses dans d’immenses salles en préfabriqué gris. Elle aime sans doute cette odeur de tissu bleu à discrets petits pois jaunes qui recouvre les chaises en solide plastique noir autour des tables de réunion. La lumière sincère et sans détour des néons au-dessus des paperboards la rassure. Le parfum des solvants contenus dans les feutres pour dessiner des plans de travail lui tourne délicieusement la tête. Elle se sent chez elle dans ces univers neutres.

Voici des mondes où l’inégalité n’existe pas. Chacun est en pleine possession de ses pouvoirs intellectuels, de son professionnalisme et de sa compétitivité face aux courbes bien dessinées de la croissance de l’entreprise. Devant la machine à café, qu’elle ait la fantaisie de mettre du sucre, ou pas, dans son expresso « en grains », c’est bien dans un gobelet identique à celui de sa collègue ou de son employée qu’elle le boira. Les laideurs et les beautés s’effacent, tout comme les douleurs passées, les chagrins d’amour, les morts inévitables, les souvenirs si beaux qu’ils en sont cruels… l’entreprise endort les malheurs et les différences dans son enveloppe gris pâle, magnétique et puissante.

Oui, certainement, la petite patronne de l’agence d’hôtesses d’accueil se sent comme un poisson dans l’eau dans ces ascenseurs, ces couloirs, ces chiottes au parfum fraîcheur pin. Là, elle oublie qu’enfant, elle était moins jolie que sa petite sœur, qu’on l’appelait caoutchouc dans la cour de l’école sans qu’elle n’ait jamais compris pourquoi bien que cela la fasse pleurer, qu’elle a subi un avortement à dix-huit ans et que quand son mari l’a trompée avec la baby-sitter, elle a fait semblant de ne rien voir. Elle oublie qu’elle avait des rêves et des fantasmes, monter à cheval, respirer l’air des montagnes du Tyrol, tout en haut, comme Sissi dans le film éponyme, cueillir des edelweiss, faire l’amour dans l’herbe, être folle, être nue, dire des gros mots en buvant une eau-de-vie revigorante et embrasser un homme aux paumes larges, aux doigts courts et forts, qui lui dirait qu’elle est belle avec une voix de stentor enivré

Ach, Stefanie, meine Liebe, je te veux !

La suite au prochain article…


Le choix du néant

Berlin, Île des Musées. (Photo personnelle)

C’est avec émotion que je rouvre ce blog à 1h du matin, incapable de dormir. Depuis septembre dernier, j’ai décidé de revenir vivre partiellement à Berlin, renouant avec ma vieille maîtresse une liaison qui, si elle s’est défaite de certaines illusions – autant dire de certains espoirs – n’a rien perdu en intensité. Une liaison dangereuse, parce qu’elle met constamment en perspective ma vie parisienne et mes choix de carrière. 

Berlin n’est pas faite pour les ambitieux au sens classique du terme. Ce n’est pas une ville où l’on vient faire fortune, du moins cela ne l’était pas lorsque j’ai commencé à la fréquenter en 2001, ni lorsque je m’y suis installée en 2009. Mais, à l’instar de beaucoup de gens de ma génération (le titre de mon blog n’est pas anodin), je m’y étais précipitée pour devenir vraiment moi-même.

J’avais besoin de temps. La cadence infernale des choix imposés à la jeunesse européenne, dès l’obtention du bac ou du moindre diplôme, dès le passage à l’âge crucial de 18 ans, ne permet pas de se perdre, d’errer en soi-même ni dans le monde. Il faut tout de suite devenir une « adulte ». Un simulacre de personne mature, décidée, sûre de ses choix, de ses envies. Un simulacre nécessaire à la mécanique bien huilée du capitalisme éternel, d’une vision progressiste de la société dont aucun Occidental ne sait se débarrasser, tant elle est inscrite dans notre culture. Il faut se plier aux compromis : ne plus sortir, ne plus boire, travailler à heures fixes, s’enchaîner à son bureau, ne plus aimer qu’une seule personne, économiser pour sa retraite, « se calmer », « se poser ».

Berlin avait l’air calme, justement, avec ses grandes avenues désertes et ses appartements autrefois trop grands pour les petits bohémiens qui les peuplaient. Mais elle était – et elle l’est toujours – une sacrée enragée, dressée contre des diktats de maturité impossibles à atteindre pour la génération née dans les années 1980. Elle m’a communiqué sa colère en même temps que son amour infini de la solidarité, de la communauté. Pris entre deux feux, nous autres nés dans les années 1980 détestons que l’on nous impose une manière de vivre qui n’a pas fait ses preuves, mais nous n’avons pas été capables de renverser ces modèles. Nous n’avons fait que tâtonner, expérimentant ici et là de nouvelles façons de s’aimer en mélangeant les genres sexuels, en multipliant les amitiés et les amours, expérimentant de nouvelles façons de travailler, sans patron, chichement, mais librement. Berlin était la ville où l’on pouvait vivre avec 800 euros par mois. C’est terminé. L’esprit demeure pourtant. Vivace, indestructible.

Lorsque j’ai décidé de rentrer à Paris il y a deux ans pour pouvoir vivre de ma plume et de mes films, je faisais un choix réaliste qui a payé. Mais la colère et l’amour de Berlin m’habitent toujours. De job en job, de tournage en tournage, de contrat d’écriture en contrat d’écriture, je me rends compte qu’en obtenant ce que je voulais – une vraie carrière – j’avais aussi sacrifié la moitié de ce que j’étais, la moitié berlinoise.

Depuis deux ans, j’ai un projet audiovisuel énorme (pour moi), chronophage, obsédant, au sujet de Berlin. Je tente de convertir ma nostalgie en oeuvre d’art, d’en faire quelque chose qui pourrait toucher d’autres gens, et vous, surtout, mes lecteurs. Pour ce projet, qui n’est pour l’instant pas rémunéré, je fais de petits arrangements avec ma conscience. Une pub par-ci, une campagne par-là.

En faisant un pas de côté pour regarder ma vie actuelle, je me dis qu’il manque quelque-chose. L’intégrité, ricaneront certains ? Que celle ou celui qui n’a jamais fait de compromis pour payer son loyer me jette la pierre ou m’apprenne à vivre hors du capitalisme. Non, ce qu’il manque, c’est le rien. L’élan vital de la paresse, de la promenade dans la vie, de la gratuité des gestes et des instants. Quelque part, se coller une race à Berlin, ça peut être une manière, parfois, d’être dans le moment présent, dans le « néant ». Traîner à l’aube avec des gens qu’on a rencontrés deux heures avant, devant la Spree. Se balader avec un flirt platonique dans un parc, pour l’inutilité de la chose. Monter un projet éphémère et presque caritatif parce que personne n’a de fric à Berlin et que tout le monde va vouloir venir à ta fête, ton concert ou ton expo sans débourser un rond. Ce n’est pas grave. Les pique-assiettes berlinois, les Schnorrer, ont toute ma sympathie. Apprendre le polonais parce que c’est absurde mais marrant et parce que Piotr, le vendeur de la librairie du coin, est mignon. Glander. Et non pas débiter son curriculum vitae à chaque apéro « after-work » parisien, faire la liste de ses contacts si connus et si importants, se mesurer les uns aux autres au travail, dans le métro, dans les soirées, partout.

Alors, depuis septembre, je reviens régulièrement pour ne « rien » faire et emmerder le monde qui me demande de faire des enfants et de dégainer une carte de visite palpitante, pour refuser d’aller vers un but autre que celui qui m’obsède vraiment : parler de ce néant que j’adore et que je chérirais toute ma vie. Ce néant qui, finalement, pardonnez-moi l’oxymore facile, est formidablement plein.


Berlin amour libre

Parfois, tu provoques une rupture, et puis tu t’aperçois que, peut-être, tu as fait une énorme connerie. Parfois, tu te dis que Berlin est insupportable, tu t’en vas et ensuite, tu donnerais tout pour qu’elle te reprenne… L’amour libre, c’est peut-être la solution. 

Enfant, je n’avais pas de peine d’amour.

J’allais et venais, jouant aux Playmobils avec ma sœur, mangeant du chocolat en cachette, dévorant des livres interdits ; oui, une enfance passée dans les bouquins, dans de grandes maisons pleines de vieilleries, dans la nature, dans mes fantasmes.

Enfant j’étais donc libre, parce que je n’avais pas de peine d’amour. Je n’avais de chagrins que ceux, brefs, tempétueux, qui suivaient une punition infligée par les adultes ou la perte d’un objet cher. Je n’avais pas de nostalgie, tout n’était que futur. J’étais bien tranquille, saine et vivante.

Cette espèce de machin qui te bouffe les entrailles de l’intérieur, te ronge le cœur, pourrit tes relations avec les autres, t’empêche de bosser, cette peine d’amour, cette nostalgie – elle vient avec le temps, c’est un des nombreux privilèges de la perte de l’innocence.

Avant la peine d’amour, il y a l’amour tout court. Promenades sous l’orage, baisers discrets, cocktails pour cacher l’exquise timidité d’avant la tornade : vêtements arrachés, mots fous lancés contre les murs, baise infernale, infinie, divine. Berlin à vélo, Berlin à pied, Berlin en Ubahn sur la ligne U1 – la plus belle, me disait l’un de mes tout premiers amants berlinois, parce que le train frôlerait presque les arbres de Görlitzer Park. Berlin en taxi, toi et moi jetés dans la nuit à la recherche d’une chambre d’hôtel avant de se rabattre sur un porche quelconque. Berlin au restaurant, moi qui réclame du VRAI champagne comme d’habitude, pas du Sekt de merde, mais il n’y en a pas, alors je bois le Sekt de merde quand même et je suis extrêmement heureuse, parce que tu me regardes et que tes yeux disent : je te veux, je te veux, je te veux n’importe où et n’importe comment ! Moi aussi, je te veux. Dans la cabine du Fotoautomat, dans les toilettes du bar. Dans ton lit, ce bateau insubmersible au milieu de la marée nocturne, flottant sur une mer d’alcool, de drogues, de livres, de fêtes, de déguisements, de paillettes, d’amis, tant et tant d’amis !

Berlin qui est tien et qui est mienne. L’amour à Berlin prend toute la place, car il y a tant d’espace sous ses hauts plafonds, entre ses murs épais qui cachent les secrets les plus excitants, ou sous les frondaisons de Treptower Park, de Tiergarten. L’amour à Berlin est la meilleure des drogues, elle te fait les joues roses, elle te rend TELLEMENT HIGH, tellement pétée, tellement heureuse. 

Et la descente ?

La descente… Berlin Berlin Berlin comme un mantra, Berlin Berlin Berlin une obsession, Berlin Berlin Berlin une saloperie tenace qui ne s’échappe pas, une peine d’amour qui n’en finit pas, justement parce que l’amour n’est toujours pas mort.

Ensuite, les souvenirs se figent. Ils deviennent des mythes, jusqu’à ce que quelqu’un ou quelque-chose vienne leur redonner vie. Alors la nostalgie se transforme en désir maladif, impérieux, en négatif de l’histoire passée. Les orbites de l’amant y sont phosphorescentes comme ses cheveux ; sa peau devient noire. On a le négatif, on peut en retirer une photo. On veut vivre.

Je veux la vie. Je veux que Berlin soit encore la vie pour moi. Je veux ne croire qu’à l’instant, je veux croire que quand je foule ton sol, Berlin, tu me donneras toujours tout. Tu ne m’as jamais privée de rien !

Je t’ai quitté, Berlin, ai-je mal fait ? Es-tu prêt à me reprendre, même pour quelques jours, même pour quelques mois, veux-tu bien me laisser aller et venir en toi ? Serais-tu d’accord pour un amour sans nom, sans étiquette, sans attaches… puisque nous sommes déjà si liés l’un à l’autre ? Tu n’as jamais aimé les conventions. C’est toi qui m’a appris à être libre, ma ville. On repart pour un tour de manège ? 

Croquis de Camille Ledo Nibas, 2017


Mon ami, ce jeune et riche propriétaire berlinois

Très jeune, très riche, c’était mon nouveau voisin, juste avant mon départ de Berlin. Il avait débarqué avec ses millions de la Silicon Valley et avait acheté l’appartement voisin du mien. C’était un gentrifieur – et pourtant ce fut mon ami. Mais l’amitié est-elle vraiment possible entre une artiste désargentée et un millionnaire américain à Berlin ? 

Tu avais tout pour être détestable, mon très jeune et très riche ami. Tu avais entrepris des travaux huit mois avant mon départ de Berlin, des travaux infernaux qui me réveillaient à 6h55 tous les matins, même le samedi ; tu faisais arracher le parquet de cet appartement Art Nouveau auquel je n’aurais pas changé un iota. Un voisin, locataire comme moi, m’avait appris que tu étais américain, que tu ne devais pas avoir plus de vingt-sept ans et que tu avais acheté l’appart en cash, que tu étais programmeur et poète. Qu’est-ce qu’on a pu se foutre de toi, avant ton arrivée. « Programmeur et poète ». Ça nous faisait vraiment marrer.

Un jour, en rentrant de soirée à 3h du matin (la fête était bien nulle pour que je rentre si tôt) je me suis rendue compte que tu faisais la bamboula à tout péter à coup de vieille techno dans ton salon, qui jouxtait ma chambre. Je n’allais pas laisser passer ça. Je me suis jetée sur ta sonnette pour t’enguirlander. Tu as ouvert la porte, on s’est regardés, j’allais ouvrir la bouche pour me plaindre, tu m’as invitée avec une candeur désarmante. « Tu es ma voisine ? Ça fait tellement longtemps que j’ai envie de te rencontrer ! » Tu m’as offert un drink, tous tes amis étaient sympa, polis, charmants, intéressants ; ils avaient l’étrange point commun de travailler dans des start-ups et de me regarder, moi, l’artiste, comme un phénomène miraculeux, une sorte d’oiseau de paradis qui aurait été invité pour égayer la nuit. Je t’ai demandé si tu étais vraiment poète et tu m’as récité du E.E. Cummings de mémoire, bourré, ce qui m’a fortement impressionnée. Je me suis couchée à six heures avec le sourire.

Le lendemain, déjà, nous étions inséparables. Toute la semaine, et pendant toutes les semaines qui précédèrent mon départ de Berlin, départ plus ou moins définitif que je te cachais, nous sommes allés écumer les bars de la ville. Tu avais quitté une start-up qui t’avait rendu millionnaire à vingt-cinq ans, pour te consacrer à l’écriture d’un roman de science-fiction ; tu détestais Trump, tu étais féministe, tu vomissais le « tech world ». Tu admirais mon ascèse de l’écriture – toujours pauvre à 36 ans, tout de même – mon dévouement à ma carrière d’artiste. J’ai lu quelques-uns de tes textes : tu avais du talent. Beaucoup, même.

Moi, je voulais tout savoir de ton monde à toi. Je te disais que toi et tes semblables étaient les nouveaux dirigeants du monde et que votre responsabilité était grande. J’essayais de te montrer le Neukölln que j’aimais, puisque tu disais l’aimer aussi. Je t’expliquais les tournois de ping-pong entre le fleuriste chinois et le buraliste turc, la brocante de Frau Berger qui avait été déplacée de force, le théâtre de marionettes et le café associatif… Je te présentais à mes amis et tous mes amis t’aimaient bien, te trouvaient charmant, simple, facile à vivre. Personne n’aurait pu dire que tu pouvais t’acheter leurs appartements en un claquement de doigts si tu l’avais souhaité. Tu n’avais pas la gueule du gentrifieur de bande-dessinée, cigare à la bouche et veston de connard.

Puis je suis partie, j’ai déménagé à Paris. Après six ans de harcèlement de la part de mon propriétaire véreux, qui tentait de me virer pour vendre mon cent mètre carrés à prix d’or, j’ai négocié mon départ, j’ai pris le fric, en bonne pauvre, et j’ai cessé de lutter. Je suis allée chercher une carrière meilleure en France, lasse d’être sous-payée par les productions allemandes. J’étais fatiguée. J’avais envie d’avancer, de faire de beaux projets. J’en étais au dixième procès avec mon propriétaire, celui-même qui avait racheté tout l’immeuble il y a six ans et t’avait vendu l’appartement voisin du mien.

A Paris, je me suis peu à peu rendu compte que je perdais près de dix ans de mon histoire personnelle et que je m’étais trompée en tentant de tourner la page. Je ne pourrais jamais effacer ces années, je ne pourrais jamais plus être autre chose qu’une Berlinoise. Nous continuions à communiquer. Tu es allé au Kit Kat pour la première fois de ta vie il y a quelques temps. C’était aussi la première fois, disais-tu, que tu voyais des gens faire l’amour en public, dans une soirée. J’ai dix ans de plus que toi, j’avais l’impression d’être ta vieille tata délurée quand tu me parlais de ça avec une naïveté touchante.

Je suis revenue de temps en temps. Quelque-chose avait changé : je n’étais plus berlinoise, je n’avais plus voix au chapitre, je me sentais exclue de ma propre existence, pendant que tu poursuivais la tienne ici, dans ces rues que j’aimais, avec mes amis, même, parfois. Tu te comportais comme un Berlinois, tu disais que c’était ta maison, le seul endroit où tu te sentes chez toi. J’étais jalouse et ces mots me crispaient. Il me semblait que ton droit à être berlinois n’était né que de ton pouvoir d’achat faramineux. Qu’avais-tu donc apporté à la scène berlinoise, celle qui fait que tout le monde veut venir vivre ici ? Avais-tu monté un restaurant, avais-tu peint une toile, avais-tu créé un album, mixé dans toutes les soirées les plus folles de la ville pour pas un rond, toi ? Je me rendais compte que tu n’avais finalement rien à voir avec mes autres amis. J’essayais de ne pas t’en vouloir, je voulais absolument dépasser l’idée que ton privilège écrasant était ta plus grande faute.

En marchant à travers Neukölln, constatant que les lieux que j’aimais étaient peu à peu remplacés par des cafés de hipster en tout point identiques à ceux de San Francisco ou de Melbourne, j’ai commencé à te prendre la tête. Je voulais te forcer à voir ce que faisait l’argent de tes semblables à notre ville. Les coworking spaces, les restos gastronomiques en plein coeur de la pauvreté, les putain d’immeubles rénovés impossibles à louer pour le commun des mortels berlinois. Tu le prenais personnellement, tu te rebellais. Tu jurais tes grands dieux que j’avais tort, que les expulsions étaient interdites à Berlin, que non, non, personne ne se faisait expulser, jamais. Je t’opposais des exemples concrets pris de ma vie quotidienne à Rixdorf, tu avançais des arguments de magazines américains intellos et on s’engueulait en pleine Karl-Marx-Strasse.

Tu roulais des yeux quand je te racontais mes déboires avec le propriétaire de l’immeuble. Tu étais certain que Neukölln ne deviendrait pas Prenzlauer Berg, contrairement à mes prédictions. Si un ami commun postait, sur les réseaux sociaux, le nouveau prix (mirobolant) du mètre carré à Berlin, tu commentais immédiatement que les sources étaient faibles, voir irrecevables.

Un soir de trêve, on a dîné ensemble et tu m’as avoué que tu savais que tu représentais l’ennemi pour les gens du quartier. J’étais émue de ta franchise, de ta sincérité. Tu représentes l’ennemi, pourtant je t’aime, moi, mon ami. Et je t’ai dit : « chacun dans son coin, on n’a pas le choix, tant que tu n’iras pas parler aux gens de Rixdorf, en allemand, avec la dame qui tient le bar dégueulasse Magendoktor plein de machines à sous et de palmiers en plastique, ou avec le vieux cordonnier qui est sur le point de mourir et ne lâchera pas son échoppe avant de clamser ».

Je te disais cela et c’était injuste, pardonne-moi. Il est déjà bien trop tard pour que tu ailles te frotter à ces vestiges d’un passé berlinois qui ne tient plus debout depuis des années. Les gens comme toi vont envahir Berlin, désoeuvrés, pleins de fric, et vont créer leur bulle. Tout comme nous, les artistes de l’étranger, sommes venus peupler ces terres froides, ingrates et pourtant tellement attirantes il y a plus de dix ans, vingt ans, trente ans pour certains. Le goût de la pauvreté commence à disparaître de Berlin, tout devient trop cher, il faut suivre. Bientôt toute la ville vous appartiendra.

Depuis ce dîner, je ne t’ai pas revu. Quand je reviens à Berlin, et que je pense que le sort de ces murs, de ces allées, de ces tilleuls en fleurs, de ces S-Bahns grinçants, de cette Tour de la Télévision en forme de boule à facettes, de toutes ces rues qui renferment tous mes plus beaux souvenirs de liberté et de créativité, vont bientôt dépendre de gens de vingt ans qui ont, un jour, appris à coder sur un ordinateur, j’ai envie de secouer les cieux, de faire tomber tous les nuages de Hohenschönhausen, tous les punks de Köpi, tous les allumés du Bar25 et tous les gravats du Mur de Berlin en hurlant sur vos têtes de gamins de la Silicon Valley.

Peux-tu me pardonner ma rage de pauvre, de vieille trentenaire, d’artiste sans le sou ? Il ne me reste plus que ça, face à votre pouvoir de bulldozer qui vient raser tous les souvenirs de mes années berlinoises. De la colère. Je suis en colère contre toi et pourtant tu n’y es pour rien.


Tchüss, Berlin.

Le vieux poète et l’ange sur la Potsdamer Platz. Image tirée des Ailes du désir, Wim Wenders, 1987

En 2009, j’ai plaqué ma vie parisienne pour vivre la bohème berlinoise. Aujourd’hui, contrainte et forcée, je fais le chemin inverse. Reconnaissante envers plus de huit ans d’expérience berlinoise, je suis bien obligée d’admettre que, pour moi, désormais, la vie est ailleurs. Les jobs sous-payés, les loyers qui augmentent vertigineusement et l’aseptisation programmée de la créativité berlinoise me mettent à la porte de l’Allemagne. 

Je vins pour la première fois à Berlin en 2000. Je fus immédiatement emportée par le tourbillon de cette ville « pauvre mais sexy », où je cohabitais dans 100 mètres carrés avec deux homos libres comme l’air qui finirent, d’ailleurs, éleveurs de chèvres à Ibiza. En 2009, à force d’y faire des aller-retours de plus en plus fréquents, je décidai de quitter ma vie parisienne et son refrain bien connu de la « boîte à chaussures – sorties trop chères – milieu parisien con et cloisonné ». Lorsque je posai mes deux énormes valises dans mon appart de Kreuzberg, je ne savais pas que mon histoire d’amour avec Berlin durerait près de neuf ans.

Pendant ces neuf ans, j’ai vendu une pièce de théâtre à l’Institut français et à l’Institut Goethe, j’ai pris des cours plus que bordéliques dans une école de cinéma autogérée, j’ai vendu des parfums, j’ai indiqué la direction du buste de Néfertiti et des chiottes dans les musées nationaux de Berlin.

J’ai écrit, écrit, écrit encore ; aussi bien sur ce blog que dans des centaines de carnets Moleskine ; j’ai pondu des articles sur le management interculturel et l’entretien d’embauche en Autriche et des scénarios sur des filles de quinze ans qui ne veulent pas donner leur virginité aux mecs et des documentaires sur les punks berlinois et des chansons mélancoliques et dansantes et des milliards de notes ivres sur mes nuits échevelées.

Tout le monde fait des bilans, des listes. C’est à la mode de faire un « retour sur ses années d’exil », d’analyser tout, de donner un sens à ce qu’on a vécu, sans quoi l’on aurait le sentiment d’avoir perdu son temps. J’ai tenté, moi aussi, de faire un bilan de ma vie berlinoise… en vain. Je tourne en rond sur une seule idée : Berlin me manquera affreusement.

Pour moi, Berlin sera toujours plus que la nuit, la fête, le fun, la drogue, les loyers pas chers et l’amour libre. La capitale allemande m’a attirée dans ses rets le jour où j’ai vu, à douze ans, Solveig Dommartin se balancer avec ses ailes d’ange équilibriste sur le trapèze des Ailes du désir de Wim Wenders. Depuis, Berlin fut toujours pour moi un vaste terrain vague et mélancolique, dans lequel il est permis de rêver et de n’être qu’un pauvre poète. Peu importe que mon propriétaire véreux, un spéculateur de Hambourg, m’ait harcelée pendant cinq ans pour me mettre dehors afin de vendre mon appartement de Neukölln, devenu très désirable, plus d’un demi-million d’euros. Peu importe que les start-ups se soient installées avec leurs armadas de tables de ping-pong et de cantines chic aseptisées, où la culture du café atteint des sommets de ridicule. Berlin a pour moi toujours cette aura, celle des immeubles vides de la périphérie, des bâtiments désaffectés de l’aéroport de Tempelhof, des stèles austères et menaçantes du mémorial soviétique. Je me promène dans le Berlin de mon amour les yeux fermés, comme dans un livre d’espionnage qui se déroulerait pendant la Guerre Froide, les poings enfoncés dans les poches de mon imperméable, la capuche rabattue sur la tête. J’aime la pluie, la pluie est berlinoise, décor indispensable d’une mélancolie toute européenne.

Pourquoi partir, alors, me direz-vous ? Vous, mes très chers lecteurs, vous qui me lisez depuis tant d’années, vous qui m’avez parfois envoyé des messages d’une gentillesse, d’une drôlerie, d’une tendresse émouvantes… je m’emporte – vous avez bien le droit de me poser cette question et de trouver ma décision incongrue, voire sotte !

Je pars, de manière prosaïque, pour travailler. Je suis freelance dans le cinéma, la télé et le journalisme et je n’ai plus eu un client allemand depuis trois ans. À force de prendre l’avion pour aller bosser à Paris, je connais toutes les équipes d’hôtesses de l’air de chez Easyjet. Au bout de deux ans d’aller-retours permanents, je suis physiquement épuisée, malade et financièrement à bout.

À cela s’ajoute l’âge, 36 ans, des attentes différentes. Aujourd’hui, dimanche, je devine aisément où sont mes copains berlinois : une moitié sont en train d’acheter des glaces artisanales avec leurs mioches, l’autre moitié cuvent leur samedi soir au Berghain ou au fond de leur lit. Et moi, qui n’ai ni enfants ni gueule de bois, je bosse, comme toujours, je bosse sans relâche pour tenter de vivre ma putain de vie d’artiste. Oh, je savais bien qu’elle serait un parcours du combattant, mais j’avais espéré que mon existence berlinoise me la rendrait plus douce. Pendant un temps, ce fut vrai : on vivait bien ici, il y a huit ans, avec 800 euros, un petit job et beaucoup d’heures libres devant soi pour créer. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, où les loyers et le coût de la vie explosent, mais où les salaires stagnent. Et puis, après plusieurs années d’expérience en poche, on a envie de gagner sa vie, c’est con, c’est bourgeois, mais bordel, c’est honnête.

Il me suffira de fermer les yeux pour retrouver le Berlin que j’aime, puisque celui-ci est fait de grands espaces, de silence parfois souligné par le grincement moelleux des roues du S-Bahn… et de souvenirs. Des souvenirs merveilleux, colorés, uniques et le sentiment, véritablement précieux, d’avoir vécu un moment inoubliable de l’Histoire, pendant lequel une ville européenne en pleine expansion créative offrait une solution pour une jeunesse éreintée et vibrante à la fois.

Je m’en vais l’âme chiffonnée, j’emporte avec moi la nostalgie, ce feu sacré qui nourrit la création artistique, pour peu qu’on sache le recueillir.

Merci Berlin, merci à vous, lecteurs.


Nuits de crystal

Il y a huit mois, un ami s’est donné la mort à Berlin. Cet article est l’hommage que je n’ai pas pu lui rendre plus tôt, faute de mots, mais aussi un texte sur une réalité de la vie berlinoise. Ici, il est souvent plus facile de perdre pied qu’ailleurs. 

Il y a deux ans, je sous-louai ma chambre pour un mois d’été à un ami d’amie. Le garçon qui habita mes pénates était Suédois, il travaillait comme maquilleur dans un grand magasin, il avait un contrat de travail et il payait rubis sur l’ongle – il ne m’en fallait pas plus pour décider qu’il serait le sous-locataire idéal. Appelons-le Lars.

Je n’avais pas pu rencontrer Lars avant qu’il ne s’installe, aussi entamais-je une conversation sur Internet avec lui. Il était drôle, plein d’allant. Il avait un sens de l’humour coquin et nous partagions la même passion pour Absolutely Fabulous. On s’était promis d’aller danser en club ensemble à mon retour.

Il partageait l’appartement avec ma colocataire chilienne. Ils s’étaient liés d’amitié et passaient leurs week-ends à faire les quatre cent coups, si bien que j’ai fini par m’inquiéter de l’état de mon appartement ; mais on m’assura que tout était en ordre et que la fête se passait essentiellement au Berghain, où Lars avait pris, selon mes amis, ses quartiers généraux. Il travaillait dur toute la semaine et devenait « un vrai monstre de teuf », d’après les dires de ma colocataire, dès qu’il reposait ses pinceaux à blush le vendredi soir. 

Après l’été, je rencontrai enfin Lars dans une soirée privée. Il était déjà passablement ivre, nous dansâmes ensemble en riant et en échangeant des blagues débiles. Je le soupçonnais d’être un peu défoncé, mais qui ne l’est pas à Berlin ?

Peu à peu, l’activité Facebook de Lars, qui était intense, commença à me troubler. Aux photos survoltées prises pendant des fêtes hautes en couleur succédaient, au grand dam de ses contacts, de brefs posts qui dénonçaient la nullité de Berlin, le vide absolu de cette existence de fête et de manque d’ambition, l’impossibilité de se faire de vrais amis dans la capitale allemande. Quelques heures plus tard, d’autres posts suivaient, vantant la douceur de vivre à la berlinoise, la liberté et la tolérance sexuelle de la ville, etc. Bientôt, les montagnes russes virtuelles de Lars me fatiguèrent et je cessai de les lire.

On se croisait de temps en temps le soir. Il était de plus en plus tatoué. Il commença à botoxer ses lèvres. Son visage se couvrait de piercings. Il construisait une identité berlinoise, lui qui venait d’arriver de Stockholm. Il plongeait dans la vie nocturne sans prendre la moindre précaution. Ma colocataire m’avoua à rebours qu’il avait toujours des party drugs sur lui, à l’époque où il occupait ma chambre. Mais lors des soirées que j’ai passées auprès de lui, rien ne transparaissait vraiment du mal-être profond qui le dévastait.

La nuit berlinoise lui offrait le pire et le meilleur à la fois. Le meilleur : le droit d’être gay, ouvertement et avec fierté, la chance d’écouter la musique qu’il aimait, de se vêtir comme il l’entendait sans subir les quolibets des coincés qu’il détestait en Suède. Le pire : des drogues dures, très dures, disponibles à chaque instant, et de plus en plus violentes. Le meth avait fait son entrée dans sa vie par la porte de la fête, dans un certain milieu gay, disait-il, qui s’éclatait de plus en plus à goûter aux cristaux de la défonce. Beaucoup d’entre nous étaient abasourdis : pour nous, le meth, c’était Breaking Bad, une saloperie de trailer trash, pas une drogue de la fête.

Ses posts Facebook prirent des couleurs sinistres. Il se mit à insulter la ville et les Allemands, avant d’admettre que de toute manière, il n’y avait nulle part au monde où il se sente chez lui. Ses confidents se sentaient démunis ; ils l’entourèrent avec soin. Malgré cela, Lars s’enfonçait dans la nuit aux éclats de crystal crados, à l’insu de tous ses vrais amis. Une fois, je le croisai au Berghain dans un état alarmant, presqu’incapable de parler. Il me jurait qu’il n’avait rien pris et qu’il s’amusait comme un petit fou. Je n’étais pas assez proche de lui pour le forcer à rentrer chez lui. Ses amis de la nuit étaient là, qui me regardaient avec des yeux vitreux et torves à la fois. Je quittai le club une demi-heure après, trop troublée par cette vision pour pouvoir vraiment m’amuser.

Deux mois après cette entrevue nocturne, sa meilleure amie le retrouva inanimé dans son appartement. Il avait attendu qu’elle parte en week-end chez ses parents pour commettre l’acte qu’il avait préparé pendant des mois avec tant de soin. Il avait gardé des doses de meth mortelles chez lui et se les étaient administrées. L’hommage que lui rendirent ses amis fut magnifique, chaleureux et tendre. Lui qui croyait n’être pas aimé l’était profondément. Mais tous ses proches me confirmèrent leurs soupçons : Lars voulait partir depuis longtemps. Son enfance avait été un cauchemar indescriptible : à 13 ans, il avait été héroïnomane. Je n’arrivais pas à en croire mes oreilles.

Je n’ai jamais vu de crystal meth et je ne saurais dire à quoi ressemble quelqu’un qui en subit l’influence. Ce que je peux dire, c’est que je n’oublierai jamais le regard de Lars cette nuit-là au Berghain. Il y avait tant d’amour et de tendresse étouffées dans ses yeux, mais quelque chose était déjà très loin, quelque chose de léger et de gracieux – son sens de l’humour – s’était perdu. Il était déjà parti et me regardait depuis la lisière d’un monde inconnu, un monde qu’il a choisi en pleine conscience dans un acte qui m’est inacceptable.

Le lendemain de sa mort, j’ai regardé ma chambre en l’imaginant y déambuler ; je le voyais se coucher dans mes draps, peut-être lire un bouquin la tête calée contre mon oreiller. Sur cette chaise, avait-il posé son jean avant d’enfiler un pyjama ? Sur la table de nuit, avait-il laissé ses pinceaux de maquilleur ? Je ne pensais pas à la drogue. Je pensais à Lars qui aimait Absolutely Fabulous et qui venait d’arriver à Berlin avec un contrat de travail et l’espoir d’une nouvelle vie. Je pense encore à lui. Personne n’a rien pu faire et c’est sans doute là le plus intolérable.


Les ors barock n’roll de Dresde

dresde

Le premier guide de voyage écrit par votre servante est aussi le premier guide en français sur la ville de Dresde.

Dresde n’est qu’à deux heures de train de Berlin et offre mille possibilités de balades, de découvertes culturelles et de soirées agitées du bocal. Etonnamment, c’est aussi une ville où l’on mange bien – très bien. La capitale de la Saxe, bijou du XVIIIe siècle, est un trésor baroque et une escapade fabuleuse le temps d’un week-end en amoureux ou d’une semaine en famille… à moins que vous ne préféreriez être seul au bord de l’Elbe, ruminant vos tourments littéraires comme les Romantiques qui adoraient y séjourner. Et il se trouve que je viens de pondre le premier guide de Dresde en français au monde, amis lecteurs, donc : profitez bien de ces adresses exclusives et pour le reste, rendez-vous entre les pages du guide Petit Futé de Dresde !

C’était la première fois, chers lecteurs, que j’écrivais un guide de voyage. L’expérience fut magique et le résultat est aujourd’hui entre mes mains. En le feuilletant, mille souvenirs m’ont assaillie (j’ai fait mes repérages en novembre). La silhouette baroque de la capitale saxonne me revient en mémoire, belle comme un mirage dans le désert, miroitant, reflet surréel, dans les eaux larges de l’Elbe. Dresde… cité profondément romantique, où j’ai vécu seule pendant deux semaines, traînant ma valise d’hôtel de luxe en pension familiale, usant mes semelles sur les pavés de la Theaterplatz et les parquets cirés de ses merveilleux musées, qui font la réputation culturelle exceptionnelle de cette ville d’Allemagne de l’Est.

D’un côté du fleuve, l’Altstadt, la vieille ville historique, fut presqu’intégralement détruite en 1945 par les bombardements alliés. On s’étonne encore de la perversité de ces explosifs anglais et américains lancés sur des Rubens et des Botticcelli, ainsi que sur 25 000 civils qui périrent en deux nuits seulement. Pierre par pierre, les habitants de Dresde ont reconstruit le coeur de leur ville, avec une détermination et une habileté qui laisse pantois. A moins de s’approcher de très près d’une statue des jardins du Zwinger, le palais royal, il est bien difficile de reconnaître l’original de sa reproduction d’après-guerre. L’Altstadt regorge de trésors artistiques, du musée de la Voûte Verte avec sa collection de joyaux amassés par les princes électeurs de la Saxe à la Gemäldegalerie Alte Meister, où logent les fameux chérubins à ailes de papillon que Raphaël peint aux pieds de sa Madone Sixtine.

De l’autre côté du fleuve se déploie la Neustadt, que l’on peut diviser en deux quartiers. L’Innere Neustadt (la Neustadt intérieure) est un quartier baroque au charme bourgeois. Ses ravissantes façades de couleur claire et ses rues pavées ont un charme fou… que les enseignes de luxe et les restaurants chics ont su repérer. L’Äussere Neustadt (la Neustadt extérieure), ancien quartier ouvrier dont le développement date de l’industrialisation de la région, au milieu du XIXe siècle, est le coeur de la vie artistique, alternative et bohème de Dresde. Si l’Altstadt se visite pour ses musées et ses églises, c’est donc dans la Neustadt que l’on sort le soir et que l’on fait les boutiques. Brocantes, ateliers d’artisans, shopping vintage et disques rares côtoient les clubs de jazz, les bars enfumés et les Dönerbudde qui servent des falafels jusqu’à 5 h du matin. Ancien quartier général des punks après la Chute du Mur, la Neustadt reste rock n’roll, même si les puristes vont diront sans doute, avec raison, que le quartier s’est embourgeoisé dans les années 2000.

Ville préférée des Romantiques, de Schumann à Schopenhauer, Dresde offre ses cieux tourmentés à qui veut venir y rêver. Mais elle est aussi le point de départ de merveilleuses balades dans la prodigieuse Suisse saxonne, dont les paysages de roches et de forêts troubles ont inspiré la peinture de Caspar David Friedrich. On peut aussi y séjourner comme un bon vivant, en se régalant de la lourde mais exquise cuisine saxonne faite d’oies rôties et de Stollen – ce délicieux gâteau de Noël – en descendant des pintes de bière locale ou des verres de Goldenriesling, un cépage qui ne pousse que sur les collines des bords de l’Elbe. Les quelques adresses glissées ci-dessous vous garantissent Toutatis en culotte de velours.

 

MON CARNET D’ADRESSES DRESDOIS (adresses, infos et horaires : cliquer sur le lien)

 

Voir

IMG_4228

  • Grünes Gewölbe : la Voûte Verte, trésor des princes électeurs de Saxe, brille des mille feux de ses diamants, perles, émeraudes et ambres. Attention, la collection est divisée en deux parties : l’Historisches Grünes Gewölbe, pour laquelle il vous faut un billet avec horaire précis, et la Neues Grünes Gewölbe.
  • Jardins du Zwinger : promenez-vous dans la cour du palais et rendez visite aux demoiselles du Bain des Nymphes (Nymphenbad).
  • Semperoper : le somptueux opéra de la Theaterplatz vous rappellera sans doute un peu les ors du Palais Garnier à Paris. Y voir un opéra ou un ballet est une expérience inoubliable, la qualité des productions égale celle de bien des métropoles européennes ou américaines.
  • Frauenkirche : symbole de Dresde, cette église baroque qui surplombe la somptueuse place du Neumarkt fut entièrement reconstruite en 2004.
  • Kunsthof (en photo) : dans la Neustadt, ces petites cours d’immeuble historiques ont été redécorées avec une créativité débridée par des artistes du monde entier. Elles abritent de charmantes boutiques et des restos très agréables.

 

Manger

IMG_4161

  • Altmarktkeller : niché dans une cave voûtée de la vieille ville, ce resto typiquement saxon propose des plats de viandes énormes, servis par d’accortes demoiselles sanglées dans leur costume traditionnel de Dirndl. Kitsch, mais authentique.
  • Ogura (en photo) : véritable restaurant japonais caché dans l’hôtel Hilton. Sushi à tomber par terre.
  • Raskolnikoff : branché, sans prétention, créatif et moderne, ce resto revisite avec talent la cuisine régionale de la Saxe.
  • Falscher Hase : charmant restaurant/café vegan qui s’inspire de la cuisine de grand-mère.

 

Sortir

imgp0283

  • Blue Note Dresden (en photo) : minuscule club de jazz où l’on squatte le comptoir en buvant d’excellents cocktails et en fumant clope sur clope. Clientèle bourrue et rudement sympa.
  • Sabotage : le Berghain local, à l’échelle dresdoise.
  • Karl May Bar : cocktails chics (et chers) sur-mesure dans un décor mi far-west, mi piano-bar.

 

Dormir

IMG_4198

  • Lollis Homestay : déco délirante pour cette auberge de jeunesse en plein coeur de la Neustadt branchée.
  • Pension Raskolnikoff : merveilleuse pension pleine de charme et pas chère. Sa façade déglinguée rappelle les riches de heures de la Neustadt punk.
  • Taschenbergpalais (en photo) : cassez votre PEL et offrez à votre âme soeur une nuit de rêve, dans un hôtel qui n’a rien à envier au Grand Budapest Hotel de Wes Anderson.