Les fantômes volants de Tempelhof

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Le hall d’arrivée de l’ancien aéroport de Tempelhof

Il aurait dix étages souterrains, des couloirs secrets menant directement au Reichstag, et une gare clandestine. Désaffecté en 2008, l’aéroport de Berlin-Tempelhof nourrit les légendes urbaines les plus intrigantes. J’ai eu la chance de le visiter aujourd’hui. Un voyage fascinant au temps d’Hitler, de la Guerre froide et des stars du cinéma classique hollywoodien

Tempelhof. Autrefois, un aéroport en pleine ville ; aujourd’hui, le terrain de jeu préféré des amateurs de cerfs-volants et de saucisses grillées. Mais Tempelhof a bien plus à offrir que des pistes d’atterrissage sans avions. Ses bâtiments, construits sur ordre d’Hitler, sont devenus un lieu de mémoire absolument passionnant, à visiter sans faute, afin de mieux comprendre l’histoire mouvementée de la ville.

Ceux qui se plaignent aujourd’hui que Berlin soit « brutalement » devenue le repaire des hipsters du monde entier connaissent d’ailleurs mal leur Histoire. Comme le rappelle notre guide à Tempelhof (un garçon de Montréal fort bien instruit sur la question), Berlin attirait déjà toute l’Europe branchouille des années 1920. Cabaret, théâtre, cinéma (les célèbres studios de Babelsberg), jazz : c’était à Berlin qu’il fallait aller quand on avait le goût de l’art et des aspirations cosmopolites. Un aéroport s’imposa vite comme une nécessité absolue.

Tempelhof ouvre en 1923 dans un vaste champ en pleine ville. Quelques baraques en planches et des avions riquiqui par rapport aux standards contemporains suffisaient à assurer le transport des Européens avides de culture. Mais, en 1934, Hitler décide de retaper la petite aérogare pour en faire un aéroport digne de son projet urbain mégalomane, Germania, comme une quarantaine d’autres bâtiments de Berlin.

Sous la direction de l’architecte Ernst Sagebiel, le nouvel aéroport est achevé en 1941. Une bonne blague, quand on sait que Tempelhof est le troisième plus grand bâtiment du monde en termes de surface au sol, et que Berlin lutte actuellement pour finir à grands efforts son aéroport moderne. En dépit de son architecture à la terrifiante élégance nazie, Tempelhof ne servit pas d’aérogare pendant la Seconde Guerre mondiale. Non. Hitler avait une meilleure idée : enfermer des milliers de travailleurs forcés et de prisonniers de guerre dans les hangars afin de leur faire monter des avions de chasse, à raison de 16 heures de travail par jour et six jours de labeur par semaine. En dépit de cette histoire malheureuse, je dois bien avouer que ces fameux hangars, ensuite utilisés par les Alliés, sont un véritable bijou architectural.

A la chute d’Hitler, les Français, les Anglais et les Américains se sont en effet emparés du joyau nazi et en firent non seulement un aéroport commercial, mais une base aérienne militaire, une ville dans la ville avec terrain de squash ou de basket pour les soldats, crèche, bureaux de banque et de poste, et… l’arrière-plan glamour de photos légendaires, à l’arrivée des stars de cinéma pour le festival de Berlin.

Loren, Sophia - Schauspielerin, Italien/ undatiert

Sophia Loren à Tempelhof, 1959 (source : site web de Tempelhof)

Le hall d’arrivée de Tempelhof est d’ailleurs une merveille cinématographique, avec ses escalators qui semblent taillés dans le verre, son restaurant suspendu des années soixante et son horloge qui nous fait remonter le temps. Bien dommage que la visite ne s’y attarde pas et qu’il faille y passer à toute vitesse.

Il faut dire que le monde souterrain de Tempelhof est, lui aussi, plein de secrets que notre guide doit nous raconter. L’aéroport possède plusieurs étages enfouis. Nombre d’entre eux abritent quelques-uns des trois cents abris anti-bombes que recèle Tempelhof. La lueur d’une lampe torche dévoile un détail émouvant : sur les murs des sinistres abris souterrains ont été peints, dans les années quarante, des scènes d’un livre de Wilhelm Busch, racontant des histoires connues de tous les enfants allemands. Une manière comme une autre de leur faire oublier qu’au-dessus de la tête, leur ville se faisait bombarder à tout va.

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Surprise dans un abri anti-bombes de Tempelhof

Ces souterrains alimentent tous les fantasmes sur la Seconde Guerre mondiale et la Guerre froide. Tempelhof est en effet un délice pour les amateurs de livres d’espionnage. Qui sait vraiment aujourd’hui combien de souterrains inconnus s’y cachent? La CIA avait bel et bien ses quartiers à Tempelhof pendant la Guerre froide et y pratiquait l’espionnage. Et même si notre guide est sceptique quant aux mille légendes urbaines qui circulent à propos de lieu, force est de constater que certains couloirs vous fichent délicieusement la frousse. Le Filmbunker, par exemple, qui contenait les archives de la Luftwaffe et était caché par une porte et un escalier secrets, est absolument spooky avec son béton noirci par l’incendie qui le ravagea à la fin de la guerre.

La visite de Tempelhof se déroule en allemand, mais vous pouvez booker une visite en anglais. Les guides sont passionnants et fort bien informés. La visite est assez sportive : deux heures à pied dans un aéroport immense, pourvu de nombreux escaliers. 

J’ai pu faire cette visite grâce à l’application Get your Guide, qui permet de réserver très facilement depuis votre smartphone ou votre ordinateur. Get your Guide offre un bon rayon d’activités et de visites adaptées à votre séjour à Berlin et ne s’adresse pas seulement aux touristes : si vous êtes Berlinois, vous pouvez tester les visites à thèmes précis sur le IIIe Reich ou sur le Kreuzberg alternatif avec des guides vraiment pointus.

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manon

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3 réflexions sur “Les fantômes volants de Tempelhof

  1. Oh non ! Dire que j’y suis allé cet été, en pleine canicule, Tempelhof désert, faillit mourir de déshydratation, et voilà que j’apprends le pire, j’ai loupé la visite guidée :((

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