Berlin, désert de l’amour

Berlin, East Side Gallery

Berlin est sexy, mais Berlin n’est pas la capitale de la romance. Facile, dans la cité des fous, des artistes et des fêtards, de se mettre de la chair fraîche sous la dent pour une nuit… bien plus difficile de trouver une épaule chaude et réconfortante pour passer l’hiver prussien sous la couette. En tant qu’incorrigible amie des hommes, je me suis régalée à Berlin et j’en ai tout autant fait les frais… happy end avec prince charmant non garantie.

Je rebondis ici sur un article intéressant publié il y a quelques mois par le magazine berlinois anglophone ExBerliner qui fait état du désert sentimental berlinois chez les femmes. C’est un fait, les histoires d’amour durables et réelles sont aussi rares à Berlin qu’une aiguille sous roche ou une anguille dans une botte de foin, vous me suivez.

Je vous entends protester que c’est la même chose dans toutes les grandes métropoles. Eh bien non, pas vraiment. A Paris, vers l’âge de trente ans, les gens se « casent ». La vie parisienne est infernale et les appartements trop chers et trop petits pour une colocation. Je vois mes amis parisiens envisager la vie à deux bien plus facilement que ne le font les Berlinois, qui cohabitent entre copains jusqu’à plus de quarante ans. Plus facile de rester célibataire quand on ne souffre pas de la solitude durant les longues veillées d’hiver. Et comment se sentir seul avec Pedro et Antje qui vous laissent leurs poils et leurs cheveux partout dans la salle de bains?

Soyons francs : à Berlin, on s’envoie en l’air, mais on n’aime pas vraiment, ou pas longtemps. Pourquoi? Parce qu’il existe deux types de Berlinois:

1. L’Allemand

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2. L’expat’

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Le premier est un peu coincé et ne sait pas aborder les filles, donc il peut rester célibataire jusqu’à ce qu’une bonne âme ait vraiment envie d’aller le chercher. Le second est incapable de se poser deux secondes. Insatiable, il court la gueuse armé de ses wingmen préférés, l’alcool et la drogue. Les clubs berlinois sont un vivier sans cesse renouvelé de jeunesse qui lui donnent l’impression qu’il ne vieillira jamais s’il peut se taper un maximum de gardons frais. Mais le pire, c’est que le numéro 2 influence, depuis quelques années, le numéro 1 avec son attitude de surconsommateur sexuel.

Pour ma part, j’ai un peu tout essayé. Le rocker fauché qui veut « explorer sa sexualité et son art dans le même élan » et à qui je faisais évidemment obstacle dans cette quête de beauté. Le rocker qui joue dans un groupe connu et ne voit pas pourquoi il resterait avec une seule fille puisqu’il a des groupies qui lui jettent leurs culottes à la tête. L’étudiant éternel qui est terrorisé à l’idée d’aimer une femme qui travaille déjà. Le DJ (no comment). Le barman (no comment). Le réalisateur reconverti en apiculteur qui finit par vouloir aimer le monde entier, lui qui a déjà tant d’abeilles. Partout, la même sentence tombe: l’amour fait obstacle à leur LI-BER-TE.

Je ne parle pas ici de se caser avec pavillon, Mercedes et labrador à Wilmersdorf. Je parle de sentiment, de passion, de communion quoi, merde. Presque toutes mes amies sont désespérées. Pour ma part, il y a quelques années, j’avais eu la chance d’être courtisée par un bel architecte de quarante ans, sûr de lui et de son art, un homme bien qui me promettait une vie à deux. Comme je résistais un peu, à la manière française, je me le suis fait très vite souffler par une institutrice allemande plus âgée que moi qui avais bien compris qu’on ne fait pas attendre une perle pareille à Berlin. Les divorcés sont devenus LA quête des Berlinoises de trente ans en mal de vrais sentiments.

L’article d’ExBerliner se termine par une phrase lancée par un DJ américain de 47 ans, interviewé dans la rue, qui recommande bruyamment aux femmes de « revoir leurs exigences à la baisse » (« LOWER YOUR STANDARDS! »). Je pense que cette sentence fera bondir mes lectrices autant que moi. Vraiment? C’est-à-dire? Faut-il convoler avec un pilier de bar? Un névrosé fauché qui se pend à nos portefeuilles? Un quinquagénaire au cerveau grillé par des années de drogue?

Alors, que faire? Pour ma part, j’ai fini par tomber sur un amour vrai, sincère, pas peureux, pas enchaîné non plus… à Paris, en la personne d’un Américain, qui accepte mon existence nomade entre la France et l’Allemagne. Mais je ne sais que dire aux Berlinoises célibataires, car cette vie en solo m’a souvent donné l’impression d’être une Bridget Jones sous amphétamines. Lectrices, qu’en dites-vous? Et vous, Berlinois – que pensez-vous de l’amour dans la ville de la liberté sexuelle?

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39 réflexions sur “Berlin, désert de l’amour

  1. J’ai connu Londres avant Berlin, c’était pas terrible non plus… L’allemand et le berlinois sont des espèces plutôt farouche mais je veux y croire !

      1. C’est ce qui me vient à l’esprit en vous lisant.Il n’y a rien de drôle , et encore moins d’amalgame, c’est vous qui parlez d’amour à Berlin, moi pas.

  2. J’résiste pas, il y a un point en particulier qui m’amuse. Vous semblez considérer que c’est à l’homme « d’aborder les filles », puis vous vous étonnez qu’ils tiennent à leur liberté. Vous entretenez le mythe de l’homme chasseur, puis vous étonnez qu’il veuille continuer à chasser. Pardon mais il me semble qu’il y a beaucoup d’hommes à Berlin, Londres, ou Paris qui seraient prêts à se « caser » tout simplement parce qu’ils n’ont pas envie de chasser, par manque d’assurance peut-être, ou simplement par choix. Pourquoi entretenir cette « dépendance » vis-à-vis de ce que souhaite l’homme ? Si vous voulez vous « caser » au XXIème siècle, peut-être que c’est au tour des femmes de faire savoir qu’elles ne sont pas intéressées par des chasseurs, et qu’elles cherchent la sécurité, plutôt que d’essayer de les brider et de s’étonner du fait qu’ils refusent. J’espère que mon point est suffisamment clair, j’essaie pas du tout d’attribuer la « faute », plutôt d’envisager une solution à vos malheurs ! =)

    1. Bonjour,

      J’ai oublié de préciser qu’un homme allemand est capable de fuir si une femme l’aborde.
      Je n’ai aucun problème à aborder un homme ni à le chasser et je crois que le mythe de la Française qui ne bouge pas a la vie dure…
      Cela dit, nous restons des êtres guidés par des instincts et je peux vous assurer qu’un homme qui flippe devant une femme n’est pas très sexy. Mais ça se soigne!

  3. eh pis s’il y avait un prince charmant ? un gars qui sait parler au filles pendant la fête et qui cherche un peu plus? ça fonctionne pas vraiment, non?

  4. Quand je me balade dans mon quartier à Prenzlauer Berg, j’ai pas l’impression que les gens ont du mal à se caser, ce serait même l’inverse ;-) Des couples avec poussettes et des gosses partout… mais c’est sûrement pas représentatif de toute la ville.
    C’est possible que ce soit plus difficile à Berlin de trouver quelqu’un à long terme, mais je pense que cet article de ExBerliner grossit le trait étant donné que tous ces gens interrogés sont des expats anglophones ou francophones qui ont tendance à rester entre eux. Pour la plupart, ils sont ici seulement de passage et ils ne parlent pas ou peu l’allemand, donc ça explique en partie les relations épisodiques.

    1. Bonjour Monnom!

      En effet, ExBerliner est un magazine d’expats. Mais je crois qu’il y a beaucoup plus de mélange entre les expats et les Allemands aujourd’hui qu’il y a dix ans, par exemple. Et puis je parle surtout de mon expérience personnelle ici et je fréquente autant les Allemands que les étrangers…

      Mais c’est vrai que le fait que beaucoup de gens ne s’installent pas vraiment à Berlin doit être un facteur.

  5. J’ai eu la chance de trouver le premier grand, vrai amour stable de ma vie à Berlin, et me suis installée ici également pour le rejoindre et pouvoir vivre avec lui. Je n’ai donc pas la même vision de la ville, mais je constate qu’il y a de tout ici autour de moi: de jeunes et superbes filles qui galèrent, multiplient les aventures au goût de trop peu sans jamais vraiment trouver d’amants avec lesquels s’épanouir et se marrer plus de quelques nuitées; des femmes plus mûres qui retrouvent une seconde jeunesse et sont ravies de profiter de leur nouveau célibat; des filles célibataires endurcies qui tombent raide dingues et font des enfants… Alors je ne sais pas… Sans doute assez d’accord avec le commentaire de Monnom, et l’idée que la ville est devenue ces derniers années le concentré d’un certain microcosme international, sans doute à premier abord plus propice au chaos amoureux et à une vie délurée qui ne durera que quelques années…
    L’important est de savoir ce que l’on veut et de trouver l’espace, seul et à deux, pour pouvoir le vivre… Pas toujours évident, mais la conclusion de ton article, Manon, prouve que c’est bien possible, et c’est cela qui compte!

    1. Eh oui Anastasie, j’ai eu longtemps la même impression de la ville que toi car j’ai rencontré un Autrichien il y a presque six ans en arrivant à Berlin et j’ai passé trois ans avec lui… Mais l’explosion de ce couple m’a fait vite prendre conscience du cauchemar que vivaient les célibataires à Berlin (un cauchemar ET un rêve, car au début, j’étais bien contente de m’en donner à coeur joie, haha!) En tous les cas, heureuse pour toi et ravie qu’il y ait des contre-exemples heureux : )

  6. Hallo,
    Cela fait un an que je suis à Berlin. J’ai dû aller, « à tout casser », 5 ou 6 fois en club. Je n’ai pas l’impression que ce soit les meilleurs endroits pour faire des rencontres intéressantes. Par contre, par le biais de la Volkshochschule ou de workshops divers, je crois qu’il y a au moins la possibilité de faire de bonnes rencontres. Je ne parle pas forcément de trouver l’âme soeur mais au moins il y a la possibilité de se faire des ami(e)s ou en tout cas de rencontrer de nouvelles personnes avec lesquelles on peut prendre le temps de discuter.

  7. un américain Manon alors là j’attends de lire tes billets en direct de LA ou Las Vegas ma belle  » revoir nos exigences à la baisse » pour avoir de la racaille comme compagnon? non chacun ses critères et on est les seuls à savoir qui l’on peut supporter comme compagnon et ce pour toute une vie

  8. Salut Manon,
    C’est intéressant que la plupart d’entre nous, pense (ou pensent?) que les Berlinois tendent à ne pas s’ouvrir face aux filles, une chose que j’y suis parvenue à le faire à mon boyfriend berlinois (sans le faire exprès d’ailleurs, j’étais un peu interloquée), sous l’effet des boissons assez alcoolisées… Il est peut-être possible que nous soyons… amoureux (je n’ose pas le dire!), ça fait plus de deux ans que notre histoire dure et qu’on fait des activités de couple :). On n’a jamais parlé en tout cas, de ce qu’on ressentait l’un envers l’autre, ni échangé des « Ich liebe dich » und so weiter, mais j’ai envie d’y croire à cette histoire et aller plus loin :’). Oui, parce que je suis une fille naïve et que je prône pour l’amour éternel, c’est comme ça!

    (PS: Tu sors avec un American boy… ~awwww trop chouuuu~)

  9. bravo pour avoir trouvé l’amour…
    mais il est certain que c’est devenu de plus en plus difficile… je me souviens d’une époque (que les moins de 20 ans blablabla) où on pouvait aborder une femme dans la rue, lui parler l’inviter boire un verre et il se passait ensuite ce qu’il se passait pour un soir ou pour longtemps… mais aujourd’hui, c’est devenu plus compliqué. Parce que d’un coté il y a toute une génération de sales… types macho abrutis qui ne montrent aucun respect pour les femmes que de l’autre, certaines femmes considèrent qu’un compliment est une forme de harcèlement… du coup beaucoup d’hommes « ordinaires » n’osent plus aborder une inconnue. Et finalement comme le dit Brice, c’est dans des lieux où l’on fait des choses en commun, voire sur internet que l’on trouvera quelqu’un avec qui vivre un histoire aussi longue/courte soit elle… Berlin ou pas Berlin il me semble que les rencontres sont devenues de plus en plus difficiles.
    my2cents ;)

    1. Je crois pour ma part que la digitalisation du monde moderne joue un grand rôle dans les rapports homme-femme. On n’ose plus aller se parler, on discute par écran interposé.

  10. Posez vous les bonnes questions. Photo1:hipster. Photo2: hipster. Continuez a sortir ds les lieux « branchés » où l’inexistante libido se limite aux consommations de drogues coupees au bromure. Limiter Berlin a 3 quartiers reduira vos chances de trouver le charmant prince allemand….peut etre trop mainstream pour vous. Dommage, vous passez peut etre a coté de belles histoires.

      1. Ah ok. Jai mal compris cet article alors. C’etait juste de l’humour et pas une parodie d’une certaine realité. Pour l’humilité jai pas trop compris le rapport avec mon message qui ne traduit que mon experience personelle. Au temps pour moi.

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