Carte blanche à un lecteur berlinois d’adoption

(La bataille de Sedan, c’était il y a un siècle et demi. Franchement, on aimerait bien passer à autre chose. Non?)  


Depuis quelques temps, mon blog fait l’objet d’attaques hargneuses m’accusant alternativement, dans les commentaires, de francophobie et de germanophobie. Un de mes amis et plus fidèles lecteurs m’a envoyé ce mail de réaction à cette vague de haine, que je publie avec son accord. Frédéric est auteur, comédien et metteur en scène. Il vit entre les Alpes et Berlin depuis plusieurs années, quand il n’est pas sur les routes en Afrique pour projeter des films dans des villages reculés. Carte blanche en forme de réflexion sur le sentiment patriotique et européen.

manon,

je n’avais jamais vu une telle activité sur ton blog et c’est bien en un sens – aussi je me dis, holàlà, encore un article, génial
je lis ça avec plaisir et légèreté (il semble que ce soit le ton) et comme je t’ai dit, je me dis bien que si par exemple tu vas en boîte toute la nuit, écouter le vendeur de matelas-dj, il doit bien t’arriver d’autres trucs que ne dévoile pas le blog
jusque-là tout va bien
mais comme je trouvais les commentaires croustillants, au début, je vais les voir un peu chaque jour

depuis quelques temps, je suis un peu répugné à les lire et alors que je me disais que simplement, il pouvait y avoir des sentiments différents, il me semble que là, il y a des attaques répétées que je ne pense pas être le fait du hasard
qui donnent droit à des gens de s’exprimer qui, à mon avis, mériteraient une bonne fessée
d’où le fait que je ne préfère d’ailleurs pas intervenir car je risque de dégrader violemment le niveau des commentaires par des termes extrêmement durs car il se joue quelque chose de très grave en ce moment, je pense que ça dépasse ton blog

d’abord, sur notre cher site connexion française, voilà le nouvel édito que je te propose de lire – c’est court mais clair : http://www.connexion-francaise.com/pages/edito-novembre-2011
et moi qui suis du sud, mais qui ai vécu longtemps avec une norvégienne (13 ans), qui ai toujours été attiré par le nord de l’europe, qui suis protestant d’obédience (parpaillot), mais pur produit du fascisme latin (français à moitié italien, à moitié espagnol pour cause d’immigration), je vois ces commentaires d’un très mauvais œil
l’attaque sur ton côté bobo qui n’est pas à contester, ressemble étrangement à l’attaque contre le cosmopolitisme des villes… ça sous-entend, le mélange des races et la juiverie internationale (je traduis pour les néophytes) – le nationalisme n’est pas le patriotisme – dire « foutez le camp » et « c’est la faute des autres », ce n’est pas « j’aime mon pays » (deux notions différentes)
bref, je vais pas te refaire le discours, tu le connais – tu es une fille non seulement sexy mais intelligente

au début, je trouvais ça étonnant ces réactions – maintenant, je pense qu’il faudrait monter le ton
par le haut
l’intelligence
bien marquer aux fers ces gens en disant que tu ne peux laisser passer des propos xénophobes renversés – tu n’es pas germanophobe !!!! au contraire !!! c’est d’ailleurs peut-être le même qui écrit toujours et qui a décidé de te pourrir
tu as le droit de modérer ton site d’ailleurs

je te dis tout ça car je sais qu’en ce moment, entre cathos et protestants, sud et nord, moi qui fus toujours un fervent croyant de l’europe, quelque chose se joue et y’en a marre ! les cons, malheureusement, sont partout et les français travaillent autant que les allemands (même quelque fois je veux pas dire mais à berlin…) – il y a de la part des gouvernants une volonté de remonter les peuples européens les uns contre les autres car cela sert à justifier les tour de vis budgétaires en disant, il faut faire comme celui-ci ou celui-là

la pire des choses, mettre des techniciens soi-disant sans avis politique au pouvoir mais à la solde d’un libéralisme terrifiant – comprenons-nous bien, je ne rejette pas le capitalisme mais ses deux composantes idéologiques terrifiantes : libéralisme et communisme, issues des mêmes mensonges sur le travail, la plus-value industrielle, etc. – pour ceux qui doute que communisme et libéralisme sont les deux ailes d’un même papillon, je vous renvoie sur la chine – le capital par contre, c’est impossible de lutter contre et pourquoi d’ailleurs ? le problème, ce n’est pas le capital qui se forme de lui-même, c’est la répartition et là, on se fout de notre gueule car la crise, moi je peux te dire un truc, manon, ça n’existe pas – ce sont comme disent des méchants vieux monsieurs, comme des romans pour jeunes filles pour leur faire accroire à l’amour pour qu’elles soient tenues par un sentiment noble qui les empêchent de se vautrer dans la débauche sensuelle et plus si affinités – la crise c’est pour faire peur et les libéraux ne devraient pas trop faire peur et monter les peuples les uns contre les autres car ces grands veaux que nous sommes, au final, nous allons croire que les allemands sont tous tue-l’amour, les français des glandeurs, les italiens des voleurs, les grecs des tricheurs, les scandinaves très sérieux mais un peu froids, les gens de l’est des mafieux et les filles des putes, etc… non et non ! tout ça c’est faux ! c’est n’importe quoi ! pffff… quid de la personnalité ?

méfions-nous de faire peur au gens car après, ils le croient et sont prêts à suivre n’importe qui qui dit n’importe quoi – et par malheur, il n’y a qu’une seule chose qui permet de se sortir de ça, l’intelligence et la pensée complexe (la pensée, c’est physique, c’est biologique – je dis ça pour ceux qui aiment à tacler les « intellos »)

alors, il faut croire, avoir confiance que l’intelligence triomphera sinon… sinon ce sont les idiots qui ont la parole, et là, ne vous inquiétez pas, je serai le premier à foutre le camp – pas de problème, j’ai les moyens – on ira au fin fond du mali le temps qu’ils s’entretuent – là où le temps s’est arrêté

je me demande alors : les européens de l’ouest ont-ils jamais connu temps de paix aussi long ? est-ce que cet état de fait développe des comportements insoupçonnés comme par exemple le manque d’engagement politique, le manque de complexification pour une pensée simplifiée qu’on retrouve dans certains commentaires de ton blog ? et en art aussi, le manque de projet coupés-décalés ? ce long temps de paix, que change-t-il en nous en fait ? charles pégy dans « clio » parle assez bien de ce que la guerre fonde en l’individu… mais la paix ?

voilà, je voulais donc te dire que je te soutiens
même si j’avais pas le temps d’écrire ce matin mais en voyant le dernier commentaire, je suis parti en sucette

hasta siempre

frédéric aspisi

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manon

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17 réflexions sur “Carte blanche à un lecteur berlinois d’adoption

  1. Je suis ton blog depuis ton article sur Neukölln et ai été aussi forcé de constater cette recrudescence, d’attaques personnelles. Le plus dommage c’est que tout cela ce limite à un dialogue de sourds, puisque ces « lecteurs » ne sont là que pour cracher leur venin, il n’en ressort rien de positif.
    Vas-y de main ferme et régne sur ton blog! :D

    1. Merci Nico. Je modère en réalité toujours mes commentaires. Tout ce qui est visible sur le blog a été approuvé manuellement par moi-même. C’est bien volontairement que j’ai choisi de montrer ce que certains internautes sont capables d’écrire. Au nom de la liberté d’expression et au nom d’un certain devoir de lucidité – sans vouloir être misanthrope, tout de même…

  2. Je me permet d’ajouter mon petit grain de sel français.
    Je suis de celles qui aiment parler des differences culturelles. C’est même la raison principales de tous mes voyages, découvrir des cultures différentes. Si je n’aimais les découvrir et en parler je resterai en France. Mais non, si je reste plus de deux ans au même endroit je dépéris. Alors je bouge et quand j’arrive dans un nouveau pays, une nouvelle ville, j’aime parler avec les habitants pour confronter nos cultures et appendre des leurs. Je ne vois donc pas pourquoi les gens prennent mal les comparaisons, c’est de nos differences que nous apprenons. Ici je n’ai vécue qu’avec des allemands, rencontrer quasi que des allemands et tous ont participé avec plaisir (du moins je l’espère !) aux conversations concernant les differences de mode de vie, les differences entre l’allemand, le français, l’anglais, les differences culinaires, etc. Alors oui ici il fait froid, oui ici on respecte le petit bonhomme rouge, oui ici on fait des barbecues dans les parcs, oui ici on bronze nu dans les parcs, oui ici on mange des Curry wurst à toute heure, oui ici on boit dans la rue…… Et c’est génial ! Consequence, je m’arrête au feu rouge, j’apprends l’allemand, je mange du Curry Wurst, j’apprends des expressions françaises à mes nouveaux amis et je cuisines des petits plats français à mes colocs. Que demander de plus à la vie ! Merci Manon de nous faire partager ton point de vue sur Berlin et s’il ne nous plait pas, il ne nous reste qu’une solution, aller lire ailleurs !

    1. Merci Léa pour ton enthousiasme pour Berlin, pour le mélange des cultures et pour ce blog! A toi les Currywurst (fais gaffe à ta ligne et à ton cholestérol quand même… mange un peu de fois gras de temps en temps, quoi)
      A bientôt!

  3. Bonjour Manon Heugel,
    Au delà du débat attaques, contre-attaques sur ton blog, et / ou ta personne par le biais des commentaires et article de soutien de tes fans, je mettrais juste le doigt sur le fait que certaines personnes s’expriment, parfois gauchement, voire nullement, pour montrer qu’elles ne se reconnaissent pas sur ton blog.
    Ben oui, le blog, on raconte sa vie, et d’autres se disent « ah oui moi aussi ! » ou « ah mais non pas du tout ! » (voilà comment cercler des discussions à l’espace strictement individuel). Ce à quoi nous incite l’Internet d’aujourd’hui (j’en suis là aussi :).
    Je fais partie des personnes qui ne se reconnaissent pas en lisant ton blog et ses articles (bien écrits, intéressants, usw), qui me déclenchent parfois une réaction du genre « pfiou, on est pas sur la même planète Berlin! ». Pourquoi ? Parce qu’on ne vient pas du même milieu sûrement (je ne sais pas si cela a à voir avec la lutte des classes… laissons Marx de côté sur ce point-là, mais il n’est pas loin non plus, à l’Alex), parce que nous n’avons pas le même physique (le tien étant très sexy) et que pour les lecteurs cela influe vachement sur l’appréciation à la lecture, depuis qu’on a accès très facilement à la « tête » de l’auteur (si je peux émettre une légère remarque généralisant sur les français, c’est qu’ils font beaucoup plus attention à l’apparence que les allemands, mais c’est culturel, et déjà Voltaire et Montesquieu le pointaient du doigt) et surtout parce que nous n’avons pas les mêmes expériences à Berlin (étonnant non ?).
    Je trouve cela très chouette que Mondoblog et RFI t’aient donné l’occasion de faire partager ton expérience berlinoise, et cela donne envie d’y avoir accès aussi, malheureusement, il semblerait que ce soit fini la possibilité de participer… Cela donne vraiment envie d’offrir un autre point de vue, une autre expérience de Berlin, de Neukölln aussi (d’ailleurs, rien ne m’empêche de le faire autrement, ayant déjà moins de visibilité ;) mais il s’agit aussi d’une question de temps, oui demain, demain toujours demain), de réfléchir à d’autres soucis sur lesquels ouvrent la vie à l’étranger à Berlin, la question des frontières, la philosophie, l’amour, l’art, la politique etc.
    Et la jalousie dans tout cela ? Frédéric (le type qui dit être parti en sucette), il parle d’intelligence… et les sentiments ? Internet, la psychologie et les comportements, un sujet passionnant (qui viendrait s’ajouter à mes chimériques sujets de thèses, tout en ayant en horreur l’idée de rester des heures à la bibliothèque pendant des années à me masturber intellectuellement, pourtant, qu’est-ce que c’est bon !). Héhé, y’a pas que Frédéric qui est parti en sucette… on va pouvoir faire un présentoir chupa chups de boulangerie.
    Pour finir en beauté, la liberté d’expression, comme tu le soulignes, est primordiale. L’intelligence est aussi dans la tolérance (tolérer n’est pas approuver) et la compréhension et c’est là qu’elle est le plus fort.

    Mon pseudo, c’est Laura.

    1. Salut, Laura!

      Que tu ne te reconnaisse pas dans ce blog, mais que tu le dises avec classe, c’est tout simplement digne d’une lady de l’Internet.
      Merci!

      Tu peux tout à fait encore participer à Mondoblog. Rien ne t’en empêche, un de mes amis français vient justement de créer son blog sur Berlin chez RFI. N’hésite pas à contacter l’équipe de l’Atelier des médias. Tu trouveras le site dans mon blogroll à droite.

  4. L’auteur de cet article nauséabond est visiblement un has-been, un beauf germanophobe chauvin, un loser intégral. Un champion du Monde, ha ha ha!

    1. Cher « Antibeaufs » (un bien joli prénom),

      Parmi la salve de commentaires hideux que vous avez balancé sur l’article et que je ne publierai pas, parce qu’ils mettent en avant une facette de l’âme humaine qui me répugne, j’ai choisi de ne montrer que celui-ci. N’est pas Cyrano qui veut, comme le montre la pauvreté littéraire de votre réponse et son manque de panache absolu.

      Vous n’avez ni humour, ni élégance, ni respect pour votre propre culture comme pour celle des autres. Je vous informe donc que c’est le dernier commentaire venant de vous qui sera visible sur le site.

  5. Effectivement on dirait qu’il traîne sur ce blog quelques maniaques de l’assimilation.

    Faudrait-il que chaque expatrié intériorise jusqu’à la caricature les habitudes des autochtones ? Jusqu’à ne plus rire de celles qui l’ont désarçonné ? Quelle tristesse … Bien sûr que l’on s’adapte quand on vit à l’étranger, que l’on change de mode de vie ! Tout cela commence de toutes façons par une phase d’observation, d’autant plus savoureuse qu’on y met de l’humour. J’adore cette étape d’exploration des coutumes ! Merci à toi Manon d’avoir su garder sur Berlin ce regard frais et amusé comme au premier jour.

    Ensuite, même si c’est parfois grisant de jouer au caméléon – ah comme on est fier quand on arrive à faire oublier qu’on est étranger ! – le respect de son pays d’accueil n’empêche pas qu’on a le droit, il me semble, de conserver certaines traditions liées à ses origines. Déjeuner de viande tous les jours, à 11h30 et à une vitesse faramineuse, n’est pas au-dessus de mes forces. Mais je ne regrette en rien d’avoir, quand je vivais en Allemagne, souvent faussé compagnie à mes collègues allemands pour partager en pouffant avec une amie espagnole un repas plus lent, tardif et riche en légumes. Pour rien au monde je n’aurais voulu manquer l’expression de cette même amie, découvrant la mer du Nord et s’exclamant « Pauvres Allemands ! C’est donc ça leur mer ! » avec un mélange hilarant de candeur et de dépit. J’imagine que j’ai bien fait de rentrer au pays avant que tes commentateurs ne m’y renvoient à coups de sabot dans les fesses pour crime de lèse-Germanie.

    Aujourd’hui, Marta à Santander comme moi à Paris nous remémorons avec nostalgie les arbres de Göttingen (et les roses bien sûr), la propreté des rues, la politesse des gens. Nous pestons contre nos compatriotes, coupons notre jus de pomme à l’eau pétillante (et pourtant j’ai crié au scandale la première fois qu’on a essayé de me faire boire de l’Apfelschorle), roulons parfois un peu au-dessus de 130 sur l’autoroute, trions par habitude des déchets qui chez nous se jettent dans la même poubelle, comme de bonnes Allemandes – serait-ce à dire comme de mauvaises Françaises ou Espagnoles ? Ou peut-être, quand on est dans son pays, a-t-on le droit à un minimum de fantaisie ?

    1. Merci Algue pour ce commentaire plein de charme… (belle plume!)

      Je trouve aussi que l’expatriation renforce soudainement le sentiment d’appartenir à telle ou telle culture. A Paris, je me sens berlinoise, à Berlin, parisienne.

      Au fond, je suis un mélange des deux et même de bien d’autres choses. Tout comme toi, tu es un peu de Berlin, de Paris et même de Santander, certainement, parce qu’on est aussi porté à adopter quelques traits de caractères et quelques usages de ses amis proches, n’est-ce pas? Il m’arrive par exemple d’être un peu grecque dans ma façon de cuisiner, un peu russe dans ma façon de faire la fête, bref, vive le bordel culturel, la partouze des us et coutumes ; le reste c’est la mort, l’ennui et la petitesse des sentiments.

      1. Oui, vive le bordel culturel ! Malheureusement pour nous, en France, Mr Guéant n’aime pas trop les partouzes et a décidé de renvoyer dans leur pays les diplômés étrangers. En ce moment, les amis indiens, croates ou vénézueliens ne sont donc pas d’humeur à faire la fête …

  6. Salut Manon : )

    J’espère qu’on distingue ici critique constructive et attaque gratuite. Comme tu le dis bien, tu autorises à la publication TOUS les commentaires qu’on te laisse, chapeau. J’admire le fait que tu acceptes de tout lire et laisser lire sur ton travail, et que tu réponds toujours intelligemment. Même si j’ai pu me montrer un peu virulent dans un 1er comm sur Neukölln, je respecte bien entendu ce que tu fais ici et suis d’accord avec toi sur 99% des choses j’en suis persuadé. Je pense même qu’on tomberait d’accord sur plein de choses si on discutait de vive voix.
    Bref je suis pas là pour me crédibiliser mais pour te soutenir aussi car les commentaires du type Antibeauf (qui est surement en plein syndrome de Stockholm, à devenir ce qu’il déteste) sont inutiles et gratuits. Anonymes de plus.
    Enfin, j’applaudis Manon car on est tous fait pour avoir des divergences d’idée et pouvoir en parler sans attaquer bassement.
    À bon entendeur, longue vie à ton blog!

    Alex

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