Injoignable, même à Berlin!

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À Berlin, entre les accros de l’Iphone toujours joignables, et les cinglés du Blackberry connectés à Internet en permanence, le téléphone portable (surnommé « Handy » en allemand) est omniprésent. Mon amie Cécile, une expatriée française, résiste à l’envahisseur depuis quinze ans : elle n’a pas de mobile.  Mais comment fait-elle ?

Mon amie Cécile a quarante-cinq ans, elle est sculpteur et vit à Berlin depuis presque quinze ans… avec un simple numéro de téléphone fixe. A l’heure où tous les Berlinois, comme dans toute l’Europe occidentale d’ailleurs, ont l’oreille vissée à leur téléphone portable, Cécile, elle, se refuse obstinément à mettre de l’eau au moulin des télécommunications. Elle vit tranquillement dans son appart-atelier d’un quartier bohème-chic, dans un agréable silence propice à la création de nouvelles œuvres – et jamais interrompu par l’agaçante stridulation d’une sonnerie Nokia.

Si Cécile veut boire un café, elle passe un coup de fil à l’avance, depuis son poste fixe sur votre portable, et vous donne rendez-vous. Et là, amis accros au cellulaire, gare à vous, si d’aventure vous arriviez en retard! Car Cécile n’a pas oublié le temps où personne n’avait de téléphone mobile, ce temps magique et désormais lointain où les gens ne décommandaient pas à la dernière minute et ne se permettaient jamais plus de dix minutes de retard.

De même, veillez à ne jamais trop vous étonner que Cécile n’ait pas de téléphone portable. Vous vous attireriez ses foudres, et son mépris irrévocable. « Comment tu faisais, avant? » vous rétorquerait-elle fièrement. Bonne question. Comment faisait-on, avant? Dans mon souvenir, ce n’était pas si rose. Il m’est arrivé, autrefois, d’attendre une heure quelqu’un dans le froid, devant un immeuble dont je ne connaissais pas le code de la porte d’entrée. Et les petits mots doux qu’on s’envoie par SMS lorsqu’on est amoureux restaient dans nos têtes, à l’époque sans portable.

Mais Cécile aime à me rappeler les douceurs de l’absence du téléphone portable. Dîner avec quelqu’un qui soit complètement là, avec vous, et non pas obnubilé par l’arrivée d’un message Facebook sur son Iphone, n’est-ce pas agréable?  Et regarder une tragédie de Shakespeare sans entendre la sonnerie d’un téléphone pendant le fameux « Être ou ne pas être »? Et passer à l’improviste chez les copains, sonner à la porte et les surprendre avec un gâteau ou une bouteille de vin?

Elle n’a pas tort, Cécile. Nous sommes devenus fous, à Berlin, comme à Paris ou à Milan, de cette puce électronique dans un corps de plastique, qui vibre toutes les vingt minutes en sifflant, et nous arrache trop souvent au rêve, à la méditation ou à un baiser langoureux.

Cependant, le mode de vie de Cécile est à part. Son art solitaire lui permet de mener cette vie à moitié retirée, même au cœur de la capitale de l’underground. Que ferais une jeune réalisatrice comme moi, sans son portable bourré de contacts professionnels qui peuvent sonner à tout moment?

Et vous, pourriez-vous vivre sans portable?

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Auteur·e

manon

Commentaires

Boukari Ouédraogo
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C'est vrai qu'ici il y a encore des gens qui n'ont pas de portable mais c'est par pauvreté. Les gens sont souvent surpris ici quand ils voient que les Blancs qui viennent n'ont pas les portables dernier cri. Moi qui croyaient qu'on ne pouvait vivre sans le téléphone portable, je constate que c'est possible. Il suffit de se poser la question "comment faisait-on avant les cellulaires?" Je reconnais que le mode de vie de Cécile l'aide à vivre sans portable.

manon
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Je pense que le portable, dans certains coins Afrique, a finalement plus de raison d'être qu'ailleurs. Car souvent, lorsqu'on vit dans des communes isolées les unes des autres par des routes mauvaises, un téléphone mobile peut s'avérer salutaire. En fait, le portable est bien plus absurde dans les grandes villes occidentales, où la communication est possible à chaque instant par d'autres biais.

MademoiselleK
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Ma réponse est: oui!

Cécile me rappelle mon berlinois tiens. Ce sont les même j'ai l'impression!
Je l'ai connu comme il restera: sans portable et ça ne m'a jamais dérangé.
Quant au mien de portable, un chouette suédois qui tient bien depuis 5 ans, je l'oublie de plus en plus souvent, posé chez moi, chargé ou pas je ne me rends plus trop compte...et je dois dire que ça fait un bien fou. Ne pas être sans arrêt dépendant, à moitié absent. ça n'empeche pas d'avoir une vie sociale évidemment! Et je me demande finalement si elle n'est pas de meilleure qualité en plus...simple supposition.
Pour l'anecdote j'ai aussi réduit considérablement mes contacts Faceb* aprés avoir été complètement déprimée par un statut absurde d'une connaissance, évidemment Faceb* via *phone du style "au resto avec mon amoureux, ce qu'il y a sur la table a côté á l'air trop bon, j'ai l'eau à la bouche, merci à xy de m'avoir emmené ici en amoureux" pathetique. Je crois que quand on en arrive là, il y a un sérieux problème! Heureusement, les gens proches de moi sont très loin de ce comportement et... n'ont même pas d'*phone (ouf)
Je pense que les gens sous-estiment le bien que cela peut faire de se déconnecter et de vivre IRL! Je n'aime rien de plus que partir en voyage et ne pas toucher un portable ou le web pendant 2 ou 3 semaines. Le bonheur.
Je conçois par contre et malheureusement, que certains métiers laissent difficilement le choix d'aller à l'encontre de la masse....

manon
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Oui, finalement, à Berlin, je rencontre pas mal de ces "phénomènes" sans portables. Ce qui ne m'empêche nullement de les voir souvent. Comme tu le dis, c'est aussi une communication simple, agréable qui se met en place.
Pathétique en effet, le statut de ton amie sur Fessebouc. C'est inquiétant de voir à quel point les gens s'exposent parfois de façon ridicule sur le Net, usant et abusant de photos retouchées et de phrases "qui tuent". Le "statut" Facebook devient un statut social de pacotille. Triste, triste, triste. (Et comme le dit l'un des personnages du merveilleux film "Le pont des Arts" d'Eugène Green : "pourquoi me faudrait-il un statut social?")

Matjö
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Si nos habitudes de vie ont tant changé depuis le portable , ne devrions nous pas résister à l'internet mobile avant qu'il ne soit trop tard? On est déja assez scotchés à des écrans comme ça, maintenant ils veulent du temps de cerveau disponible lorsque ont se déplace. Pourquoi pas quand on dort?
Dit reicht langsam!

manon
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Très bien dit Matjö (sympa ce petit jeu de prononciation franco-allemande :))

L'Internet mobile est terrifiant, il rend encore plus dingue que le téléphone... ces gens qui consultent leur Fessebouc toutes les 5 minutes me font peur...

Vanessa
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Bon, j'ai un portable mais je n'aime pas trop l'utiliser, meme si je dois l'allumer pendant la semaine pour eviter d'aller au travail quand les gens ont annule les cours. Mais le week-end, il reste eteint et je sors prendre des photos, aller au cinema sans lui. C'est parfois frustrant pour mes amis qui me laissent sans cesse des messages que je n'ecoute pas. L'idee d'avoir un i-phone ne me plait pas du tout.

manon
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Ah, tu l'éteins le week-end? C'est une bonne idée. Pour ma part, je n'y arrive pas. Mais aussi, il faut dire, j'ai oublié la frontière entre le week-end et la semaine depuis belle lurette.
L'Iphone me déplaît tout autant, il est sans doute pratique, mais je le trouve pathétique et clinquant comme une Rolex au bras d'un Nouveau Russe. Cheap!

René Nkowa
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C'est vrai que je pense souvent à me séparer des miens (téléphones), mais c'est vrai qu'il est difficile de la faire quand on imagine que la petite amie ou qu'un pote risque à tout moment de me contacter. Et pour ceux qui en ont besoin pour travailler alors...
Mais il faudrait que chacun de nous se donne le défi de tenir une semaine entière sans son portable et de noter ses sentiments journaliers quelque part.

manon
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C'est un excellent défi!!! j'adore! on devrait le proposer sur Mondoblog, tu en penses quoi?

Salma
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bravo Manon très original j'avoue mes amitiés à Cécile

manon
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Merci pour Cécile, je transmets!