Refuges européens – Le monde d’hier

 

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Illustration de Rachel van der Nacht

Comment la lecture d’un grand auteur germanophone peut raviver le souvenir de l’étincelle européenne et d’un monde dédié à la paix et à l’entente des peuples, en ces temps de crise des migrants et à l’heure de l’effondrement de la Grèce.

Berlin, en tant qu’officieuse capitale politique de l’Europe, a deux crises majeures à gérer en ce moment : les migrants et la Grèce. La seconde est en train de se faire zapper méchamment par la première et pourtant, toutes deux raniment une xénophobie ensommeillée et la question, cruciale, de la solidarité dans l’espace européen.

J’aurais pu aller voir les migrants dans leurs refuges temporaires à Berlin et vous rapporter ce que j’y aurais vu, comme je l’ai fait il y a quelques années. Mais je me suis trouvée, cette fois, désemparée face à l’ampleur de la catastrophe. Tous les Allemands sont déjà au front pour les accueillir, la machine de la solidarité berlinoise semble s’être une fois de plus mise en marche. Et tant mieux.

Cependant, elle ne devrait pas faire oublier que nous sommes environnés de racismes latents prêts, eux aussi, à sortir de leur placard à la première sonnette d’alarme tirée. Nous voyons bien, en France, La Le Pen se démener avec son incroyable talent démagogique, que certains commencent à trouver « pas si con » (horreur).

Je me suis remise à lire Stefan Zweig. Zweig était autrichien, mais c’était surtout un immense Européen, un convaincu de la toute première heure, bien avant même que l’idée d’une union n’existe. Zweig connaissait l’Europe sur le bout des doigts. Voyageur insatiable, il sillonnait l’empire austro-hongrois comme la France et l’Angleterre, à la recherche de poètes et d’artistes. Quand la Première Guerre mondiale éclata, il était l’un des très rares intellectuels à louer encore la paix et l’entente des peuples à une foule enivrée de haine pour ses voisins. Les horreurs de la Seconde Guerre mondiale achevèrent ce qu’il restait de son optimisme et de sa foi en l’Europe. Il se suicida en 1942. Le chantre de la « supériorité morale du vaincu », comme il le disait lui-même, a raconté sa vie bouillonnante, passionnée, idéaliste, enivré par la beauté du monde dans Le monde d’hier, son dernier ouvrage.

Il est bien triste que Zweig n’ait pas vu l’Europe de l’après-guerre et son amour affermi de la paix. Mais que dirait-il de notre Europe des années 2010 ? Une Europe économique régie par les lobbies, le fric sale et les entreprises libidineuses, une Europe politique serrée à étouffer dans l’étau de l’austérité et de la règle absolue, imposée par Merkel et ses larbins ?

Je n’ai rien à vous raconter de neuf sur la crise des migrants. C’est pourquoi je lis Le monde d’hier en tâchant de trouver, dans le plus bel ouvrage pacifiste et épris de l’Europe qu’il m’ait été donné de lire, des lumières pour guider mes réflexions. Ce qui s’est passé hier dans le monde de Zweig – deux guerres absurdes, deux monstruosités – se passe désormais aux portes de l’Europe. Dans les livres du passé se cachent des réponses et des éclairages inattendus. Mais pour l’instant, peut-être comme vous, je suis démunie. Les bras ballants. On a à peine le temps de penser. Que faire de toute cette vie qui se jette désespérément à notre cou ? Avez-vous, vous aussi, vos lectures pour tenter de comprendre le présent ? 

J’ai choisi d’illustrer cet article par un dessin magnifique et saisissant de Rachel van der Nacht, une Française installée à Berlin qui va collaborer avec moi sur ces pages. Merci Rachel !

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