Ruban, baballe, massues : GRS Berlin Masters

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Jana Berezko-Marggrander

Les paillettes, les strass, les petites filles à chignon hurlant dans l’arène et les gymnastes russes au corps de chewing-gum… j’ai réalisé un de mes rêves d’enfant le week-end dernier, en assistant aux Berlin Masters de gymnastique rythmique et sportive.

Si vous êtes Berlinois, vous connaissez comme moi ce journal qu’on reçoit malgré soi, le Berliner Woche, qui finit presque toujours dans la poubelle à publicité indésirable à l’entrée de votre immeuble, avec les flyers pour les livraisons de pizza. Or, la semaine dernière, en jetant ce que je considère d’habitude comme un torchon dans la corbeille susnommée, j’ai remarqué la photo en une : une gymnaste toute pailletée et son ruban.

Deux jours après, je traînais mon mec, qui est bien bon, aux Berlin Masters de GRS à la Max-Schmeling Halle, à Prenzlauer Berg. C’était dimanche, les Berlinois baladaient leurs gueules de bois dans les allées du marché au puces de Mauerpark. Dans ce décor pittoresque, les bandes de gnomes à chignon, vêtues d’un T-shirt rose bonbon vantant l’équipe allemande de GRS, offraient un spectacle plutôt poilant.

Dans le stade, des grands-parents se sont sacrifiés pour emmener la prunelle de leurs yeux applaudir leur idole, Jana Berezko Marggrander, dans son petit justaucorps glitter aux couleurs de l’Allemagne. On peut cependant soupçonner certains de ces messieurs à moustache blanche d’être venus se rincer la lunette à coups de gambettes nues et de fessiers rebondis. 

Ce qui se passe sur le tapis de gym, on le sait : les meilleures gymnastes sont russes, biélorusses, azerbaïdjanaises et toutes les autres ont l’air de pauvres amateurs face à la discipline délirante des athlètes orientales. Sans surprise, c’est une Russe, Margarita Mamun, qui m’a ravie de bout en bout et qui a raflé la quasi-totalité des médailles d’or.

Pourquoi Mamun est-elle si géniale? D’abord, parce que cette gamine brune ne fait pas de la gymnastique : elle danse comme si sa vie en dépendait. Contrairement à toutes ses rivales, elle ne sourit pas, elle se jette à corps perdu dans son programme et ne prend jamais son souffle pour préparer une figure. Son visage est habité par une étrange passion. Margarita Mamun, c’est un peu Anna Karénine en justaucorps à paillettes. Ensuite, il paraîtrait que cette ravissante enfant aurait des penchants lesbiens pour son amie et rivale Yana Kudryavtseva. Ce serait culotté si c’était vrai. Papa Poutine n’est pas un grand fan des amours féminines.

Mais le meilleur se passe dans les rangs du public. Les petites filles, dont certaines n’ont pas plus de six ans, blindent l’amphithéâtre. On a presque l’impression que des gamines dirigent le monde pendant ces quatre heures de compétition. C’est pour les petites-filles que les athlètes présentent leur numéro. C’est pour elles qu’elles sourient à la caméra de retransmission live. C’est pour ces enfants que des adultes en tailleur et costume donnent les notes aux sportives, font les sérieux, jugent, pèsent, calculent.

Certes, la gymnastique rythmique et sportive présente tout l’attirail du sexisme le plus imbécile, avec ses couleurs bonbons, ses paillettes, son maquillage forcé, ses cheveux très longs, ses gambettes lisses et ses corps minces. Sous cette apparence légère se cache pourtant un sport tragique, qui naît sous la baguette de fer de professeurs quasiment tortionnaires. Un sport qui pousse le corps féminin à devenir une montagne de muscles gracile. Un sport adulé et célébré par des hordes de petite-filles en furie, capables à huit ans, de hurler dans un stade « Sors du tapis! » quand elles n’aiment pas une candidate. Un sport étrange, magnifique et terriblement kitsch à la fois, monstrueux à force d’acrobatie, qui se déguste une Bockwurst à la main, comme un match de foot.

C’était génial. Même mon mec poussait des cris d’admiration. La GRS, c’est un sport de gamines, et c’est pour ça que c’est pas un sport de mauviettes.

La prochaine fois, j’espère pouvoir vous parler de patinage artistique sans vous faire fuir. Tchüss!

 

 

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manon

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2 réflexions sur “Ruban, baballe, massues : GRS Berlin Masters

  1. Ô je sais bien ce que tu as pensé en observant, légèrement interdite, que le seul commentaire sous cet article était signé « Gonzague », et ce questionnement interne, traduisible par l’interjection « Cornecouilles ! », ou encore « Foutredieu ! », qui te brûle les lèvres sans toutefois oser les franchir, est parfaitement légitime.
    Il n’est certes pas dans mes habitudes de commenter l’actualité sportive, je ne suis pas un grand adepte des sauteries athlétiques ni des galipettes sur tapis de sol carrés ou rectangulaires, je ne pus cependant réprimer une petite larme en parcourant ton billet.

    _ « Mais dis-moi ami Gonzague, toi dont les puissants muscles et les larges épaules pourraient laisser présager une absence de liquides autres qu’hémoglobinaux dans ton corps séraphique, comment donc expliquer ces inattendus écoulements lacrymaux ? »

    Et bien la raison en est simple : la toute première jeune fille ayant eu le bon goût de sérieusement s’intéresser à moi pratiquait la gymnastique rythmique et sportive, ne cessant de m’en parler entre deux hoquets admiratifs. Nous avions tous deux treize ans et correspondions par courrier, dans un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître. La drague en ces temps-là verdoyait de sépias et se faisait par lettres.

    Bref, l’évocation de cette discipline, dont l’insignifiance inspire un respect certain, a néanmoins eu le mérite de me remémorer cet âge au cours duquel, entre chiot et loup, l’homme saisit lentement, dans tous les sens du terme, sa mission procréatrice.

    Merci donc chère Manon !

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