Pourquoi mes parents ne viennent jamais à Berlin

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Y a vraiment que sur les pubs de l’office du tourisme que les parents ont l’air contents de venir à Berlin. (Source photo VisitBerlin.de)

Après cinq ans de vie à Berlin, je me demande encore pourquoi mes parents ne viennent jamais me rendre visite. Tentative de décryptage psychanalytique du parent berlinophobe.

C’est en lisant cet article (fort amusant d’ailleurs), Ten things you can do when your parents visit you in Berlin, que je me suis rendu compte que je n’étais pas seule au monde : les parents de Sara, journaliste chez Finding Berlin, ne lui ont jamais rendu visite non plus. En cinq ans, mon père m’a gratifiée d’une seule et unique visite de trois jours. Quant à ma mère, elle n’est tout bonnement jamais venue. Pourquoi, pourquoi, pourquoi, docteur? Décryptage des raisons avancées par mes darons.

1. « J’ai pas le temps »

Mes parents sont à la retraite. Comme chacun sait, personne n’est plus occupé qu’un retraité. Un retraité est toujours débordé. C’est hallucinant. Depuis que mon père a cessé de bosser, il est obsédé par son patrimoine immobilier, sa paperasserie et les courses au supermarché. Quant à ma mère, elle a ses plantes à semer avant que le gazon ne prenne plus, son potager demande de l’entretien et elle a une réunion d’enfants des Compagnons de l’Ordre de la Libération le 29, donc elle ne peut pas venir. Et après la réunion? Après la réunion, elle va voir ma soeur et ses mômes en Grèce. Conclusion : « J’ai pas le temps » signifie tout simplement « j’ai pas le temps de te voir toi à Berlin« .

2. « Ta mère risque une thrombose en avion avec sa mauvaise circulation sanguine »

Mais ça ne l’empêche pas de faire trois heures de vol pour rendre visite à ma frangine à Athènes, cf plus haut. J’évoque diplomatiquement la poésie languide du train, le paysage défilant doucement sous les yeux, rappelant le temps heureux où l’on prenait le temps de prendre le temps, les livres lus dans cette parenthèse bienvenue au milieu de nos vies frénétiques… Les innombrables bienfaits écologiques du train comparés à l’avion… Mes darons poussent des cris d’orfraie : « Quoi! huit heures! on a autre chose à foutre ». Ah oui,  zut, j’oubliais, c’est vrai qu’ils sont débordés!

3. « Je peux pas, je garde ta nièce pendant que ton frère est en voyage d’affaires »

Ah. AH. AH! Là, nous touchons un début de commencement de reproche sous-jacent et à couches multiples : d’une part, tu n’as pas d’enfants, d’autre part, tu ne fais pas d’affaires, ma petite fille blogueuse – cinéaste – journaliste. Mais la perspective de faire des chiards et de bosser dans le marketing d’une boîte de pneus comme mon frère, à la seule fin de faire venir mes parents à Berlin, est parfaitement inenvisageable. Parce que justement, je suis venue à Berlin pour être libre, célibataire et free-lance sous-payée.

4. « Berlin, c’est sinistre »

Ma mère a vécu à Berlin à la fin des années 60. Mon grand-père était militaire diplomate et toute la smala se baladait d’ambassade en caserne dans des bagnoles à chauffeur, de bal mondain en courses au KaDeWe et tout le tralala. Ma mère était même tombée follement amoureuse d’un beau jeune homme est-allemand (union fortement réprimandée par sa famille évidemment). Donc ma mère se rappelle Berlin à une époque où le Mur régnait sur la ville et où, quand elle passait du côté Est, la vue de « ces pauvres gens engoncés dans des manteaux gris de mauvaise coupe, affrontant la bise dans des avenues immenses et vides » lui brisait le coeur. C’était en 1967, nous sommes en 2014, Berlin est devenue la destination touristique numéro un d’Europe, mais non, ma mère n’en démordra pas, à Berlin, c’est encore la Guerre froide.

5. « Berlin, c’est moche »

Ma mère ne comprend pas non plus le charme du Plattenbau, du béton et la poésie post-communiste qui se dégage de Berlin. Elle est insensible aux charmants atours des squats (ou ce qu’il en reste), des bords industriels et déserts de la Spree. Ce qu’elle aime, c’est l’architecture Renaissance de Florence, les ravissantes rues de Lisbonne et bien sûr Paris, « la plus belle ville du monde », évidemment. Il me semble pourtant qu’elle ne viendrait pas à Berlin pour faire du tourisme neuneu, mais pour voir où et comment sa chair et son sang vivent depuis cinq ans. Ce que je comprends, moi, c’est qu’elle préfèrerait sans doute ne pas savoir que Berlin, c’est peut-être moche, mais c’est surtout plus grand, plus spacieux, plus vivant et que j’ai peut-être fait – pour une fois dans ma vie – un bon choix?

6. « De toute façon, tu viens tout le temps à Paris »

J’avoue que je n’ai pas grand-chose à répondre à ça. Je pense que si, de mon côté, je n’avais pas visité la nouvelle maison de mes parents en Bourgogne et que je ne m’étais point pâmée devant leur agencement de meubles et de tableaux, j’aurais eu droit à une crise d’apoplexie.

Soyons sérieux. La réalité qui se cache derrière toutes ces raisons fumeuses, mes chers amis, c’est que mes parents font de la résistance psychologique inconsciente au fait que je les ai « quittés » pour partir vivre à l’étranger. Chez les Boches, en plus!

Mais c’est peut-être parce que nos parents ne viennent pas que Berlin reste notre ville? Et que nous sommes la Génération Berlin? Loin du joug de la réussite sociale et de la reproduction sexuelle obligatoires insidieusement imposées par les petites réflexions systématiques de ces rejetons des Trente Glorieuses, qui n’ont toujours pas compris que la jeunesse d’aujourd’hui rame pour payer des loyers monstrueux et se faire chier dans des jobs à 1000 euros le mois, cultivons notre terrain de jeux propice aux arts et à toutes les bêtises…

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59 réflexions sur “Pourquoi mes parents ne viennent jamais à Berlin

  1. Puisque vous avez tout compris, vous savez ce qu’ils vous restent à faire pour que les générations qui suivent n’héritent pas des loyers monstrueux et se faire chier dans des jobs à 1000 euros le mois.

    1. Cher Michel,

      merci pour ce dégueulis de mauvaise foi. Vous aussi, vous avez manifestement tout compris; proposez-nous donc vos solutions ! Nous serions très heureux de nous sortir de la merde dans laquelle nous sommes actuellement ! :D

  2. le chauvinisme et nationalisme , le mépris culturel des autres peoples , c’est normal pour un français moyen , droite et gauche confondu !
    de Mélenchon à Le Pen !
    Elle payera cher un jour , elle merite bien sa chute ! Qu’elle crevera dans son arrogance et son autosuffisance ! Que les français restent chez eux …tant mieux ils manquent à personne puisque ils sont pas ouvert Anthony (allemand)

  3. Plop,

    Vu comment tu denigres tes parents dans ce post ca m etonne pas qu ils soient jamais (ou presque) venu te voir.

    Les miens, conservateurs au possible et fan de belles villes comme Paris se sont regales ici.

    Redescend sur terre et degonfle ta tete ca ira sans doute mieux. Sur ce, feierabend, je m en vais retrouver mon lit. Bonne continuation

    Nico

    1. J’ai remarqué un étonnant rapport de proportions entre la méchanceté des commentaires et l’heure à laquelle ils sont écrits. Cela doit être dû à l’ingestion d’alcool, de stupéfiants ou de somnifères?
      Je pense que mes parents vont lire ce billet et rire, eux. Parce qu’ils ne sont pas si conservateurs que cela… et c’est bien dommage de voir toujours la haine là où elle n’est pourtant pas. Espérons que la nuit te porte conseil, car on se demande à quoi cela peut bien te servir d’attaquer personnellement une blogueuse.

      1. Et le corollaire de la méchanceté, c’est le manque d’humour… quelle vilaine attaque !!! Messieurs, n’avez-vous rien de mieux à faire que de déverser votre fiel sur les autres ? C’est vraiment très très gratuit en plus… Manon, j’ai trouvé ton article très pertinent, les enfants chéris des Trente Glorieuses qui ont glorifié le travail « stable » – fonctionnaire ou assimilé – et la prospérité – un appartement plus une maison de campagne – ne comprennent pas la valeur qu’on peut accorder à la liberté, au prix de l’insécurité souvent… insécurité qui, de toute façon, est propre à notre génération… j’ai moi-même deux mômes, mais notre style de vie familiale et berlinoise se rapproche bien davantage du tien que de celui de mes parents, des gens chouettes et cultivés au demeurant. Et le plus drôle dans tout ça, c’est que mon mari a l’âge de mon père !!! Je ne trouve en aucun cas que tu « vomis » sur tes parents, l’article est finalement – aussi – une déclaration d’amour !!! plein de belles choses et des parents en visite, bientôt !!! -après quelques jours, honnêtement, c’est aussi chouette qu’ils repartent ;-)

        1. Tout à fait Emilie, c’est bel et bien une déclaration d’amour à mes chers petits parents… et espérons tout de même qu’ils viennent avant que je ne quitte Berlin? (Si je quitte Berlin ;) )

  4. Bravo Manon, ton article est super bien senti ! Mes parents aiment bien Berlin, contrairement aux tiens, mais mais mais… entre le stage de yoga de ma mère, le séminaire de chorale de mon père, les voyages dans les îles, les histoires familiales à rallonge.. ben aut’ chose à faire !!! mais ils assurent que si, si, ils ont envie de venir !!! Comme ils ont envie de refaire leur cuisine, de se mettre à la macrobiotique, de se lancer dans des cours de théâtre tadjik dans la langue originale… on verra dans quelle ordre de priorité de leur liste d’envies on arrivera – non, en fait je préfère ne pas le savoir…

  5. Histoire d’apaiser un peu les tensions de la nuit et d’adoucir ce monde de commentaires de brutes:

    J’ai envoyé cet article aux miens, de parents, qui ne viennent eux non plus véritablement pas assez à Berlin, et ils ont bien ri! Peut-être prendront-ils un billet de train dans la foulée, who knows?

  6. olala,
    que de mechancete, dernierement je ne vois que cela sur internet, des personnes attaquent d’autres gratuitement.
    Pour ma part, j’ai trouve ton article amusant, car je vis a l’etranger depuis des annees, et mes parents ne sont jamais venus evoquant des raisons simailaires…
    esperons que tes parents trouvent le temps de visiter Belrin, qui ets une ville incroyable.
    Et depuis quand les Francais sont si agressifs les uns envers les autres.. c’est dommage en ces temps compliques nous devrions nous entre aider, vous ne croyiez pas?
    (commentaire ecrit avec un clavier anglais d’ou l’abscence de ponctuation au cas ou quelqu’un souhaiterai attaquer mon Orthographe…)

    1. TU as bien raison Violaine, nous ferions mieux de ne pas trop nous tirer dans les pattes entre Français en ce moment… mais les trolls sont partout et depuis toujours… Internet c’est comme un verre de vin, ça désinhibe et les gens se lâchent bien à l’abri derrière leur petit écran. Ce n’est pas grave, il y a les autres!

  7. bonjour manon,
    bravo pour ce billet ,bien écrit et senti.Et comme je suis éditeur et .. en recherche assez régulière de plumes , d’esprits ouverts et voyageurs, je serai heureux d’évoquer avec vous la possibilité de vous confier quelques piges !
    à vous entendre ou lire
    mon mail:mj@malpaso.org;

  8. Bonjour Manon,
    un beau billet et tellement vrai…. Quand je suis partie sur Berlin, beaucoup de promesses des amis de venir me voir. Jusqu’il y a quelques temps, je comptais les visites sur les doigts de la main… Rengaine: mais puique tu viens régulièrement nous voir à (toutes sortes de villes en Allemagne de l’ouest). Maintenant, Berline st « in » et là ca a un peu changé… (« Tu fais quoi ce week-end ? On peut venir ? »). Par contre côté famille, je confirme…. Trop loin, le train trop long, l’avion faut aller à l’aéroport (c’est sûr….), bref…. Surtout the argument: on se voit de toute manière dans peu de temps, tu viens bien en France pour les vacances ? ;-)

  9. Ton article est très intéressant !! Et tu sais, peut être que toi aussi, finalement et inconsciemment, tu préfères que tes parents ne soient jamais venus dans ta cour de jeux ? =) ! Ecris vite un nouvel article, j’adore te lire !

  10. Bonjour Manon et merci pour ce billet bien drôle !
    Ca m’a fait penser à mon père (bien qu’il adore les marchés aux puces et les brocantes (je n’ai trouvé que ce prétexte pour qu’il puisse venir avec moi lors de mes expéditions berlinoises) – Berlin c’est un peu le paradis pour ça! ) refuse catégoriquement de venir sous prétexte qu’il a déjà visiter l’Allemagne dans les années 60-70 et que donc ça n’a aucune utilité d’y aller !
    Ma mère c’est tout le contraire, si elle pouvait y aller chaque mois elle en serait ravie! D’ailleurs, elle n’arrête pas de me dire « Tu devrais te dépêcher d’y aller avant que ça ne soit complètement gentrifier! » – « Tu vois, c’est avant qu’il fallait y aller, maintenant les loyers augmentent, je te l’ai dit! ».
    Au plaisir de te lire ! :)

      1. Message passé! – Elle te remercie!
        Elle a déjà hâte de retrouver ses petites habitudes à Berlin cet été. (Et moi aussi par la même occasion! :) )

        Là c’est bon ! (Je me suis trompée de post désolée!)

  11. Et bien , moi, j’ai bien ri!…comme souvent quand Manon écrit. Rassurez-vous , cela fait 30 ans que j’habite l’Allemagne et ma mère m’a gratifiée une fois de sa visite, idem pour mon frère, et 2 fois pour ma soeur….mais moi et Manon, nous n’appartenons pas forcément au même milieu….quand même dans des moments difficiles, on aurait pu apprécié, mais bon, les arguments sont assez similaires…et moi , je ne vais pas toujours en France pour les voir non plus.
    C’est surtout que vu l’allure que la France est en train de prendre, il est urgent de garder un pied à l’étranger, pas seulement un job à 1000 euros…même pour les plus nostalgiques!

  12. Bien d’accord même si le commentaire sur les Boches est de trop, ou alors on n’a pas la même génération de parents. A la limite les grands-parents peuvent penser ainsi, pourtant les mien trouvent ça génial que je vive en Allemagne.

    Pour le reste cette absence de visite est bien dommage (pour tes parents) ! Les miens se sont régalés à Berlin et l’espace disponible dans cette ville a largement favorisé un séjour très détente ! Pour autant, le blocage de l’étranger reste bien réel, alors que je ne serais pas moins loin si j’avais déménagé au bout de la Bretagne. Si à la limite ça avait été dans un pays civilisé comme l’Italie ou là où l’on parle le français comme la Belgique tout irait bien mais là…

    Après ne te plains pas trop chère Manon car une fois qu’ils y auront pris goût, ils ne cesseront plus de vouloir venir te rendre visite, ce qui donnera peut-être lieu à un billet « Comment mes parents sont devenus mes colocs à Berlin »

    Eh oui, les petits apparts ça n’a pas que des inconvénients, ça limite aussi le squat ;)

    1. Oui j’adore quand certaines personnes me disent « mais je ne parle pas allemand » pour ne pas venir à Berlin, où sans doute 90% de la population parle un anglais parfait (quand ce n’est pas langue maternelle :) ).
      En effet mon père a flashé sur mon appart et voudrait s’installer un petit bureau d’écrivain dedans. En dépit de tout l’amour (fou) que j’ai pour mon père (oedipe jamais réglé) je suis ravie qu’il n’ait pas mis ce projet à exécution haha!

  13. Chère Manon,
    regelmäßig verfolge ich Ihren génénération berlin-Blog und finde all Ihre Beiträge sehr gelungen, humorvoll und amüsant.
    Einerseits wegen des immer spürbaren Engagements für die jeweiligen Themen, andererseits wegen Ihres excellenten Sprachvermögens (soweit ich dies als Nichtfranzose überhaupt beurteilen kann). Auf jeden Fall übertreffen Sie mit Abstand das meiste, was die Blogwelt zu bieten hat.
    Deshalb:
    Ich finde, dass Sie es gar nicht nötig haben, eine Annerkennung Ihrer Leistung und Ihres Lebensstils einzufordern. ( Ein bisschen schien es mir durchzuscheinen, wenn Sie bedauern, dass Ihre Eltern Sie nicht besuchen.)
    Ich denke, dass Sie sehr viel Talent haben und möchte Sie ermuntern das Schreiben
    auch außerhalb der Blogwelt zu Ihrem Metier zu machen.

    Leider kann ich mir zu Ihren Theater- und Filmprojekten kein Urteil erlauben, da ich sie nicht kenne.
    Ich wünsche Ihnen alles Gute und hoffe als Berlinois de souche, dass Sie sich auch weiterhin in Berlin zu Hause fühlen mögen.

    Rolf Baumann

    1. Lieber Ralf,

      Tausend Dank für diesen Kommentar. Je suis très touchée. Wie man auf Englisch sagt, « you made my day ». Ich habe sie in der Früh gelesen und war den ganzen Tag glücklich. Bis bald!

      Manon

  14. Mes parents font partie des cinq héros qui sont venus me voir en Allemagne, et en hiver en plus ! Alors qu’à Paris j’ai hébergé nombre d’amis sur mon canapé, et je n’ose imaginer l’affluence qu’il y aurait eu si j’avais émigré à Barcelone …

    C’est étrange de voir certains commentateurs s’offusquer de te voir moquer la mauvaise foi de tes parents. Personnellement ton billet m’a bien fait rire, et j’imagine parfaitement tes parents le lire et et en reparler gaiement avec toi. De même que je me moque souvent des miens, qui s’inquiètent eux aussi de voir leur petite fille atteindre la trentaine sans enfant ni CDI ni prêt immobilier … Alors je leur rappelle que ce sont eux qui m’ont fait découvrir les livres et les films qui m’ont donné si soif de liberté. Que je m’en sors quand même drôlement bien par rapport à la plupart des gens, que j’ai des diplômes et des CDD qui s’enchaînent presque sans interruption (je n’ai même jamais été aussi près d’être fonctionnaire !). Qu’avoir plus me rangerait dans la catégorie des riches et puissants, celle-là même qu’ils ont combattue pendant toute leur carrière d’électeurs de gauche. Les parents sont pleins de contradictions, pourquoi ne pas en rire avec eux ?

  15. Il faut les « forcer » à venir, ils ne le regretteront pas!
    Mes parents ont adoré me rendre visite à Berlin quand j’y habitais, ils m’en reparlent souvent. Ma mère avait connu le Berlin divisé et a trouvé cela passionnant de revenir 40 ans après, mon père lui s’est laissé convaincre par l’ambiance « à l’espagnole » dans les rues :)

  16. J’ai souvent l’impression que c’est la peur du changement en soi, de ses habitudes, de ses routines de vie qui poussent les gens à trouver des arguments à ne pas faire! Pourtant, Berlin, c’est une ville qui pousse à bouger (dans sa tête, dans ses pensées), qui est caméléon, qui est ‘in’.
    Alors si tes parents veulent pas venir te rendre visite, en revanche, si tu m’invites, je veux bien. ;)
    Panta Rhei, mieux vaut en profiter …

  17. Je me sens moins seule du coup… Pas de visite de mon père et ma belle-mère en 3 ans (je ne veux pas être rabat-joie, mais je le prends vraiment mal) :( Pour mon père, entre 1 petite heure d’avion Alsace-Berlin et 6 heures de voiture Alsace-Paris, pourquoi faire simple quand on peut faire plus compliqué! Il faut dire que ses excuses sont vraiment ingénieuses:
    – Année 1: « je suis veuf depuis 6 ans, je me sens pas en forme de voyager »
    – Année 2: « je suis en plein préparatifs de remariage, je n’ai pas le temps »
    – Année 3: « ta belle-maman est enceinte et ne peut pas trop voyager »
    L’année 4 me semble bien prometteur. Merci Papa! <3 Mais je continuerai à harceler belle-maman et toi, encore et encore…

  18. Il n’y a plus de « génération Berlin ». La génération Berlin est morte avec l’explosion des loyers et l’expulsion des moins riches des quartiers centraux. Victime de l’invasion de touristes et de la commercialisation forcenée des espaces autrefois alternatifs. Berlin, cette ville ouverte à tous, bon marché, démocratique, underground, déjantée, est morte. Ce qu’il en reste n’est plus qu’un business. Morte cette ville rebelle d’il y a 10 ans qu’on vend encore dans les guides touristiques. Mais il reste des alternatives : Hambourg, Leipzig, Cologne, et j’en passe…

  19. Berlin est une ville généralement très moche. D’une laideur même pas allemande d’ailleurs, on s’en rend compte quand on découvre les autres villes du pays. Il y a une laideur typiquement berlinoise, un espèce de je-m’en-foutisme architectural qui s’épanche et fructifie – contrairement à ce qu’on croit, ce ne sont pas les bombes alliées mais avant tout la bêtise des instances berlinoises qui ont conduit à la monstruosité d’aujourd’hui. Berlin s’enlaidit d’année en année. Les « Totalrenovierungen » des anciens quartiers de l’Est on construit des Altbauten tous identiques avec leurs couleurs pastels, un espace parallèle désormais vidé de ses anciens habitants. Bref, un univers fictif (Prenz’lberg) uniquement destiné aux nouveaux propriétaires du lieu, élites anglophones, françaises ou souabes qui n’ont même pas conscience de l’épuration sociale (et non ethnique, contrairement à ce qui se passe à Kreuzberg, Neukölln et maintenant Wedding) qui s’opère. À bien des égards, Berlin-Centre n’est plus qu’un triste théâtre, une projection, le rêve d’une capitale centralisée d’un Etat ou tout est décentralisé, une boursouflure de richesse au coeur de l’aglomération la plus pauvre d’Allemagne. Un Manhattan en plein quartiers nords de marseille. Tous ceux qui connaissent Berlin sont révulsés par ce spectacle. Les autres, les néo-berlinois attirés par les contes des années 90, surfent encore sur des mythes déjà chancelants, alors que, déjà, tout est perdu.

  20. J’habite depuis 20 mois à Berlin et mes parents (retraités) sont déjà venus 4 fois me rendre visite et restent à chaque fois une dizaine de jours. Ils adorent Berlin et connaissent certainement la ville mieux que moi ! Mais si je n’avais pas de « chiards », ils ne viendraient certainement pas aussi souvent !

  21. Le jour où ma mère, venue pour la première fois en 3 ans, me dit alors que nous traversions le Görlitzer Park à pied « Je crois que je commence un peu à comprendre ce qui te plaît ici » Ca m’a fait un bien fou!

  22. très beau blog… plein d’espiègleries, d’ouvertures, de joie de vivre.. merci Manon pour ce bol d’air. Une incroyable ouverture d’esprit. Ce n’est pas donné à tout le monde !

  23. Bonsoir Manon,

    C’est un vieux post mais je réponds quand même. J’ai adoré ton ton et les explications.
    Moi ma famille et ma belle-famille ne nous visitent jamais. Cela fait mal, surtout que ma famille vit à moins de 15 bornes de chez nous en région parisienne. Mais j’ai +vu mon beau-père qui vit à -+400 km. En allant le visiter.
    Comme quoi la distance kmtrique n’explique pas tout.
    Ce que je retiens : la rupture dans les choix de vie.
    -On est très près de Paris vs Province et banlieue rouge.
    -1 ère génération non fonctionnaires pour mon mari (petit ami avant) et de femme travailleuse ( d’origine congolaise) née en , -1 er à claquer la porte très jeune,
    -à réussir des études me marier et avoir des enfants bien après 16 ans!
    – nous vivions en foyer, puis appartement même spacieux ça ne suffit pas
    – nous avons trop donné l’habitude de les visiter.

    Explications:
    -la famille ( nous sommes séparés depuis toujours avec le divorce de mes parents )je n’ai jamais trop eu d’explications en fait. Des lapins à chaque invitation y compris au mariage. Sms pour ma sœur qq heures avant.
    – Il y a 18 ans, on me disait que c’est parce que je vivais en concubinage. Fiançailles, mariage et 2,5 enfants plus tard…rien ou très peu.
    – Mon explication :Le fait que je m’en suis très bien sortie malgré eux.

    Côté belle famille:
    – On s’ennuie à Paris
    – le décès de belle-maman
    – quand se fut passé et qu’on l’a encouragé à prendre sa retraite en mains:c’est moins cher d’aller à Lisbonne, Espagne qu’à Paris. Pas faux.
    – la voiture me pèse
    – le chien est encombrant
    Depuis peu il a droit à la carte senior, train low cost Et le chien vient de mourir.
    On verra… au moins beau papa nous prend les enfants en moyenne 10 Jours par an depuis 3 ans.
    Pour les frères et sœurs, l’argent la distance mais on sait qu’ils font la bringue chaque week end. Vive Facebook!
    Que beau-papa visite souvent sa fille à 2:30 de route mais ne peut faire 2:13 de TGV!

    Manon c’est quoi le pire, se dire qu’on peut croiser sa nièce sans la reconnaître ou se dire que les miles et les conflits de générations nous séparent?
    J’attends mon 3 ème, mon mari est souvent en déplacement pro et les aînés ne sont pas assez autonomes. Personne n’est venu même quand j’ai demandé. J’ai eu 2 coup de fils du genre : on te souhaite bien du courage et surtout le soutien d’une belle-sœur ( ma famille) dans la même situation.
    Résultat: Je boycotterai toute visite à la maternité et je compte vivre à fond le modèle quitte à vivre à l’etranger puisqu’il n’y a pas d’attache familiale.
    Signé SL : un peu aigrie mais réaliste et soulagée.
    Je vais chercher encore un autre blog.

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