Une nuit avec Electrosexual

Electrosexual--Polaroid©Cristofaro Salvato

Musicien autodidacte, Romain, dit Electrosexual, est un Toulousain qui officie depuis plusieurs années dans les soirées berlinoises. Sa musique teintée d’electroclash, dansante, lyrique et nostalgique à la fois, est à mille lieues de la techno laborieuse qui règne souvent sur le clubbing allemand. A l’occasion de la sortie de son single « Tempelhof » le 7 mars*, on a débouché une bouteille de Rotkäppchen pour parler musique, Berlin, patrie lointaine et « affaires du cœur » comme il le dit joliment (mais ce dernier point restera hors interview!)

Une bouteille de Sekt, une bouteille de Sancerre et du Milka – merci Romain pour l’interview la plus fun et la plus détendue que j’aie faite depuis un moment !

La musique en autodidacte

« Il y a quand même une notion française selon laquelle tu n’es pas censé faire des choses pour lesquelles tu n’as pas été formé. A l’opposé de la culture anglo-saxonne : fais-le, essaie de le faire – mais si tu n’es pas bon tu te fais éjecter dans la minute !

En 2003 j’ai acheté à sortie un Microkorg, un petit synthé abordable avec des sons vintage, avec le vocoder, tout en un. Je l’ai acheté au chanteur québécois Automelodi alors que je vivais à Montréal. J’ai joué de ce synthé complètement intuitivement. Je savais que je voulais faire des chansons, j’avais des références pop, je ne voulais pas faire de techno. »

Ressorts et génériques de dessins animés

« Je suis passionné de musique depuis tout petit. J’avais reçu une batterie pour Noël. Sur cette batterie, il y avait des ressorts. J’avais un magnéto et j’ai enregistré les sons que faisaient les ressorts en résonnant sur les tambours. J’avais enregistré une cassette pour laquelle j’avais même fait un plan promo! J’avais huit ans… J’avais déjà envie que ce soit sur un support… J’avais fait une pochette avec mon frère, on avait fait des photos exprès… Il y avait des paroles un peu débiles… Le titre s’appelait « Dégradation » – ça devait être inspiré par le son que je faisais.

J’ai forgé ma culture musicale à partir de la culture des dessins animés des années 90. Je te conseille d’écouter la face B du 45 tours d’Albator! C’est du prog-rock électronique hyper balèze! Tous les génériques de dessins animés étaient électroniques. C’était des grands compositeurs – Francis Lai, François de Roubaix… »

David Caretta, le parrain

« David Caretta est venu jouer à Toulouse. Je suis allé le voir après le set, j’adorais ce qu’il faisait, je l’avais découvert à Montréal. On a discuté et je lui ai fait écouter ce que je faisais. Il m’a dit : Wow! Je trouve ça super, envoie-moi des morceaux, j’ai un label. A partir de ce moment-là c’était clair et définitif : la musique était la seule chose qui m’intéressait et j’allais m’investir complètement dedans. »

Partir à Berlin

« C’était plus un cheminement, un ras-le-bol. C’était presque une question de survie. Sachant que j’avais très peu de lieux d’expression à Toulouse, je voulais déménager dans une ville où la musique a une importance. A Toulouse, on te demande : « Mais ton vrai boulot, c’est quoi? » J’aurais aussi pu partir à Londres, j’aime beaucoup Londres depuis mon adolescence. Début 2000, Londres était très orienté dance, électro. Maintenant c’est de nouveau une ville rock – si j’avais fait du rock, ç’aurait été ma ville de destination. J’étais déjà venu jouer à Berlin et en dix jours j’avais déjà rencontré plein de gens. J’avais donc déjà des amis ici.  »

Vivre de la musique à Berlin

« J’ai tout de suite été résident de deux ou trois soirées qui n’existent plus (c’est le côté éphémère de Berlin). Très rapidement j’ai rencontré de nouvelles personnes qui m’ont fait jouer, ou qui connaissaient déjà mon nom. Le contact entre artistes de la musique électronique à Berlin est facile. La plupart des artistes qui viennent jouer à Berlin ont envie de faire quelque chose de spécial à Berlin parce que la ville leur parle. Cela donne une énergie vraiment particulière. »

La musique à Paris et à Londres

« Pendant longtemps, jouer à Paris me posait un problème. A l’entrée du club, déjà, ça trique énormément, les gens rentrent dans le club excédés, ils se bastonnent pour poser leur vêtements car la caisse est riquiqui et les videurs leur hurlent dessus. Il y a un niveau de stress énorme. A Paris on ne vient pas te chercher à l’aéroport, ce qui n’est pas tant demander quand tu viens jouer et que tu es chargé, il n’y a pas d’accueil. Mais Londres est pire! La violence y est partout et insidieuse. Dans les interdictions, dans l’autocensure. Les gens savent qu’ils ne vont pas pouvoir faire les cons, sauter partout, tout est très contrôlé, il y a un couvre-feu, une fois que c’est terminé, c’est vraiment terminé, il n’y a pas d’after ou alors c’est vraiment hardcore… Tu fais ton DJ set et tu te barres, point. »

Berlin, le « bon endroit »

« J’ai l’impression de vivre les meilleurs années de ma vie, d’être au bon endroit, d’être entouré des personnes que j’aime. J’ai bien sûr des moments de doute terribles. Mais par rapport à ce que j’aime et ce que j’ai envie de faire, Berlin est la ville que j’aime, oui. J’entends tout le temps « Ah Berlin c’est plus la ville hype que c’était… » Eh bien pourvu que Berlin ne soit plus LA ville hype! » (rires)

Conseils aux jeunes musiciens français

« Si tu te poses la question de partir vivre à Berlin pour ta musique, déjà, c’est énorme! Il n’y a rien de pire que de faire du sur-place ou de végéter. C’est là que tu sombres.  Il faut te pousser un peu aux fesses, croire en soi, faire des choses. Je pense que le vrai talent, c’est de faire des choses. Pas de les faire de façon géniale ou révolutionnaire, mais de faire les choses. Berlin est une ville qui permet de réfléchir. Elle te donne du temps, il n’y a pas une pression immense de survie ici. »

Courez à la soirée de lancement au Naherholung Sternchen à laquelle il invite les Français Andrew Claristidge (du duo Acid Washed), Océane Moussé et Henning Specht (du groupe toulousain Hypnolove signé chez Record Makers) . Se joignent à la fête le duo berlinois Local Suicide pour un DJ set qui se prolongera tard dans la nuit.

La fête continuera le lendemain à Paris ou Electrosexual se produira aux cotés de David Carretta (qui a remixé le Single Tempelhof) au Pigallion (ex Folies Pigalle)

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manon

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7 réflexions sur “Une nuit avec Electrosexual

  1. « Je pense que le vrai talent, c’est de faire des choses ».
    Roh, comment qu’il paraphrase mal Jacques Brel.

    Sinon une chose : Berlin est à présent (disons depuis 2010) une ville « hype » et tend je pense à le devenir de plus en plus. Mais avant non.

  2. @Gonzague : je crois que sur ce coup, tu fais erreur. Il y a d’innombrables articles dans la presse / les blogs qui sonnent la fin du « Hype »-Berlinois. Spéculation immobilière explosion des loyers, départ progressif des créatifs, le Berghain commercialisé et une vie nocturne en déshérence et essentiellement destinée aux touristes : les raisons sont multiples mais le vent est en train de tourner pour Berlin ):
    http://goo.gl/bl30e2
    http://goo.gl/rfl6R9
    http://goo.gl/pe8YY6
    http://goo.gl/V8pN4Q

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