Petit cours d’oenologie pour Berlinois français

Carte blanche à Lolita, blogueuse sur J’aime ton Wine

Le Français de Berlin a un devoir : se la péter en vin devant des Allemands médusés par son savoir, ses reniflements de pro et son vocabulaire qui fait mouche. Ma belle amie Lolita, avec qui je passe mes vacances, tient un blog magique sur le vin et la musique, « J’aime ton wine ». Lolita n’accorde pas pinard et mets comme tout le monde. Non, elle met au diapason ce qu’elle écoute et ce qu’elle boit avec une élégance toute française. Pour vous, gratos, ce cours d’oenologie übersnob qui va faire de vous le roi de Berlin au rayon jaja du Lidl. Carte blanche à Lolita sur Génération Berlin.

Le pinard, le vrai pinard ! Qu’en savons-nous ? Chacun ses goûts après tout, on ne va pas obliger les autres à boire ce qui nous fait vibrer. Sauf que le problème, c’est quand une bouteille est choisie, il faut qu’elle plaise à un maximum de personnes autour de la table, pas toujours simple d’accorder goût et couleur quand on est la seule spécialiste et que tous ont un mot à dire sur la question. Le Français connaît le vin mieux que les autres ? Pas sûr, et pour cela, il faut un œil et une oreille avertis pour les reconnaître.

Devenir spécialiste en 5 leçons.

Leçon n°1 : Qui goûte ?
On pense que celui qui doit goûter la bouteille fraîchement ouverte par le gentil serveur est forcément celui qui connait les cépages et tradition de vinification par cœur. Faux ! En fait, cette coutume est surtout pour s’assurer que le vin n’est pas bouchonné. Pour cela, pas besoin de goûter, il n’y a qu’à sentir… en plus c’est poli, on attend les autres pour la dégustation. Donc tendre son verre, sentir si on découvre une odeur de « bouchon vieux » ou « carton mouillé » au pire si l’on découvre une cassure lactique (odeur de yaourt, crème fraîche) on peut le faire remarquer, puis reposer son verre, approuver le vin. Chacun sera surpris que vous ne goûtiez pas et le patron du restaurant sera content que vous lui fassiez confiance dans la conservation de ses bouteilles. Quand chacun sera servi, on trinque doucement et on déguste enfin.

 

Leçon n°2 : Le choix.
Toujours ces cartes faramineuses dans lesquelles un novice se perd à coup sûr. Entre appellation, cépages, domaine, château, je vous comprends… Déjà, première sélection à faire si possible, la région. Par exemple, vous êtes en vacances dans le pays du Roussillon en amoureux ou en bande de copains, inutile de prendre le Haut-Médoc, les petits vins de région seront toujours plus acceptables que les grandes maisons (moins de transport, plus petit rendement, bio…). En plus c’est le moment parfait de faire mine que l’on connait de près ou de loin le village d’où vient la bouteille, de prendre une photo parce que les étiquettes on les collectionne sur son iphone et de lancer « Ah! les baies du sud avec tout ce soleil ! ». Si c’est la Loire ou la Bourgogne, facile, vous n’avez qu’à dire « Les embruns marins de l’océan ! » ou « L’altitude incroyable vers Saint-Amour ! » bref… le vin c’est de la poésie.

 

Leçon n°3 : Poésie ?
Oui, le vin c’est une poésie que l’on se doit de lire. Boire du vin sans faire attention ne serait-ce qu’une seconde à son écriture vous classe irrémédiablement dans la catégorie des incultes. Bon ou mauvais, le vin doit être respecté et le travail des vignerons aussi. Alors amusez-vous à trouver des mots qui puisse le décrire de façon non-conformiste. On oublie les phrases types style « La caudalie est longue, la jambe grasse et des reflets d’or… » on dira plutôt « Ce vin s’impose comme du caillou mouillé, j’en ai pleins la bouche, et cette couleur un vrai soleil ! » Autrement, il est aussi très simple de ne pas toujours mettre des mots sur ses sensations et simplement déguster en appréciant…

Leçon 4 : L’étiquette.
En cave à vin (uniquement ! Si on veut être un spécialiste, on oublie Nicolas, Intermarché ou Carrefour…) les bouteilles nous attirent principalement par leur étiquette. La mode veut que l’étiquette soit de plus en plus branchée bobo-bio, je ne saurais que vous y pousser aussi. Il faut savoir que les vignerons qui se connectent sur cette mouvance sont à la base de vrais paysans perdus au fond de leur montagne. Et que depuis une petite dizaine d’années ils s’informent sur les nouvelles tendances. Mais leur vin ne change pas, seulement l’étiquette ! et en s’affirmant à travers des motifs parfois rocambolesques, ils nous ont attrapé la pupille et on les a découverts. En tant que spécialiste, j’avoid direct tout ce qui est étiquette dorée, château et vigne en premier plan, « élevé en fut de chêne », « Bordeaux supérieur ». Supérieur, mon cul ! bien inférieur tout cela, c’est de la piquette pour papi et mamie.

 

Leçon n°5 : Le Bio c’est pas beau.
Bon le bio c’est bien, mais est-ce vraiment le must ? Non ! Le vigneron en certificat biologique est cerné par un Label et se retrouve contraint à toutes sortes d’interdictions parfois inutiles (plan de vignes espacé, interdiction d’utilisation de certains types d’engrais…) qui l’amène à ne plus pouvoir s’exprimer. Le label c’est du commerce finalement, avoir l’étiquette AB et vendre plus aux États-Unis… Des vignerons sont contre toutes ces idioties en devenant plus bio que bio, oui ça existe! On retrouve par exemple les vins en culture biodynamique (travail en fonction des planètes, de la lune et du calendrier des plantes), ou encore mieux les vins naturels (aucun ajout, travail en levure indigène uniquement). Bon il est vrai que les vins naturels ont beaucoup plus de chance de moins bien vieillir, d’avoir des piqûres, des défauts, mais au final que souhaitons-nous ? Boire du conservateur E220, ou du vrai fruit ?
Dernière chose, pour paraître bien en public ne pas oublier de réviser sa géographie du BETC c’est toujours mieux de savoir d’où vient la quille.

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manon

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5 réflexions sur “Petit cours d’oenologie pour Berlinois français

  1. Bon, je ne m’engagerai pas dans le débat du bio, bon ou pas… Quoi qu’il en soit, si les amis berlinois veulent goûter du « bon pinard », je me ferai un plaisir de les fournir. J’expédie jusque là-bas…

    Nun, ich werde mich nicht in der Debatte über bio, gut ist oder nicht, einlassen … Jedenfalls, wenn Freunde in Berlin « bon pinard » probieren wollen, Ich bin glücklich, diese bereitzustellen. Ich kann liefern da oben …
    Entschuldigung, deutsch ist nicht meine Muttersprache… ;-)

  2. Je me permets de n’être pas d’accord avec le dernier point…
    Les règles du bio ne servent pas « à rien », mais encore faut-il s’y intéresser pour les comprendre ! Pour ce qui est d’éviter certains engrais, euh, oui oui, éviter les produits chimiques toxiques, c’est bel et bien la raison d’être du bio et toute agriculture respectueuse de l’environnement, donc je vois pas en quoi ça pose problème ? L’écartement des rangs, ça permet par exemple d’utiliser des animaux de trait au lieu de tracteurs. Ce qui est très courant en biodynamie. Pourtant, je croyais que vous préconisiez la biodynamie ?…
    La biodynamie, oui, c’est plus bio que le bio, par conséquent ça n’a aucun sens de dire que les vignerons en biodynamie se « fichent des idioties » du bio, puisqu’ils les appliquent eux aussi et vont même au-delà. D’ailleurs, bon nombre de vignerons en biodynamie sont passés d’abord par le label bio. Par exemple, pour avoir le label biodynamique Demeter, il est obligatoire d’être aussi labellisé AB !
    Pour ce qui est de l’absence d’ajout de soufre et de l’utilisation de levure indigène, je ne vois pas en quoi c’est contradictoire avec le bio ? Je connais au moins un viticulteur bio qui travaille ainsi…
    Peut-être que ce qui compte, ce n’est pas de fustiger tel ou tel label, mais plutôt de s’intéresser à la façon dont travaillent effectivement les viticulteurs ?

  3. Chère Manon,

    Ton blog est vraiment sympa. Je cherche toujours quelqu’un qui ait envie de faire un tour à Paris. Quelqu’un qui soit pas trop compliqué, mais quand même gentil avec mes plantes vertes. J’ai envie de faire un tour à Berlin ! Quelqu’un veut-il échanger un appart pour les vacances, prêter une chambre pour un moment contre le même service rendu à Paris ?
    C’est chouette aussi, Paris ! (Ja,Ja…sicher … ich aber, ich will nach Berlin !)
    Nic

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