Fête de la Bière à Munich : dilemme cornélien

Boucles d’oreilles avec personnages traditionnels bavarois, créées par la marque Bijou Brigitte spécialement pour la Fête de la Bière

Dans treize jours débute la célèbre Fête de la Bière à Munich. Un dilemme cornélien se joue dans ma tête berlinoise. J’y vais ou j’y vais pas? Sur cette orgie annuelle de malt et de houblon fermentés, on me raconte, à Berlin, les légendes les plus horribles. Et c’est bien pour ça que c’est tentant…

Précision importante : en Allemagne, chers lecteurs ignorants des guerres intestines qui se trament Outre-Rhin, la Prusse (Berlin) honnit la Bavière (Munich), la Bavière vomit la Prusse. Ça remonte à loin. Quand exactement, je n’en sais rien et je m’en fous – passez-moi ce flegme français.

Si vous dînez avec des Berlinois et que vous les lancez sur le sujet, ils se jetteront à corps perdu dans une diatribe sanglante à propos des Munichois : ils seraient friqués, égoïstes, beaufs, nouveaux-riches, coincés, faux-cul et super à droite (ça c’est vrai, puisque c’est la CSU, Union chrétienne-sociale, qui dirige seule la région depuis 1962).

Bien sûr, les Munichois haïssent les Berlinois, qui sont selon eux glandeurs et bouffent la laine sur le dos des Bavarois bosseurs ; ce sont des assistés qui ne savent pas sourire, ne disent pas bonjour et vous envoient paître si vous demandez pourquoi la bière a un drôle de goût (ça c’est un peu vrai aussi).

Donc, j’ai préféré me mettre en terrain neutre franchouillard pour couper court à toute prise à partie désagréable. Allez savoir, ils seraient bien fichus de construire un Mur de nouveau si on les provoquait un peu trop. L’Allemand est un être radical. J’ai eu le malheur de dire que j’adorais Berlin à un Munichois, rencontré à Paris il y a quelques années. Il m’a regardée d’un œil mauvais toute la soirée.

La Fête de la Bière est une véritable institution, une immense fête foraine née en 1810 et qui a lieu chaque année sur un terrain vague appelée par les Bavarois die Wiesn (la prairie ou la pelouse, selon le degré de moquerie). Elle dure environ dix-sept jours. Les Allemands la nomment plus gracieusement Oktoberfest, « Fête d’octobre », ce qui est toutefois un peu hypocrite.

Car ce n’est pas l’automne qu’on y fête, mais bien la binouse. Dans quatorze tentes géantes décorées de cerfs, de cœurs en sucre et en pain d’épices, l’heureux amateur de bière commande des chopes d’un litre (c’est la taille minimum vendue sur les stands). Il se déhanche au son de douces mélodies beuglées dans des hauts-parleurs. C’est ce qu’on appelle la Schlagermusik, l’équivalent, en pire, de la variétoche française. Lorsqu’il est bien éméché, notre consommateur de liquide jaune à bulles réclame un bretzel géant et un demi-poulet à une accorte serveuse habillée en Dirndl (le fameux costume traditionnel avec corset et jupon) et en profite pour lui peloter le buste en passant la commande.

Tout cela, je ne le sais que par ouï-dire. Il se trouve que je n’ai jamais mis les pieds à Munich et que la Fête de la Bière m’est toujours passée sous le nez. Il y a quelques jours, alors que j’étais accoudée au comptoir du Tier* en train de siroter une menthe à l’eau**, j’ai demandé à mes copains berlinois s’ils n’avaient pas envie de jeter leur gourme à l’Oktoberfest.

Ils sont partis d’un grand éclat de rire. L’un deux s’est même permis une grimace sarcastique.

Toi, Manon, à la Fête de la Bière? Mais tu es folle ou quoi? Ach, ach ach ach ach!**

J’ai eu droit à quelques explications. Il paraîtrait qu’à la Fête de la Bière, la moindre femme se mue à son insu en bout de viande, en proie potentielle livrée à la salacité des Allemands venus des quatre coins de la Bocherie, qu’on y est pelotée sans vergogne même si on porte une combinaison de ski, qu’il y a des étourdies qui, un peu de mousse au coin des lèvres, se font violer sur les tables au milieu des bretzels géants et des pintes vides…

Vous auriez vu ma tête! Moi qui me voyais volontiers habillée en Dirndl, comme Romy Schneider dans le premier épisode de Sissi. Un rêve s’écroule.

Il paraît, selon mes amis de Berlin, que des bonshommes ventrus portant des culottes de peau se font attacher aux comptoirs des stands pour pouvoir tenir droit quand ils tombent dans un coma éthylique.

Et à la fin de la Fête de la Bière, quand tout le monde est rentré cuver chez soi, il paraît que les forains replient leur stand sur lui-même, en l’état, sans passer le balai, et qu’ils le rouvrent l’année d’après pour le nettoyer au karcher… (info de mon ami F., un Munichois, qui a travaillé à l’Oktoberfest. Terrifiant.)

Mais enfin, pourquoi, alors, des milliers d’Allemands continuent-ils de se rendre à la Fête de la Bière en famille en dépit du carnage qui s’y déroule? Ne faudrait-il pas que j’aille voir de mes yeux si ces terribles allégations sont justifiées?

Peut-être pas, finalement. De toute façon, je n’aime pas la bière.

Pour ceux qui veulent quand même y aller, toutes les infos sont ici.

* Bar Tier, Weserstraße 42, 12045 Berlin, Allemagne +49 177 4572541

** blague

*** rire allemand

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manon

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10 réflexions sur “Fête de la Bière à Munich : dilemme cornélien

  1. Ce que tu racontes est terrifiant… moi la seule histoire d’Oktoberfest que je connais, c’est un pote à moi qui s’y est rendu, a bu comme il se doit, et s’est rendu compte en rentrant chez lui quelques jours plus tard qu’il s’était cassé la cheville, et qu’il ne s’en était pas rendu compte!
    Bon, cela dit, si tu veux y aller, il faut te dépêcher, parce que malgré son nom, l’Oktoberfest commence en septembre, et qu’elle fini, et non pas commence, dans 13 jours (enfin, maintenant 12)!

    1. Flûte mais tu as raison elle est en train de se terminer! Bon je passe mon tour pour cette année…
      L’histoire de ton ami est tout de même angoissante. Imagine que tu fasses un infarctus sans t’en rendre compte, merde quoi. :)

    1. Tu le sais bien que je n’aime pas la bière Panda! et si j’ai bu de la binouse à Yaoundé c’est bien parce qu’il faisait 35 degrés à l’ombre et qu’il fallait que je me rafraîchisse… si si, c’est la vérité.

      Toi, tu ne vas pas dans les bars? C’est pas beau de mentir, chaloupeur professionnel. :) j’ai quelques souvenirs vivaces qui prouvent quand même bien le contraire.

  2. En tant que pucelle de l’Oktoberfest, je te propose de te seconder dans ton expédition si tu en envisages une l’année prochaine. Si si, j’ai vraiment envie de voir ça un jour. Ca marche?

  3. Ah ah ! Bon, j’espère tout de même que tu n’as pas pris tout ça au sérieux ? Certes, il y a de l’alcool, beaucoup d’alcool, donc les foules de gros boeufs qui vont avec. Mais de là à se faire peloter à tous les coins de tente…
    Juste au cas où, je témoigne qu’une fille peut y survivre ! :D
    Par contre, c’est sûr que si on n’aime pas la bière, l’intérêt est assez limité.
    Re-par contre, Munich, elle, est à voir absolument, Oktoberfest ou pas. ;)

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