Présidentielle française : Durringer monte au créneau

Sarko et Cécilia? Oui et non : Podalydès et Pernel dans « La conquête » de X. Durringer

Impressionnante estocade cinématographique, La conquête de Xavier Durringer met en scène la montée au pouvoir de Nicolas Sarkozy, et ce, à un an de la prochaine présidentielle. Une façon pour la Berlinoise que je suis de me replonger dans le bain français en révisant l’histoire d’une France… très proche.

Les critiques sont quasi unanimes : du point de vue filmique, La conquête n’est pas un grand moment de cinoche. « Compilation de coupures de presse, déjà lues et entendues » pour Metro et « davantage d’un exercice d’imitation que d’un vrai parti pris dramatique » pour 20 Minutes, « en termes de représentation, la Conquête n’oppose rien au cirque sarkoziste » selon Les Inrocks. Tous, également, encensent la performance d’acteur de Denis Podalydès dans la peau de Nicolas Sarkozy. Avec raison.

Denis Podalydès le caméléon, capable d’être Sartre, l’homme de gauche, aussi bien que notre Président ultra-libéral, c’est simplement la preuve que le cinéma français a encore du génie. Ne serait-ce que celui de certains de ses interprètes. Tout son jeu est travaillé avec la finesse d’une caricature légère.

Ce sont les détails bien connus du comportement de Sarkozy qui frappent, bien sûr. Ni les tics grandissant avec l’accession au pouvoir et les problèmes sentimentaux, ni sa démarche de petit taureau furieux, ni les accents de vulgarité qui donnent au Président sa mélodie populiste n’ont échappé au grand comédien.

Mais ce génie de la reconstitution est partagé par les autres acteurs du film. Florence Pernel est une Cécilia Sarkozy criante de ressemblance, Samuel Labarthe est méconnaissable en Dominique de Villepin, Bernard Le Coq fait un Chirac parfait.

Cette galerie de guignols (car évidemment, on pense aux Guignols de l’Info) est bien l’une des qualités cinématographiques les plus intéressantes de La Conquête. Car non seulement le public se divertit en reconnaissant les tics de la classe politique, mais il saisit immédiatement la distance avec laquelle Durringer a pensé son film. Oui, semble nous dire le réalisateur, vous connaissez ces histoires (Clearstream, l’abandon de Cécilia qui se tire avec l’homme d’affaires Richard Attias, etc.) mais regardons ensemble ce qu’elles ont de ridicule, de faux, de manipulé. Nous ne sommes pas devant Chirac, Sarko et Villepin ; nous regardons des marionnettes diriger la France, et ce sont des caricatures pleines de sens. Usage rarement réussi du stéréotype qui donne au film une touche fellinienne plutôt rafraîchissante.

Dommage, cependant, que la musique de Nicola Piovani fasse ouvertement référence aux accents circassiens des films du maître italien! A-t-on besoin de souligner à tout moment  l’aspect ridicule des médias suivant Sarko et Cécilia à vélo en vacances, ou Villepin en calbut à la plage, par une musique de piste aux étoiles? Le spectateur se lasse vite des redondances du point de vue de Durringer : ok, on a pigé, c’est du bidon, c’est de la comédie.

Le montage, lui aussi, se laisse aller à des facilités bizarres, des jump-cuts supra- réalistes qui n’ont rien à faire dans la ligne stylistique décidée par le film au départ. Mais peu importe.

Car la grande classe de La conquête, c’est de divertir le public en l’interpellant sur la comédie de la communication qui se joue dans les palais ministériels. La prouesse tient dans le fait que Durringer n’a pas attendu que la tête de Sarkozy soit tombée pour s’en emparer. Il s’expose bien sûr à des critiques compréhensibles. Parce que tout le film repose sur l’identification à son (anti-)héros (comme tous les films), on peut vite croire que le réalisateur en profite pour nous faire compatir avec les états d’âme du Président. Durringer, pro-Sarko? C’est un postulat un peu con. Autant dire que Chaplin soutenait Hitler parce qu’il a joué Adolf dans Le dictateur.

Ce que La conquête dit des réalités de l’industrie du film en France est intéressant. Il est donc possible d’avoir le culot de faire un long-métrage sur l’intimité d’un Président en fonctions et d’être financé par l’État français.

J’ai vu à la Berlinale, en février 2011, Qualunquemente de Giulio Manfredonia avec le célèbre comique italien Antonio Albanese. Ce film raconte la montée au pouvoir d’un mafieux un peu loufoque qui s’empare de la position de maire dans sa commune. Il s’agit évidemment d’un déguisement pour parler de Berlusconi avec forces boutades et méchancetés ridiculisantes. Soyons heureux que la France puisse s’offrir un film qui parle directement de son Guignol du moment. Même si ce n’est pas le plus grand film qui sera fait sur la question du pouvoir en France.

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manon

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